Troisième jour de compétition à Deauville et le début de semaine s'annonce trépidant avec un réveil dès 7h15 pour la bande DVDrama. Rien ne nous arrête, l'équipe de choc est fidèle au poste pour vous donner ses impressions quotidiennes alors que le jour s'achève. Mais avant ça, commençons par le commencement.
Le premier film de la journée est politique avec
Recount de Jay Roach. Cette production HBO Films propose de revivre l'élection présidentielle américaine de 2000 à l'heure du duel entre républicains et démocrates. Bush et Gore semblent être arrivés à égalité (49%), ce qui entraîne plusieurs recomptages des voix et de multiples recours juridiques.
Nous sommes ici dans la parfaite filiation du nouveau « thriller » politique à l'américaine. Le genre semble ré-intéresser passionnément la production US à l'image des Syrianna, Good Luck and Good Night, et le futur W. : l'Improbable Président de Oliver Stone, et HBO aime se distinguer à l'avant-garde de projets peu évidents. Ces deux conditions réunies confirment cette capacité évidente des américains à se ré-interroger sur leur histoire contemporaine (
Standard Operating Procedure,
World Trade Center...). Mais qu'en est-il de ce
Recount ?Mêlant alternativement séquences d'archives et séquences purement fictionnelles, le métrage livre un témoignage de l'âpre confrontation que ce sont livrés les deux QG antagonistes. On retrouve ainsi dans le camp des démocrates le vindicatif Ron Klain (Kevin Spacey, égal à lui-même, en bonne forme) opposée à toute la machine à gagner républicaine. Coups bas et corruption sont à l'oeuvre lors d'une élection historique qui verra arriver Georges W. Bush au pouvoir. Les faits sont précis et très documentés au sein des coulisses même du pouvoir.
On retiendra le montage dynamique et cut de l'ensemble qui se suit très agréablement sans parvenir à provoquer un enthousiasme particulier.
Nous quittons les affres de la politique avec le second film,
Snow Angels de David Gordon Green. L'action y prend place dans une froide bourgade américaine perpétuellement enneigée. La vie s'y déroule sans histoires. Calme, tranquille, la ville n'en cache pas moins petites et grandes douleurs entre ses murs.
Pendant qu'un adolescent vit sa première histoire d'amour, une jeune mère séparée de son mari doit faire face à de terribles évènements. Quatrième film de David Gordon Green après
L'Autre Rive et avant Pineapple Express,
Snow Angels est une fascinante oeuvre autour des affects du genre humain. Bien au-delà de la relative simplicité de son histoire, ce sont les moments d'attente où le temps semble suspendu qui nous captivent.
Prisonniers de leurs ressentiments, tous les personnages de ce film-choral (de Kate Beckinsale à Sam Rockwell) évoluent au sein d'une sphère commune reliée par des fils invisibles au premier regard. Dès que ce premier cap est passé, on se surprend à s'imprégner doucement des peurs, des angoisses de cette tremblante mélodie désespérée. Et quand on dispose d'une bande-son variée de Peter Gabriel à Explosions in the Sky, avec des compositions post-rock aux complaintes lentes et sourdes, on comprend mieux pourquoi David Gordon Green est un bonhomme à suivre.
Snow Angels rejoint d'ores et déjà notre liste de favoris quand aux prix à venir.
Après la sensuelle oraison dépressive
Snow Angels, place à d'autres angoisses avec
All God's Children Can Dance. Kengo, un jeune homme du quartier coréen de Los Angeles est persuadé d'être le fils de Dieu car sa mère le lui a toujours dit. De nos jours, il suit un homme qui pourrait bien être ce père qu'il n'a jamais connu.
Pour son premier film en tant que réalisateur, Robert Logevall fait une entrée en demi-teinte dans cette adaptation d'une nouvelle de Haruki Murakami. Le cinéaste prend le parti pris d'étirer ses plans, ses dialogues ; malheureusement cette ambiance très dilatée, découpée à l'excès ennuie au fur et à mesure de l'avancée du récit. Le postulat s'étire excessivement, et ce qui aurait pu donner un joli court-métrage devient ici un long voyage languissant malgré sa petite durée de 85 minutes.
On devine pourtant des envies sincères, comme traiter de la recomposition d'une cellule familiale inexistante, parler de la sexualité dans une idylle contemporaine... Mais rien n'y fait, ce film étrange aura eu des effets soporifiques sur plus d'un spectateur. Dommage.
L'animation marque sa présence avec
Idiots and Angels de Bill Plympton. Notre caricutariste préféré est de retour après
Hair High dans cette sombre histoire d'homme à qui il pousse des ailes. Le personnage central est imbu de lui-même, une vraie pourriture sur jambes, et comme toujours chez Plympton, les apparences peuvent être trompeuses, et la cupidité, la violence s'emparent bien vite de chaque individu en présence.
Déception pour ce nouveau long-métrage aux teintes tristounettes, aux décors limités (peu de lieux différents), et à l'histoire typé « film noir » des plus anodines pour son auteur. Bien que nous prenions toujours du plaisir en compagnie du génial dessinateur, nous devons reconnaître ici que seule la bande son nous aura réellement enthousiasmé. A mi-chemin entre des chants religieux, des sonates dépravés, et des morceaux folks enivrants, nos oreilles naviguent au contact de Pink Martini, Tom Waits ... et cela suffit déjà presque à notre bonheur. Addict, vous avez dit addict ? Peut-être, et nous sommes pressé de retrouver le cinéaste pour sa prochaine oeuvre... un jour prochain !
Voici qui clôt notre lundi, sans fanfaronnade inutile, mais avec des oeuvres diverses et solides, décevantes, ou carrément enthousiasmantes. Chacune d'entre elles aura su stimuler notre appétit cinéphilique d'une façon différente. A demain pour de nouvelles aventures.