Par - publié le 08 octobre 2007 à 00h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 10h43 - 0 commentaire(s)
Sitges 2007 : Jaume Balaguero, Paco Plaza, James Wan, George Romero, Larry Fessenden, un tueur en série pakistanais qui porte la burka. Première partie.


Sitges, station balnéaire espagnole, accueille comme chaque année depuis quarante ans toutes les exclusivités fantastiques que vous verrez dans les prochaines années sur les écrans français ou en dvd. Joie car des événements comme Frontières, de Xavier Gens; [REC.], de Jaume Balaguero & Paco Plaza; Je suis un cyborg, de Park Chan-Wook; The Fall, de Tarsem Singh; Rogue, de Greg McLean; Stuck, de Stuart Gordon; Slipstream, de Anthony Hopkins; Sukiyaki Western Django, de Takashi Miike; Teeth, de Mitchell Lichtenstein; Cassandra’s Dream, de Woody Allen; The city of violence, de Ryoo Seung-wan; Dead silence, de James Wan; Glory to the filmmaker!, de Takeshi Kitano; Mad detective, de Johnnie To; Redacted, de Brian de Palma; Brand upon the brain!, de Guy Maddin; Dr Plonk, de Rolf de Heer; It’s fine, everything is fine!, de Crispin Glover; Mister Lonely, de Harmony Korine; Roman, d’Angela Bettis y sont présentés sans oublier les fêtes, les nuits extrêmes et le cadre (très sympa – potentiellement ensoleillé). Pour tout fantasticophile qui se respecte, c’est un événement.


A peine arrivé là-bas que bibi se pose à la terrasse de l’hôtel et voit qu’à une table de lui George Romero fume son cigare avec ses grosses lunettes en discutant avec un inconnu au crâne rasé ! Sa présence au festival est exceptionnelle (il vient présenter son nouveau long métrage Diary of the dead). Comme celle de l’ami Nacho Cerda, revenu de son très incompris Abandonnée, qui vient donner quelques interviews à ceux qui le veulent. L’inconnu au crâne rasé abandonne Romero car ce dernier doit donner une interview à deux jeunes journalistes. Que raconte Roro ? Concrètement pas grand-chose : "on m’a toujours considéré comme un réalisateur politique alors que je ne suis pas tant un réalisateur politique"; "j’aime beaucoup les zombies, oui, c’est vrai"; "il coûte combien le café ?". Autant dire que ça donne grave envie de voir son Diary of the dead. Ailleurs, beaucoup de gens sont à la recherche d’une invitation pour la teuf Filmax. On se souvient encore de celle donnée pour le film The Host l’année dernière où le carré VIP était réservé au réalisateur Bong Jong-Ho (tout seul avec sa traductrice sur une chaise) et une kyrielle de donzelles qui fêtaient l’enterrement d’une vie de jeune fille en se baladant avec un godemiché sur la tête (qui se tord et ondule dès que t’écoutes de l’electro – mieux vaut éviter de passer du Vitalic ou du Daft Punk donc). Fallait-il voir un rapport avec ce film de monstre? Rien n’est moins sûr.


Dans les salles de projection, on peut voir Dead Silence, de James Wan (on aurait quand même préféré voir Death Sentence, le tout nouveau long du réal de Saw – oui, c’est de l’exigence). L’histoire ? Un homme revient dans sa ville natale pour enquêter sur la mort mystérieuse de sa femme. Au fur et à mesure de ses recherches, il apprend que ce meurtre pourrait avoir été commis par le fantôme d’une ventriloque continuant à vivre à travers ses marionnettes. Le film sort en copie technique dans l’Hexagone le 21 novembre prochain. Ce second long métrage qui scelle la collaboration entre James Wan et Leigh Whannell, respectivement cinéaste et scénariste de Saw, est partiellement convaincant. Entre les deux films, ils ont partiellement participé aux scénarii des autres épisodes de la franchise en donnant une confiance un peu trop aveugle à l’inepte Darren Lynn Bousman. Là où ils auraient sans doute mieux fait d’en rester au premier volet nihiliste et retors. Astucieusement, les deux amis privilégient avec Dead Silence une forme très classique de fantastique ouaté et oublient la surenchère gore tapageuse. Sur le papier, ce n’est pas nécessairement un mauvais choix. Pourtant, le schéma manipulateur reste similaire avec la même bande-son de Charlie Clouser, le même personnage principal taraudé par la culpabilité et surtout le même twist final, totalement inattendu. Malgré l’excitation qui découle de ces redites mécaniques, on ne peut pas dire que les deux loustics révolutionnent le frisson ventriloque à base de poupées maléfiques. La progression dramatique, un brin laborieuse, est suffisamment naïve et désuète pour faire passer le pourtant très mou Magic de Richard Attenborough et surtout le film à sketches Au cœur de la nuit, comme parangons éternels d’un genre rare. Lors d’une représentation théâtrale, un pantin est caché sous le siège d’un enfant. Impossible de ne pas y voir une allusion au Poltergeist de Tobe Hooper. De temps à autre, on pense aussi à l’esprit de la Hammer, à Mario Bava, à Dario Argento, à Edgar Allan Poe, à Tod Browning. On pense à tout sauf au film, trop imprécateur et roublard pour donner l’illusion d’un divertissement honnête.


Mais la vraie bonne surprise de la soirée, fut [Rec.], le nouveau Jaume Balaguero & Paco Plaza, un film d’horreur TREEEEEEES flippant. Qui adopte le point de vue d'un jeune reporter. Caméra à l'épaule, il va coller aux basques d’une brigade de pompiers. Un jour, alors qu'ils partent à la rescousse d'une femme prisonnière des flammes, ils se retrouvent finalement dans un immeuble déserté. Sans doute hanté. Mystère, mystère. On en parle plus longuement dans la critique mais sachez juste qu’on tient ici un vrai sommet d’angoisse, proche du Chez nous, de Balaguero. D’ailleurs le film est à 90% de Balaguero et 10% de Plaza tant on retrouve toutes les ficelles du premier. Plaza a juste peaufiné, apporté l’humour mais laissé le final sang-pour-sang noir cher à Baba. Dans la salle, c’est l’hallu. Jamais vu autant de spectateurs effrayés par un film (beaucoup de hurlements avec une fin qui a fait sursauter tout le monde). Disons la vérité : on tient certainement le meilleur film d’horreur psy depuis Dark Water (Hideo Nakata) – souvenez-vous de la scène de l’ascenseur (gestion du son, effets de caméra etc) et imaginez le même impact pendant une bonne heure.


On continue, sur cette bonne lancée, avec Trigger Man, de Ti West, présenté dans la salle à l’autre bout de la petite ville. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’enthousiasme de la salle se révèle moins franc. Trois potes partent en randonnée. Ils pensent être seuls. Le cinéaste est parti d’une histoire vraie où le chasseur devenait le chassé. La raison qui nous pousse à reluquer cet étrange objet vient de la présence dans le générique de Larry Fessenden, à qui le festival rend hommage et qui reste connu dans le petit monde du film d’horreur pour être pote avec des cinéastes undergrounds comme Todd Morris (qui va venir présenter A Gun for Jennifer prochainement avec Deborah Twist) ou Douglas Buck (il a produit Sisters). Hélas, sans rejoindre les sifflets qui ont accompagné le générique de fin, ce petit film d’horreur remporte le "prix du minimalisme chiant". Pour dire vrai et franc, c’est une caricature du mauvais film d’horreur auteurisant qui flirte avec le pire de l’amateurisme et qui prétend distiller une atmosphère paranoïaque à la God Told me to, de Larry Cohen (trois mecs sont dans la cible d’un tueur fou). En réalité, l’action se déroule sur un rythme tellement lénifiant que l’on décroche lentement et sûrement. Il ne se passe strictement rien si ce n’est une randonnée panthéiste ! Maintenant, le film se targue d’être Le projet Blair Witch diurne mais on retrouve les défauts du film d’origine amplifiés (pas de réelle empathie pour les personnages, aucune mise en scène). La résolution essaye de rejoindre le rang de la série B de prestige mais contribue à démolir tous les "efforts" en devenant explicite et en révélant un décevant pot aux roses. Bilan ? De la série Z hypertrophiée totalement assommante. Revoyez Old Joy (deux amis de longue date se perdent dans une forêt meurtrie) ou Délivrance (une randonnée qui se passe vraiment mal pour le coup).


Avant de se joindre à la soirée Filmax, je me fais un petit film "midnight x-treme" organisé par Mondo Macabro baptisé dans son pays Zibahkhana et ailleurs dans le monde Hell’s ground. Long métrage de Omar Khan. Et accrochez-vous bien, c’est le premier film d’horreur pakistanais bien gore et bien marrant. Un Red Is Dead version longue qui s’assume – avec quelques baisses de régime – où le tueur en série porte la burka (finies les connasses aux cheveux longs made in Asia !). C’est un remake à peine masqué des standards du cinéma d’horreur. On retrouve la même trame que Massacre à la tronçonneuse (quatre jeunes partent en concert dans une bagnole, prennent en autostop un taré dangereux et tombent dans une famille de fous sanguinaires), le même regard du tueur façon The Ring (un trou dans la burka). Le tout à la sauce Pakistanaise avec des ados plus cons tu meurs qui ont une affiche de Maniac dans leur chambre, prennent des substances illicites pour imiter les ricains dans les films d’horreur seventies, se cachent lorsqu’ils croisent leur père dans la rue, se lèvent à cinq heures de l’après-midi parce que la veille, ils se sont couchés trop tard. Des rebelles, quoi. Si, comme toujours avec ce genre de curiosités exotiques, ça se termine un peu en eau de boudin, ce sympathique copycat amuse réellement, d’autant que trois détails sympas le distinguent du tout-venant : 1) le jeu sur les focales (donnant l’impression de regarder un film sous amphets) 2) les cases de comics délimitant comme des titres de chapitres confirment l’envie déconneuse de ce précité assez gore (ça défouraille un peu quand même) 3) un papi garagiste qui passe pour un ancien acteur de série Z, singe Sid Haig chez Rob Zombie et ressemble étrangement aussi au Raymond de L’empreinte de la mort (le Z de Van Damme "avé l’assent"). Ça ne se prend jamais au sérieux et c’est tant mieux. Les amateurs apprécieront…
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