Par Rafik Djoumi - publié le 26 mai 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h40 - 1 commentaire(s)
Il était une fois la Guerre des étoiles
Auteurs : Fabrice Labrousse – Francis Schall
Editions : Dark Star
442 pages
25 euros

A l’heure où la saga de George Lucas fête son trentième anniversaire, tout ou presque semble avoir été publié à son sujet. La sortie d’un ouvrage purement informatif tel que Il était une fois la Guerre des étoiles pourrait ressembler de prime abord à une redite, si ces auteurs n’avaient fait le pari insensé de couvrir sur 400 pages l’intégralité de l’univers né de cette saga, comprenant les six films principaux, leurs spin-offs télévisuels, les dessins animés, les bédés, les jeux vidéos, les livres et tout autre produit culturel associé à la ‘marque’ Star Wars. De l’écriture au tournage, de l’exploitation à la réception, des influences en amont et en aval, de la carrière des auteurs aux apports technologiques, toutes les façons de parler de Star Wars sont présentement couvertes.



Mais soyons clairs, il ne peut s’agir d’une entreprise de totale exhaustivité. La littérature générée par la saga dépasse en volume celle d’une large encyclopédie classique et rend inconcevable un ouvrage qui dépasserait facilement la dizaine de milliers de pages. Le but ici est plutôt de réunir sous un même toit de multiples facettes, internes, externes, historiques, anecdotiques, fictionnelles, industrielles et artistiques, qui ont toutes fait l’objet d’ouvrages dédiés mais qui n’ont jamais cohabité sous une même couverture.

Première constatation : la structure d’ensemble tient plutôt bien la route. On aurait pu craindre que la partie intradiégétique (personnage, univers, politique) se perde dans les trop vastes contrées initiées par la franchise, mais les auteurs sont parvenus a en extraire l’essentiel (de la guerre des Clones à l’univers étendu) sans donner l’impression de laisser certaines zones dans l’ombre. Moins convaincante est la partie biographique, qui offre une place démesurée aux carrières des principaux comédiens en laissant de côté celles d’artistes clés dans la création de cet univers (scénaristes, producteurs, monteurs, designers, décorateurs etc.).



Notons également un effort de synthèse sur l’aspect mythologique (que même les plus grands fans maîtrisent assez mal) même si la place qui lui est attribuée est forcément trop condensée (l’ouvrage ultime sur le sujet existe, il s’appelle Les Masques de Dieu et fait environ 2500 pages). Plus délicate est la partie technologique et industrielle, du fait que la société Lucasfilm et ses multiples développements soient si étroitement mêlés à la saga qui leur sert de fondement. Ici, on se doute que le choix des sujets n’était pas des plus évidents (du THX au numérique, de Pixar à la previz) et les auteurs s’en tirent avec les honneurs.


Un des apports précieux de l’ouvrage tient aux différents aspects de la sortie française des films (doublages, noms des personnages, accueil critique, box-office) sujet sur lequel la littérature est fort rare et toujours bienvenue. On regrettera cependant que les auteurs soient passés à côté de l’excellente interview de l’attachée de presse française du premier Star Wars, recueillie par le journaliste Pieric Guillomeau, et qui s’avérait blindée d’anecdotes.



Le point le plus problématique de l’ouvrage tient au choix délibéré et assumé des auteurs à ne se référer qu’à des propos dûment officialisés, et donc essentiellement à ceux du créateur George Lucas et à sa compagnie. Lorsqu’on sait que Lucas s’est abondamment contredit, voire a tout simplement menti, sur ces vingt dernières années, ou lorsque l’on étudie de près les aberrations sorties par son actuel producteur Rick McCallum, le choix de « l’officiel » et de l’actuel n’est peut-être pas des plus judicieux. Du coup, l’ouvrage fait l’impasse sur un nombre conséquent de faits polémiques, et notamment l’excessive minimisation et la disparition programmée de collaborateurs de premier plan (Marcia Lucas, Gary Kurtz, Jim Nelson etc.) et adopte plus ou moins la position de Lucasfilm sur les multiples retouches numériques qui ont fait disparaître des consciences les films d’origine. On admettra de bonne guerre que ce n’était peut-être pas non plus dans les priorités d’un tel ouvrage, qui cherche à regrouper plutôt qu’à éclater le concept aujourd’hui communément accepté du label Star Wars.



Enfin, pour conclure, le véritable atout de l’entreprise est sans aucun doute sa clarté. Que l’on soit un geek incollable sur le moindre détail ou un amateur irrégulier de la saga, le livre parlera pratiquement de la même façon à chaque lecteur. Chaque domaine est bien cadré ; les informations se rajoutent les unes aux autres dans un ordre cohérent, et chaque nouvel élément au nom exotique a été préalablement défini. Sur ce point, les deux ans et demi de travail des deux auteurs ont été mis à profit dans l’élaboration d’une structure solide, et l’on attend du coup l’encyclopédie de la SF sur laquelle ils semblent plancher depuis plus longtemps encore.
Vos réactions


logAudience