Au début des années 80, Sam Raimi a seulement 20 ans quand il réalise pour seulement 350 000 dollars son premier long-métrage :
Evil Dead, opus qui prenait plaisir à faire se rencontrer l’horreur et l’humour dans une même scène sans pour autant que l’un ne prenne le pas sur l’autre. Près de 25 ans plus tard, alors qu’il aurait été plus logique et moins agressif de proposer un
Evil Dead 4, Raimi et son acolyte Bruce Campbell produisent eux-mêmes le remake américain de leur propre film. Est-ce que sa ressortie n’a pas convaincue la nouvelle génération ? Est-ce que le film original nécessite une relecture ? Vastes questions…
Souvenez-vous : le premier
Evil Dead montrait une bande de post-adolescents qui venaient sciemment dans une maison pas très rassurante et éloignée du reste du monde pour réveiller les vilains souvenirs d’une maison hantée. Dans le film d’origine, l’intérêt résidait plus dans l’atmosphère cauchemardesque que dans le scénario de facture extrêmement classique. Le film le plus emblématique de cette mouvance, qui consistait à voir une bande de jeunes en proie à des événements qu’ils ne maîtrisent pas, demeure certainement
Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. Mais
Evil Dead est devenu une référence parce que justement il ne ressemble pas aux autres. Si d’un côté, on a le réalisme cauchemardesque (une famille déjantée pour
Massacre à la tronçonneuse, des meurtriers en cavale dans
La dernière maison sur la gauche),
Evil Dead avait recours à une forme d’horreur implicite qui suscitait le mystère : l’entité maléfique qui venait semer le trouble était constamment hors-champ. De là découlaient les richesses : les nombreux ressorts comiques étaient assurés par un excès dans le monstrueux et le gore avec des maquillages extrêmement réussis et des situations surprenantes. La tension était provoquée par la menace constante qui pesait à l’extérieur mais aussi par les réactions imprévisibles de certains personnages qui pouvaient exploser d’une seconde à l’autre et rire de manière continue, grinçante, stressante, puis agaçante pour devenir finalement insupportable et effrayante. On peut toujours penser à ce qu’aurait été le film si Raimi avait supprimé toute forme d’humour. Mais cette conjugaison des genres a inspiré tout un pan de nouveau cinéma gore fauché dont Peter Jackson, auteur heureux des délicieux
Bad Taste et
Braindead, en est le principal ambassadeur.
On peut trouver la démarche de Raimi décevante (d’autant que si on recherche un remake d’
Evil Dead encore plus fun et mieux filmé, il n’y a qu’à prendre sa suite nonsensique) d’autant que nous sommes actuellement assaillis de remakes tous azimuts (
The Blob,
Amityville, la maison du diable ou encore
Fog) mais le fait qu’il ne repasse pas derrière la caméra doit être perçu comme un manque de temps (il s’atèle à la réalisation de son
Spider-man 3). Nonobstant, on doit prendre en considération toutes les craintes qui avaient précédées les remake de
Massacre à la tronçonneuse et
Dawn of the Dead et qui se sont avérés au final de très bonnes surprises. De quoi patienter avant
Freddy versus Jason versus Ash et autres
Buffy versus Scream versus Sadako versus Ash versus Candyman versus Navarro versus King Kong…