Une fois n'est pas coutume, le cinéma d'horreur hongkongais cherche un second souffle entre les mains d'un jeune réalisateur. Yoon Hong-seung nous offre avec
Death Bell une réjouissante bobine horrifique se déroulant dans une école hantée, qui oscille entre néo-slasher et fantômes aux cheveux longs à la sauce J-horror. Énorme succès dans les salles coréennes, le film a récemment atteint la barre symbolique des 2 millions d'entrées.
DEATH BELLTitre original -
GosaRéalisateur – Yoon Honh-seung aka Chang
Acteur - Nam Gyu-ri, Son Yeo-eun, Kim Beom, Lee Beom-soo, Yoon Jeong-hee
Durée : 1h25
Corée du Sud
Depuis plusieurs années, l'industrie cinématographique asiatique souffre d'un manque flagrant d'originalité en matière de film horrifique et rares sont les réalisateurs à avoir réussi à se renouveler en la matière. Pourtant, une poignée d'irréductibles cherchent à renouveler le genre en y insufflant une certaine inventivité tout en s'inscrivant parfaitement dans les codes en vigueur.
Chang de son vrai nom Yoon Honh-seung nous entraîne dans un lycée privé coréen en pleine effervescence. L'élitisme étant le maître mot du système éducatif, l'établissement cherche à former une classe temporaire composée uniquement des meilleurs étudiants. Ils veulent à tout prix prouver leur valeur face aux étudiants anglais issus d'une prestigieuse école britannique venus en Corée pour un séjour linguistique. Afin dénicher la fine fleur estudiantine, un examen commun à tous les élèves est organisé. Les résultats apparaissent sur le réseau interne de l'école via des écrans de télévisions disposés dans toutes les classes. Une infrastructure high-tech qui permet aussi de diffuser des documents vidéos. Totalement aliéné aux études, le corps enseignant façonne à sa guise l'élite de l'établissement et pousse le vice jusqu'à organiser un week-end entier dans l'école pour parfaire leur enseignement.

Professeurs et élèves se retrouvent donc pour deux jours de folie ultra-studieux où chacun est censé donner le meilleur de lui-même. C'est dans ce contexte très particulier que de mystérieux événements vont faire leurs apparitions. Une des étudiantes vient rapidement à manquer à l'appel sans que personne ne sache où elle a bien pu passer. Malgré l'inquiétude d'une poignée d'entre eux dont Ina l'héroïne et son amie Mong-hyo, les cours reprennent normalement, jusqu'au moment où, en plein visionnage d'un document en anglais sur le réseau interne, apparaît l'étudiante manquante. La vidéo qui semble être en direct est pour le moins traumatisante : on y voit la belle adolescente enfermée dans un grand aquarium qui se remplit rapidement d'eau. L'effroi s'empare de toute la classe lorsque, impuissants, ils assistent à la mort de la jeune adolescente en direct. Une inquiétante voix off les menace de morts s'ils osent fuir l'établissement ou rentrer en contact avec l'extérieur. Ils trouveront leur salut uniquement en relevant dans un temps imparti, des défis énigmatiques imposés par la mystérieuse voix off. Un terrible jeu de piste va s'installer et rares seront ceux qui en échapperont !
Avec un pitch pareil, on discerne bien les intentions du réalisateur qui veut marier l'esprit typique du collègue hanté à celui du psycho-killer manipulateur à la sauce
Saw et consorts. À ce titre, Chang réussit avec une grande efficacité ce mariage singulier, oscillant entre impressions fantastiques et purs survivals horreur. Les énigmes parfois roublardes sont pourtant assez efficaces pour qu'on se prenne au jeu, Chang maîtrisant parfaitement les purs moments de suspense qui débouchent régulièrement sur des climax prenants. Le jeu de piste parfois farfelu, nous dévoile peu à peu des indices sur la nature et l'identité du "
monstre" qui en veut à leur vie. On ne sait pas si on a à faire à un fantôme vengeur ou bien à un étudiant ayant échoué à l'examen qui s'improvise preneur d'otage machiavélique. Une manière habile en apparence, mais qui s'avère au final un peu trop facile en raison d'une construction de plusieurs ressorts dramatiques tirés par les cheveux et peu crédibles. Ils n'assurent qu'une fonction racoleuse en aguichant le voyeurisme du spectateur.

Les nombreuses morts qui fleurissent tout au long du film exposent des tortures sadiques en proposant des mises à mort généreuses, graphiques et très inventives. Loin d'accumuler les séquences extrêmes dans un enchaînement infernal, Chang se focalise plutôt sur la claustrophobie qui exhale de ce temple de l'enseignement abrutissant transformé en prison mortifère. Le réalisateur se permet de clouer au pilori une institution scolaire coréenne élitiste et psychologiquement brutale envers une jeunesse aveuglée par une réussite professionnelle illusoire qui les prive des précieux moments de leur jeunesse. Du symbolisme, on passe à la réalité la plus concrète : au moindre échec, ils trouveront immanquablement la mort.

Le passé de Chang dans la réalisation de clips vidéo lui a permis d'aiguiser sa mise en scène. Il s'en dégage une grande nervosité, usant par moments d'artifices tape-à-l'œil, mais très efficaces, soulignant avec justesse des moments de grande tension. On est tenue en haleine et l'on se surprend à se creuser les méninges pour résoudre les différentes énigmes. Très adroit, Chang travaille ses cadrages qui sont magnifiés par une lumière superbe. Or, malgré tout, on ne peut s'empêcher d'être assez déçu par une fin qui repose sur un twist simplet qui plombe tout ce qui avait été préalablement mis en place. L'identité du grand manitou tombe à plat et achève la dimension fantastique. On passe un agréable moment malgré cette fausse note qui empêche
Death Bell d'atteindre le rang de ses aînés. Le film reste très prenant et n'a pas à rougir des productions similaires coréennes et outre Atlantiques.
Gwenael Tison