Débric et Débroc c'est un peu la fusion entre un
Terry Gilliam époque Monthy Pythons et George Méliès époque... George Méliès. Un duo loufoque, inventif et multi-tâches composé de deux anciens élèves des Beaux Arts de Toulon : Cédric Brelet von Sydow et Jean Dalmasso. Ce couple revisite l'histoire de l'humanité avec
Au Même Moment, une série où l'imagination n'a plus de limites, où les anachronismes hilarants se confondent avec les dialogues onomatopéiques des deux lurons grimaçants. Un programme de bric et de broc à l'énergie communicative...
Récemment récompensés du Premier Prix au Clap D'Or, les deux compères nous présentent
Saturday Knight Fever, délire médiéval sur fond de disco...
Commençons par les présentations...Cédric Brelet Von Sydow) Cédric Brelet Von Sydow, je suis le co-fondateur de Débric et Débroc.
Jean Dalmasso) Et je suis Jean Dalmasso, la deuxième partie de Débric et Débroc. Je rajouterai également Jean Miel qui est musicien et accessoiriste.
Parlez nous de votre rencontre...CBVS) On s'est rencontrés au Beaux Arts de Toulon. A l'époque, j'avais un projet d'expo où tout était consommable. Je n'avais trouvé qu'une seule personne assez folle pour m'aider. Nous avions récupéré 80 kilos de réglisse et il fallait les disposer sur des grandes plaques pour faire des monochromes noirs afin que les gens les enlèvent et les mangent. Il fallait donc planter 600 clous dans des planches. Une seule personne m'a dit "oui" et c'était Jean. Le début d'une belle amitié. Chaque fois qu'un apportait une idée, l'autre lui répondait. Ca se construisait...
JD) Ensuite, nous avons été co-locataires, toujours à Toulon. On tournait des petits trucs dans un grand appartement, des films d'horreur en tournés-montés en HI8. Photoshop 1 venait juste de sortir. Avec l'avènement de l'informatique, nous avons commencé à travailler sur l'incrustation.
CBVS) Jean est parti à Clermont, moi à Nice et j'ai commencé à travailler dans le cinéma, notamment pour
Minority Report. Je suis rentré du tournage avec un fond bleu et j'ai rameuté mes amis pour tourner un court-métrage. Il n'y a que Jean qui est resté. Nous avons fait notre premier film pendant l'été 2001 sur un ordinateur portable avec trois pistes vidéos les unes sur les autres :
Freakish. C'est une parodie des films d'action américains, très rapidement écrite. Il y a un méchant qui attaque la maison blanche, elle explose et deux agents sont envoyés à la recherche du terroriste.
Le concept Débric et Débroc est-il né de ce premier projet ?JD) On a fait ça pour s'amuser mais Débric et Débroc est né de là car on s'est rendu compte de l'intérêt esthétique de la chose.
CBVS) Ca vient aussi de l'évolution du matériel avec Final Cut, etc... Nous avons détourné le logiciel de montage pour en faire un produit d'effets spéciaux. Nous avons présenté
Freakish dans le sud de la France en septembre 2001, juste après les attentats. Les spectateurs pensaient qu'on avait réalisé ça après le 11 septembre alors qu'il y avait deux mois de travail derrière. Du coup, on s'est dit "allons à Paris pour tout exploser !". On a rencontré Jean Miel que Jean connaissait. Ca fait sept ans qu'il nous fait gratuitement la musique.
JD) Il est avant tout accessoiriste dans le cinéma et cela fait trois épisodes qu'il vient nous aider sur le tournage. Avant il était juste compositeur. On fait tous les bruitages chez lui.
Comment s'est développé Débric et Débroc ?CBVS) Nous avons été voir des chaînes de télé qui ont répondu qu'il fallait formater le projet. Nous ne savions même pas ce que ça voulait dire. Il fallait trouver un concept solide et on s'est dit qu'on ferait l'histoire de l'humanité... Un concept viable à vie.
JD) C'est ce que l'histoire ne nous a pas racontés.
CBVS) Tu apprends quelque chose au départ et les trois minutes d'après, c'est du pur délire, sans paroles. Le texte d'introduction pouvait être dans toutes les langues. Pareil pour la voix off. Le projet pouvait se vendre n'importe où.
JD) Cédric jouait énormément sur le détournement d'objet aux Beaux Arts et on retrouve énormément cet esprit dans Débric et Débroc.
A la première vision, on pense forcément à Terry Gilliam et aux Monty Pythons... C'est une influence consciente ?JD) Nous sommes beaucoup moins drôles qu'eux et je ne crois pas que leur humour nous ait influencé. En revanche, le travail graphique de
Terry Gilliam a été très présent dans mon esprit. On avait bien digéré ses illustrations...
CBVS) Nous avons eu la chance de montrer notre travail à
Terry Gilliam. Il nous a dit que c'était bien plus compliqué de faire Débric et Débroc que ce qu'il faisait à l'époque. Il a tout de suite compris la difficulté technique.
Pouvez-vous nous en dire plus techniquement ? Avec quelles matières travaillez-vous ? Quels logiciels ?JD) Il y a beaucoup de récup, des objets de tous les jours. On va dans les vides greniers. On fait beaucoup de choses en styrodur, c'est un peu comme du polystyrène mais en mieux.
CBVS) Nous réécrivons énormément car on peut trouver un accessoire qui nous donne une nouvelle idée. Nous travaillons chacun de notre côté, on se réunit, tout change et on arrive toujours à quelque chose qui nous plaît. Nous choisissons un fait historique, écrivons une histoire en mettant des éléments en place et on fabrique les décors, costumes... On tourne tout sans le son et on se dirige durant les prises. Nous ne jouons jamais ensemble. L'un est devant la caméra, l'autre est derrière. C'est un travail de compositing énorme.
Qui s'occupe du montage ?JD) Cédric en fait une grosse partie et moi je chipote. Comme je suis moins sur le montage, j'ai peut-être l'œil plus frais. Il y a surtout un gros travail de pré-montage.
CBVS) Avant le montage, il y a l'assemblage.
JD) On se filme d'un coté sur fond vert et de l'autre on filme les décors. Nous faisons bouger les personnages avec Final Cut et ce processus s'apparente à de la prise de vues.
CBVS) Le style est venu de plusieurs contraintes. Comme nous n'avions pas beaucoup d'espace pendant le tournage dans l'appartement, que ma taille était gênante par rapport aux lumières installées qui projetaient des ombres, on s'est servi de tout ça à notre avantage. On accélère aussi les mouvements. C'est comme cela qu'est né Débric et Débroc.
Revenons un peu sur Saturday Knight Fever, votre court-métrage qui a remporté un Clap D'Or l'année dernière...JD) Nous avons fini le tournage à la fin de l'été 2008. Fin novembre, nous avons terminé la musique et le mixage. Entre la naissance du groupe et ce film, on a fait une quinzaine de courts-métrages. Il y en a d'autres qui dorment et attendent d'être montés. Il y a beaucoup de gags et on arrive souvent à de très longues séquences. Comme nous voulons être aux alentours de trois minutes, nous devons enlever plusieurs choses. On ne peut pas travailler dessus que par intermittences.
CBVS) On a réussi à faire ce court-métrage grâce à l'argent de Seagate. On leur a envoyé le projet et il ont gagné 1500 euros. Nous avons donc pu louer un atelier pendant un mois avec la première moitié et acheter le matériel avec l'autre.
Au niveau musical, comment travaillez-vous avec Jean Miel ?CBVS) On a fait un film assez long qu'on a ensuite coupé en quatre. A un moment donné, j'écoutais des musiques auxquelles je pensais pour le court-métrage et j'ai tout envoyé à Jean. On lui demande de faire quelque chose de nouveau en s'aidant de plein de musiques connues.
JD) On avait écrit qu'un chevalier noir jouait au golf avec son épée. Il sort toutes ses armes et nous avons eu l'idée d'une boule à facettes. Je pensais beaucoup au cinéma indien, à Bollywood. La suite est donc partie en comédie musicale.
CBVS) Au départ, on pensait plutôt à du french cancan, des sonorités très music hall. On en est venu au disco car j'ai trouvé une musique dans le même genre tirée de la comédie musicale de
Sacré Graal des Monty Pythons et cela collait parfaitement. L'ex-chanteuse de Magma, Himiko Paganotti, a prêté sa voix sur la chanson de
Saturday Knight Fever. Nous avons écrit les paroles à deux et c'est elle qui a apporté la mélodie.
On se rapproche grandement des films muets...JD) Oui tout à fait. C'est très compliqué de montrer quelque chose qu'on pourrait dire en une phrase. Ca nous pousse à être plus créatifs.
CBVS) Et puis la musique aide énormément.
Comment voyez-vous le futur de Débric et Débroc ?JD) En ce moment, nous travaillons sur le concept et sur les personnages. On essaye de les penser plus à la Tom et Jerry. Nos deux protagonistes n'ont pas un caractère assez fort. Ils doivent plus se confronter. Nous allons également tenter de faire plus court au niveau du format pour des histoires plus efficaces. On a la conviction que cela fonctionne mieux. Du coup, nous serons plus productifs.
POUR EN SAVOIR PLUS SUR DEBRIC ET DEBROC :
http://debric-debroc.com/home.htm