Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 07 août 2009 à 15h04 ,
MAJ le 26 septembre 2009 à 03h09 - 0 commentaire(s)
Après le bien terne Wu Ji, la légende des cavaliers du vent, Chen Kaige, l’un des plus illustres cinéastes chinois de la sixième génération revient sur le devant de la scène avec Forever Enthralled, biopic retraçant la vie de l’immense acteur de l’Opéra chinois, Mei Lanfang. Une occasion de vérifier si besoin en est que le talent ne s’éteint pas et que le cinéma chinois opère toujours entre gigantisme, nationalisme grandiloquent et intense raffinement esthétique.

FOREVER ENTHRALLED
Un film de Chen Kaige
Avec Leon Lai, Zhang Ziyi, Sun Honglei, Masanobu Ando
Durée: 2h25
Sortie en France non précisée, sortie à Hong Kong le 5 décembre 2008

De ses débuts étincelants jusqu’à son retour triomphal au sortir de la reddition japonaise, Mei Lanfang se révèle le plus brillant interprète de son temps, tout en n’évitant pas de souffrir des exigences de son art et des affres de l’Histoire. Incarnation idéale du talent fait homme, ce dernier traverse son époque et ne vit que pour la scène au point de méconnaitre les affaires du coeur. Jusqu’au jour où Meng Xiadong, superbe et talentueuse comparse vient à croiser sa route ...

Une fresque historique sublime

Lorsque Chen Kaige s’empare de l’histoire de Mei Lanfang pour en faire un film, ce dernier sait qu’il s’engage dans une voie autrefois explorée avec L'Empereur et l'Assassin et surtout Adieu ma concubine, à savoir l’exigence d’une représentation d’ampleur et le faste d’une reconstitution historique aux relents éminemment tragiques. Et force est de reconnaitre que le résultat est à la hauteur du budget de quinze millions de dollars débloqué pour l’occasion ! En effet, si Forever Enthralled nous invite à suivre les pas de Mei Lanfang dans les entrelacs d’une carrière que ses amours et amitiés investissent, notre réalisateur ne néglige, ni n’économise ses moyens pour nous les faire partager.

Ainsi, tout touche au grandiose et à l’instar de l’Opéra chinois, le métrage semble baigner comme Les Fleurs de Shanghai, Epouses et Concubines et Adieu ma concubine dans une rare magnificence. Faisant ici feu de tout bois et déployant une mise en scène mettant en exergue le spectacle même de la représentation théâtrale, le cinéaste de La Terre jaune nous emporte alors avec toute la démesure des grandes fresques.

Une personnalité emblématique et du sens : une vraie superproduction

Par ailleurs, dans une veine qui n’est pas sans rappeler Ip Man par sa volonté de raconter le destin d’une figure incontournable dans un contexte marquant, Forever Enthralled déploie son récit au coeur de la période pré-maoïste que narrait avant lui, Nanjing, Nanjing ou encore Lust Caution. Ce qui donne une dimension héroïque bien utile à l’ensemble et renforce son pouvoir de séduction auprès du public chinois, sa cible principale. Ainsi, retrouve-t-on dans ce métrage nombre des caractéristiques qui ont fait la réussite des derniers films de Zhang Yimou, John Woo, Feng Xiaogang et consorts ces dernières années : un héros résistant, une occupation humiliante et le sursaut d’une nation sur fond de valeurs identitaires communes.

De fait, classique dans son approche, ses formes et sa narration, Forever Enthralled malgré une longueur (2h26) que l’on ne ressent nullement, nous offre un spectacle typiquement chinois, digne de surcroît des productions anglo-saxonnes les plus soignées. Hélas, à la hauteur de ce qu’il souhaite nous conter, on n’en déplorera pas moins son absence de surprises et ses personnages trop unidimensionnels. Et que dire de Meng Xiadong, le personnage interprété par Zhang Ziyi, qui apparait trop brièvement alors que l’actrice tient enfin avec ce rôle sa prestation la plus convaincante.
Par conséquent, si on ne peut enlever sa belle facture à Forever Enthralled et son évidente séduction, il reste regrettable qu’un projet si maîtrisé n’atteigne pas au regard de tels moyens, le statut de grand film par manque d’expérimentation et d’ambitions scénaristiques.

Site officiel

Trailer vidéo d’IMDB

Disponible sur www.yesasia.com

Jean-Baptiste Guégan
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