S’il est un sujet qui s’est assurément imposé au cinéma depuis quelques années, c’est bel et bien au football qu’il faut penser. En effet, faisant la part belle aux idoles du ballon rond et plus sûrement à ses maîtres à jouer, ce dernier a su convoquer les footballeurs les plus illustres pour mieux les raconter, mais plus encore pour profiter habilement de leur notoriété. Ne restait plus alors au Festival de Cannes qu’à s’engouffrer dans la brèche pour allier à l’aura universelle de ces sportifs, l’éclat d’une projection spectaculaire précédée de la très médiatique montée des marches du Palais. Ainsi, après Zidane et Maradona, l’édition 2009 ne dérogera nullement à la règle puisque l’on n’attend ni plus ni moins qu’Eric Cantona pour la sortie du film que Ken Loach a tourné pour lui.
Du King… Sacré meilleur joueur du siècle dans son dernier club malgré les Cristiano Ronaldo, David Beckham et autre George Best, l’ancien numéro 7 de Manchester United a marqué l’histoire de son sport et plus sûrement le cours d’une Premiere League anglaise devenue depuis aussi incontournable qu’hégémonique. Seul footballeur issu du continent à s’imposer alors sur les prés anglais, Eric Cantona sut en effet gagner de la plus belle des manières la reconnaissance de ses pairs et plus sûrement l’admiration des supporters, pourtant des plus hostiles à son égard. Et cela s’explique autant par les gestes de classe qui accompagnèrent ses 95 buts marqués en Angleterre que par l’affirmation d’une personnalité qui n’avait besoin que d’un soutien passionnel et sans faille pour s’exprimer. Car s’il est un joueur qui mérita sa couronne de Roi au pays du football, c’est assurément Eric Cantona.
En effet, après son départ fracassant de Nîmes, peu s’attendaient à le voir rejoindre les mornes plaines britanniques et plus rares encore furent ceux qui crurent de suite au miracle qui vit notre frenchy volcanique devenir en quelques années, Eric the King. Le contentieux franco-anglais n’étant jamais loin, nombreux étaient les détracteurs qui imaginaient que ce choix de l’exil soit marqué du sceau de l’oubli et de l’échec. Pourtant, l’artiste qu’il était déjà au temps de ses saisons marseillaise, bordelaise et montpelliéraine n’avait simplement pas trouvé ce cadre rassurant et rationnel où seules la confiance et la loi du terrain suffisent pour que les aspérités de son tempérament soient oubliées. Or, force est de constater au vu de ses deux FA Cup et de ses cinq titres de champion d’Angleterre qu’Eric Cantona fit mieux que s’acclimater, réussissant dans le théâtre de ses rêves à faire entonner par ses fans Anglais une inattendue Marseillaise.

Dès lors, si l’on ajoute à cela un certain sens de la formule et quelques médiatiques incartades qui jouèrent énormément pour sa légende, il n’y avait qu’un pas pour que Cantona, l’idole des stades, ne soit à la hauteur de l’autre de ses envies, celle qui accompagnerait sa sortie de carrière, à savoir jouer la comédie.
…à KennethAdulé pour ses talents footballistiques, celui qui fut si passionnément aimé en Angleterre s’était effectivement persuadé qu’une fois sa carrière finie, son futur serait d’être d’acteur. Vaste défi là encore ! Et pourtant, malgré de timides débuts, il convient de remarquer que l’apprenti est une nouvelle fois vite venu à bout des idées reçues. Refusant par avance l’échec et sans cesse travaillant, c’est à force d’acharnement et de talent qu’il a su s’imposer sur les écrans et là encore, à sa manière. De petites apparitions en rôles plus consistants notamment chez Etienne Chatilliez (
Le Bonheur est dans le pré) ou Jean Becker (
Les Enfants du marais), Eric Cantona a su jouer de son ancienne image, la conserver tout en ajoutant à sa palette les couleurs qui font aujourd’hui de lui un interprète. C’est donc sans véritable surprise qu’on le retrouve devant la caméra d’un autre fou de football, Ken Loach pour un film qu’il lui a lui-même soumis !
Un couple fort bien assortiAmateurs tous les deux de ballon, leur association fait donc mouche dans
Looking for Eric, film narrant les tribulations d’un postier, Eric Bishop, qui décide de reprendre sa vie en main en choisissant de suivre les conseils d’une apparition qui n’est autre que celle d’Eric the King, son idole. Développé sur la base d’un scénario signé par son sempiternel complice, Paul Laverty, sur une idée d’Eric Cantona et de ses frères, ce film s’il est actuellement en compétition officielle pour la Palme d’Or du soixante-deuxième Festival de Cannes, n’en reste pas moins la preuve que derrière le footballeur se cache un homme d’une grande intelligence, doué d’un véritable talent. Car si l’on sait que le football irrigue nombre des films de Ken Loach de
Kes à son segment de
Tickets, il n’en reste pas moins que le cinéaste vainqueur de la Palme d’Or pour
Le Vent se lève n’avait pas besoin d’un tel projet après l’excellente réception d’
It's a Free world.... Ainsi, preuve de son engagement et de sa pleine implication, le changement de ses habitudes sur ce tournage tend à affirmer qu’Eric Cantona n’est plus que ce génial footballeur qui illumina le Championnat d’Angleterre. Aujourd’hui, il est véritablement acteur et ce n’est pas pour rien qu’il peut être fier de ses douze années de carrière.
Cela nous amène d’ailleurs à un constat bien différent de celui qui aurait pu le rapprocher des deux autres génies du jeu qui le précédèrent sur la Croisette. En effet, alors que
Zidane, un portrait du 21ème siècle s’apparentait à une veine tentative arty de saisir la maestria du meneur de jeu madrilène et que Maradona dressait autant le portrait en creux de Diego que celui d’
Emir Kusturica,
Looking for Eric diffère. Il fait confiance à l’homme et au comédien. Il le traite en acteur jouant de sa propre personne, mais surtout il en suppose le professionnalisme et s’appuie sur son talent dans le jeu et non sur son passé de joueur. Dès lors, si le Festival de Cannes réserve une exposition médiatique similaire à l’ancien capitaine de Manchester United en mêlant pour le bien de tous, football, paillettes, cinéma et médias,
Looking for Eric est inévitablement à singulariser parce qu’il offre aux yeux du monde entier la reconversion réussie de l’heureux époux de
Rachida Brakni.