Sixième jour de compétition à Deauville où les températures se montrent toujours aussi fraîches. Heureusement pour nous, le festival propose un maximum de films juste avant le dernier week-end, ce qui permet de découvrir de nouvelles perles ? Depuis notre précédent compte-rendu en demi-teintes, nous espérons avoir un vendredi plus intense. Rien n'est moins sûr entre le dernier Clint Eastwood, un marine US en partance pour l'Irak, des visiteurs pas si étranges, de la séquestration hardcore et du sexe, toujours du sexe, pour bien commencer la nuit. Deauville sait préparer le week-end ... Suivez le guide !
Les festivités sont matinales, et c'est dans l'adversité que votre serviteur lutte pour arriver à la projection de
L'Echange, le dernier film de Clint Eastwood. Déjà présenté à Cannes, cette séance fait office de piqûre de rappel pour l'auteur de ces lignes qui l'avait malencontreusement manqué il y a quelques mois. Angelina Jolie y incarne une mère célibataire à la fin des années 20 américaines. Elle élève son fils en mère aimante et attentionnée sans se soucier d'une ville violente en proie à une corruption massive. Un jour, au retour de son travail, son fils a disparu sans laisser la moindre trace. Les policiers retrouveront un jeune garçon prétendant qu'il est bien le porté-disparu pour faire bonne mesure face à la presse. C'est le début d'un combat aux embranchements multiples qui mettront cette mère de famille à rude épreuve.
Après
Mémoires de nos Pères et
Lettres d'Iwo Jima, cet Eastwood cuvée 2008 déçoit quelque peu. Si
Angelina Jolie a bien la carrure pour s'afficher dans ce type de rôle, sa portée tend à se limiter par l'aura de l'actrice elle-même. Elle apparaît ainsi bien trop lumineuse, et on a bien du mal à s'attacher à la longue quête entreprise bien qu'elle soit portée par de formidables intentions. Cet aspect du film reste à l'appréciation de chacun, et on regrettera plus fortement le recours à un académisme pompier dont l'oeuvre peine à se défaire. Le style Eastwood est certes marqué par un classicisme certain à chacun de ses films, mais il manque à ce L'Echange ce surplus d'émotion, cette empathie qui nous avait bouleversé si violemment dans Million Dollar Baby. Peut-être que la structure du récit ne permet pas à l'oeuvre de s'exprimer à plein poumon ? Restent les premières séquences où la sensibilité du cinéaste explose dans la sobriété de scénettes mère-fils à l'intensité insoupçonnée. Plus faibles, les scènes de procès et de jugements agacent par la répétition de ficelles mélodramatiques trop grossières, dans la veine américaine usée à la corde. Oeuvre inégale dans la filmographie d'un cinéaste constant, mais pas dénuée d'intérêts pour autant, alors ne boudons pas notre plaisir (notre critique cannoise est d'ailleurs disponible pour enrichir ces quelques impressions).
Dans la plus pure tradition américaine, American Son raconte les quatre derniers jours d'un jeune marine en partance pour l'Irak. Avec un sujet terriblement d'actualité, le cinéaste Neal Abramson pose l'éternelle question « que ferions-nous si nous devions quitter tout ce qu'on aime sans la garantie de revenir un jour ? » Ce thème permet au cinéaste de dresser un état des lieux touchant dont les moindres angoisses sont palpables au premier regard. Moins un film sur la guerre en Irak qu'un authentique portrait sur la fin de l'innocence adolescente, le métrage convainc quand il touche au plus près les affects de Mike. Entre la perte de la bande de potes, le meilleur ami qui vire dealer, la famille à la structure morcelée (le frère est un camé sans attache, les parents sont divorcés), et la découverte d'un premier amour, on comprend rapidement que la vie n'est pas simple pour ce jeune marine qui teste son implication dans l'armée par l'épreuve de la vie, la plus vaste des expériences. La rencontre brève et passionnée qu'il aura avec Cristina est le plus beau symbole de cette pulsion de vie, cette envie de bonheur à laquelle nous aspirons tous. On aime la simplicité frontale avec laquelle Neal Abramson aborde ses personnages, les différents évènements de l'œuvre, bien que ces derniers ne dépassent jamais le stade de l'illustration sans poser de questionnement approfondi sur le pouvoir de l'engagement. La morale, absente, laisse le spectateur libre d'interpréter ce qu'il veut. Finalement assez sage dans sa mise en scène, le film plaît par la fraîcheur de ses personnages, la justesse des actions vécues, tout en posant les limites de son propre système que nous aurions aimé plus ambitieux, peut-être pour un prochain film ?
Autre souci américain abordé lors de la compétition officielle, l'immigration clandestine. Walter Vale, un professeur d'université de soixante-deux ans, n'est plus passionné par l'enseignement. Il remplit sa morne existence en essayant d'apprendre à jouer du piano. Envoyé par ses pairs à New York pour assister à une conférence, Walter a la surprise de trouver un jeune couple d'immigrés clandestins dans son appartement. La bonne petite surprise ne vient finalement pas de son sujet politique, poignant mais trop survolé, mais de l'acteur Richard Jenkins. Il incarne un Walter Vale esseulé, à bout de souffle, portant sur lui un deuil compliqué, cherchant à honorer la mémoire de sa femme disparue en prenant des leçons de piano. Assurément parmi les meilleures séquences du film avec celles montrant sa complicité avec Tarek. Une belle sobriété sied bien au film qui pourrait être un challenger lors de la remise des prix…
Attention film choc ! Grosse sensation au C.I.D. de Deauville avec The Girl Next Door qui aura été responsable d'un nombre de réactions extrêmes au sein du public dans la salle puis à l'extérieur (un conseil, guettez nos réactions à venir sur Excessif.TV). L'histoire se déroule en 1958 dans une banlieue paisible. Deux soeurs sont placées chez leur tante après le décès accidentel de leurs parents. Cette dernière, mentalement dérangée, va s'occuper d'elles à sa manière. Basée sur un fait divers réel lui-même déjà romancé par Jack Ketchum, The Girl Next Door aura échauffé les esprits puritains non-avertis. Sans vouloir faire ici le débat de la représentation de la violence au sujet d'un fait divers sordide, nous statuerons sur l'histoire narrant les aventures d'une bande de copains menés par une adulte, Ruth Chandler, possédant une conception très personnelle de l'éducation. Telle une chef de meute, elle institue progressivement une série d'humiliations et d'atteintes corporelles envers ses deux nièces. Tout le talent de Gregory Wilson pour son deuxième film provient de sa belle gestion du hors-champ. L'horreur joue avec l'imagination perverse du spectateur, et vu les réactions, nous en déduisons que le pari est réussi. Nous n'en dirons pas autant de la mise en scène pure aux plans très serrés, filmés en DV ; le tout faisant parfois cheap/TV Film malgré une tentative louable d'accrocher la photographie des grands récits ados des années 90. Ce « Stand By Me » de la souffrance vaut donc plus pour son histoire hallucinante de séquestration jusqu'au-boutiste que par ses qualités cinématographiques en retrait. En revanche, nous ne nous sommes pas privés d'apprécier les commentaires criés jusque durant la projection « This is a Snuff-Movie ! » et d'autres que nous préférons passer sous silence. La pudibonderie bien-pensante a encore beaucoup d'avenir ...
La journée a donc été plutôt bonne avec une variété de productions pour renouveler les plaisirs. En guise de bonus, nous en profitons pour vous signaler que vous trouverez prochainement en exclu une longue interview du cinéaste et du producteur derrière The Girl Next Door. Le dernier week-end s'annonce passionnant avec la projection de Towelhead dès samedi, et la clôture de la cérémonie dimanche. A suivre...