Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 22 mai 2008 à 03h01 ,
MAJ le 23 février 2010 à 18h09 - 0 commentaire(s)

Fidèle à nos habitudes et aux vertus des previews régulièrement venues d’Asie, en ces heures où l’actualité cannoise bruisse de films coréens et chinois enthousiasmants, attardons nous aujourd’hui sur un film hors actualité et qui est déjà sorti depuis déjà deux années sur les écrans de ces lointaines contrées. En effet, plutôt que de coller à l’actualité et de vous parler de Forbidden Kingdom par exemple, de The Chaser ou du dernier film de Jia Zhang-Ke, revenons en arrière et intéressons nous à Wo Hu, un très appréciable film de triade passé inaperçu à l’époque et nullement sorti par chez nous depuis.

WO HU
Un film de Marco Mak Chi Sin
Titre original : Ngor fu ou Undercover tiger
Avec Eric Tsang Chi Wai, Sonia Kwok Sin-Nae, Francis Ng Chun Yu, Miu Kiu Wai, Yueh Hua
Durée : 1h42
Date de sortie en France inconnue, sortie en 2006 en Chine continentale


Ecrit par Jing Wong à qui l’on doit notamment Infernal Unfairs, Wo Hu s’inspire en effet grandement du phénomène né de la trilogie que ce dernier a contribué à faire déferler aux quatre coins du monde. Entre infiltration, action et humour, Wo Hu reprend jusque dans son histoire l’essence même de ce qui fit la force du triptyque signé pour mieux le détourner sagement. Mais la présence à son générique d’un tel géniteur – auteur et réalisateur ô combien prolifique mais aussi controversé - ne doit nullement occulter le synopsis alléchant de ce métrage, là où il est question justement d’une action d’éclat de la police pour lutter contre les triades locales. Ainsi, la police hong-kongaise décide-t-elle d’envoyer un nombre conséquent de taupes gagner les rangs de ces organisations tutélaires et frondeuses. Et ce sont donc 500 à 1000 recrues, souvent inexpérimentées, qui sont envoyées grossir leurs rangs pour mieux les atteindre. Cependant, loin d’exciter les chefs et hauts dirigeants des triades soupçonnées, ces derniers toute à leur lutte d’influence et de pouvoirs, se laissent approcher et voir.


Film habile doté d’un casting haut de gamme personnifié par le trio Francis Ng, Eric Tsang et Miu Kiu Wai, Wo Hu est typique des films de triade que l’on aime à voir. Soucieux de bâtir un univers crédible et fort, ne lésinant pas parfois sur les excès, on profite à plein ainsi du meilleur de ce que peut faite l’industrie cinématographique de Hong Kong avec son lot de péripéties, de retournements et d’exploits scénaristiques en tous genres.


Néanmoins, plus tenu et surprenant que les produits généralement formatés qui découlent d’une production de masse pour le genre, Wo Hu se distingue dans la fourchette haute de la production locale, lorgnant plus sur Jiang Hu et Triad Zone. Par son action et son goût de représenter un univers plus que des gunfights incessants, c’est toute une atmosphère qui se construit sous nos yeux et parvient à nous emporter à la suite de personnages correctement campés.


Ainsi, aussi drôle par instants que âprement cru dans son rapport à l’organisation et aux exigences qui sont celles de l’illégalité, Wo Hu ne laisse pas indifférent et offrira à ceux qui s’y risqueront, le souvenir d’un film de genre réussi et notable qui souligne avec les mêmes acteurs les réussites de la trilogie où excellèrent Andy Lau et Tony Leung. Réalisé par un producteur parmi les plus connus de l’ancienne possession britannique, Marko Mak Chi Sin, à qui l’on doit La légende de Zu, Time and Tide, A true Mob Story ou Fist Power, le métrage divertit et ménage pour tous son lot. D’amertume et d’âpretés typiques des triades mais aussi de suspense et d’attente angoissée avec la minutieuse organisation qui recouvre les organisations du crime asiatique.


De fait, parce qu’il montre l’écroulement d’un monde et ses arcanes sans que la police n’officie vraiment pour en provoquer la faillite, Wo Hu sait se distinguer et en même temps plaire parce qu’il recourt à nombre des acteurs et des schémas narratifs qui font le bonheur du cinéma de Hong Kong. De fait, parce qu’il a été négligé et qu’il est encore accessible dans de très belles éditions asiatiques à moindre coût, il serait dommage de se priver de l’un des films qui aurait tout loisir d’intégrer plus que d’autres les rangs d’une collection comme Asian Star ou autre. Alors succombez et laissez vous tenter par la découverte d’un film à la véritable sincérité où nullement ne dépareille l’impayable et toujours excellent Eric Tsang.



PS : Wo Hu est disponible en import notamment sur www.yesasia.com.
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