Résumé de l'épisode précédent : après avoir trouvé le trésor d'Onnance, notre épatant reporter se dirige en Charente. Va-t-il encore affronter Philman, son terrible Némésis ?

Par Damien DUVOT - publié le 05 février 2010 à 09h40 ,
MAJ le 05 février 2010 à 09h55 - 0 commentaire(s)

Tout a commencé un matin d'hiver au Carrousel du Louvres. Moi, jeune hasardé recevant dans ma boîte mail une invitation pour la conférence de presse en préparation du festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême. Et me voilà, 9h du matin, à moitié réveillé par le son de manifestants s'époumonant à l'extérieur (on était alors en plein mouvement de grève dans les monuments de la capitale), tandis qu'un violoncelliste accompagne Blutch dessinant en arrière-plan. A quelques sièges de moi, Jean Giraud (aka Moebius) somnole gentiment, je nage en plein surréalisme.
 
Un mois plus tard, l'intrépide reporter part en terre charentaise, convaincu de l'utilité de couvrir un festival de P'tits Miquets. Et avant d'entrer dans le vif du sujet, donnons un bref aperçu topographique. Chef-lieu de la Charente, la ville d'Angoulême fut une place fortifiée, maintes et maintes fois assiégée. Fière de ses 42 669 habitants, et entourée d'imposants remparts, elle git au sommet d'une colline donnant à cette ville un relief qui s'avère contraignant au fur et à mesure que les BD s'entassent dans la valise du collectionneur. Car en effet, le festival court sur toute la cité, et s'étend jusque de l'autre côté de la Charente. C'est d'ailleurs à cet endroit que je dois me rendre en ce soir du mercredi 27 janvier 2010, invité à la soirée pré festival en plein cœur du tout nouveau musée de la Bande dessinée. Je découvre alors des planches rarissimes de Calvo (La Bête est morte), ainsi que des originaux du Spirit de Will Eisner. Pour les connaisseurs, quelques pages de Kirby et autres Charles M. Schulz trônent également au milieu d'originaux d'Uderzo et de Franquin. Non loin, Lewis Trondheim sirote tranquillement du cognac local, et je décide de ne pas trop m'attarder afin d'être frais pour le lendemain.
  Adèle Blanc-sec, Luc Besson


PREMIER JOUR, COMME UN JEUDI
 
Conférence Delcourt au matin. Entre quelques révélations sur la diffusion prochaine d'une série inspirée de la bande dessinée des blagues de Toto (voir article précédent), et la traduction française du nouveau triptyque d'Alan Moore et de Kevin O'Neill faisant suite à la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, on trouve quelques perles intéressantes comme « Naguère (les étoiles) », parodie avec l'accord de George Lucas himself, se demandant « ce qui se passerait si dans La guerre des étoiles, il n'y avait pas de technologie avancée ? » (je vous laisse imaginer les combats en chariot avec des sabres en bois). On découvre aussi Jour J, une nouvelle série basée sur l'uchronie, scénarisée par Duval et Buchet, avec un premier tome se demandant ce qui se serait passé si les Russes avaient posé le pied sur la Lune avant les Américains (4 volumes déjà prévu pour 2010). Mais il est temps d'avancer dans la journée, et avant d'affronter Sempé en conférence, je déambule au milieu des stands, et découvre Lewis Trondheim attablé, me confirmant de nouveaux Donjon Monster et surtout me confiant des pistes sur un futur projet mystère de Joann Sfar (réalisateur de Gainsbourg (vie héroïque) et du prochain Chat du Rabbin). J'en déduis qu'il pourrait s'agir d'une adaptation de Sardine de l'espace, étant donné que son studio a commencé à plancher dessus.
 
En début d'après-midi, rencontre avec Jean-Jacques Sempé très intéressante où l'on apprend surtout qu'il semble peu satisfait du Petit Nicolas sur grand écran, et où il nous confie beaucoup d'anecdotes sur son travail au New Yorker. Peu loquace lorsque le journaliste lui pose des questions, il reste cependant bourré d'humour et n'hésite pas à casser son interlocuteur un grand nombre de fois. Ce qui me donne d'ailleurs l'envie d'aller faire un tour du côté de l'exposition « Dessin d'humour » où un dessin de Jean Giraud côtoie du Tetsu, du Sempé et autres Georges Grosz. Une bonne rétrospective du dessin de presse, du XIXe siècle à nos jours. A 20h tapantes, début de la Cérémonie d'Ouverture du festival d'Angoulême, où Luc Besson passe nous faire un petit coucou nous dévoilant un court making-of des aventures d'Adèle Blanc-Sec (où Tardi semble comme un enfant), puis Jean Teulé revient nous faire le même discours qu'au matin, nous racontant pourquoi il était intéressé par le marquis de Montespan. Régis Loisel monte sur scène également, nous confirmant qu'il continuera la Quête de l'oiseau du Temps pendant encore plusieurs millénaires. 
  les_beaux_gosses_7


DEUXIEME JOUR
 
Le vendredi fut l'occasion d'une soupe chaude à la betterave offerte par Fluide Glacial, ainsi qu'une conférence célébrant les 35 ans du même éditeur. Je me retrouve alors en compagnie de Thierry Tinlot, Yan Lindingre, Jean Solé, Franck Margerin, Thiriet, Berberian ainsi qu'un Riad Sattouf auréolé du succès des Beaux Gosses et encore surpris d'être en compétition pour le festival dans la catégorie du meilleur album. Discussions empreintes de nostalgie d'où ressort une anecdote sur Goossens, honteux du jour de la venue de Jacques Tati dans les locaux de Fluide, car il l'avait confondu avec le fabricant de vêtements du même nom.
A 16h, charmante conférence de presse au cœur de l'Hôtel de Ville d'Angoulême, où le réalisateur Ari Folman de la Valse avec Bachir nous confie ses projets.
Circulant dans les bulles (le nom des espaces consacrés aux éditeurs), je tombe nez à nez avec Philippe Manœuvre, ex rédacteur en chef de la célèbre revue Métal Hurlant, venu dédicacer sa bande dessinée Rock'n Roll. J'assiste aussi à un attroupement causé par des adolescentes de 14-15 devant Jena Lee, tandis que je discute avec le journaliste Denis Robert tout fier d'avoir été relaxé dans l'affaire Clearstream, dédicaçant d'ailleurs l'excellente bande dessinée l'Affaire des Affaires, relatant justement le dossier suscité.
 
TROISIEME JOUR, AUX ALEAS D'UNE RENCONTRE
 
Samedi midi, rencontre internationale avec l'excellent Robert Crumb venu parler de sa Genèse, qui, à 66 ans, après des années défoncé au LSD, reste toujours aussi bavard. Cette journée fut également l'occasion de découvrir les premiers épisodes d'une série animée adaptant les aventures du Gaston Lagaffe de Franquin, qui doit se retourner dans sa tombe. En attendant la soirée consacrée à la série Sable Noir, j'erre dans les bulles, croise de nouveau Manœuvre, trouve Pierre Bellemare attablé aux éditions Joker et fait une rencontre surprise en la personne d'Alexandre Astier venu dédicacer le tome 3 (en BD) de Kaamelott. J'apprends donc qu'une trilogie cinématographique faisant suite à la série est toujours d'actualité, et que ce dernier réfléchit à l'idée d'utiliser un système 3D. Il souhaite également donner à chacun des films une ambiance différente, afin de pouvoir les dissocier séparément (citant en exemple la première trilogie de la Guerre des Etoiles). Au détour d'une allée, j'aperçois Jean Giraud installé discrètement au milieu de vendeurs en tout genre. Drôle de place pour un dieu vivant.
  

Sable noir - Vampyres


DERNIER JOUR, CATENER ET...
 
Tirant péniblement mon bagage jusqu'à la salle Némo (à l'autre bout de la ville) j'atteints enfin la conférence de Kevin O'Neill, venu nous parler de la Ligue des Gentlemen Extraordinaire 1910, faisant suite aux deux excellents tomes scénarisés par Alan Moore. Suivant une enquête sur des meurtres en série, on revoit Mina Harker toujours aussi pimpante, ainsi qu'une nouvelle arrivée en la personne de Janni, fille d'un capitaine Némo aux portes de la mort (étonnant d'ailleurs de parler du capitaine Némo dans la Salle Némo). Au cours de la rencontre, O'Neill nous dévoile les futurs plans d'Alan Moore, avec un possible voyage dans le temps, pour nous dévoiler les ligues préexistantes. Il nous confie en outre la prochaine présence d'une ligue française et allemande (évoquée dans les chapitres précédents), et nous dévoile aussi le destin de Mina Harker. O'Neill se révèle d'ailleurs plus prolixe que prévu, en nous faisant part de quelques pistes en rapport avec la fin de la série, sur fond d'apocalypse, nous révélant d'ailleurs l'arrivée d'un personnage emblématique de la littérature britannique (et très à la mode actuellement). C'est alors que je me précipite à la sortie de la salle, bousculant Philippe Manœuvre, afin de ne rien rater de la Cérémonie de Clôture.
Car c'était l'évènement à ne pas manquer : Il fallait voir Blutch débarquer en scène sur fond de Take The A Train, dansant les claquettes jusqu'à l'arrivée de quatre Angoumoisines habillées façon Lido, seins à l'air et plumes au vent. Jouant un duo improbable (et laborieux) avec son compère Francky Felder, alignant des jeux de mots du style « vous n'allez pas partir la main vide » (en s'adressant au Ministre de la Culture Frédérique Mitterrand, le bras en écharpe), compilant les private jokes en imaginant Dupuy et Berberian s'adonnant aux guides pratiques tels que « le bricolage pour les bobos » ou « la plomberie pour les bobos », ou en nous montrant quelques courts-métrages réalisés pour l'occasion où Blutch combat un Troll à l'épée... Bref, un vrai spectacle au cours duquel fut couronné le beau gosse Riad Sattouf et son tome 3 des aventures de Pascal Brutal, ainsi que l'élection du dessinateur Baru au poste de président du festival pour 2011 (ce qui n'était pas une surprise : un documentaire retraçant la carrière de Baru était projeté tout le long du salon).
 
Ainsi se conclut ce charmant festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême. Certes, j'aurais pu aussi parler du Concert de Dessin, où plusieurs dessinateurs s'amusent sur une planche tandis qu'un groupe musical joue à leurs côtés ; ainsi que de la soirée Blutch avec la participation d'Irène Jacob et de Mathieu Amalric ; du Cinémonstre d'Enki Bilal ; de l'avant-première de Yona, la légende de l'oiseau sans ailes, en présence de Rintaro (et dont la conférence de presse a duré aussi longtemps que le film) ; de l'exposition consacrée au manga One Piece, à Léonard, aux Tuniques Bleues... Mais un catener a sauté en gare de Poitiers, et il est l'heure de rejoindre la capitale, coincé dans un train, toujours en compagnie de Philippe Manœuvre. Je me demande combien de paires de lunettes peut avoir cet homme là...


Vos réactions


Dernières news

Diaporama

logAudience