Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 06 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 06 octobre 2009 à 11h42 - 0 commentaire(s)
Après de belles surprises asiatiques en provenance de Cannes, Asia Connexion revient cette semaine sur un film aussi intéressant que méconnu, Getting Home. Mélodrame poignant signé par Zhang Yan, ce film sorti en salles en janvier 2007 a en effet le mérite de nous conter sur un mode sensible et subtil, les promesses d’un homme, Zhao Zhao, bien décidé à accomplir les derniers vœux de son compagnon de beuverie.

GETTING HOME
Un film de Zhang Yang
Avec Zhao Ben Shan, Hong Qi Wen, Song Dan Dan, Guo De Gang, Hu Jun
Titre original : Luo Ye Gui Gen
Durée : 1h49



Sensibilité mélodramatique et drame intimiste

Zhao Zhao et son comparse Liu embarquent, passablement saouls dans un bus dont la destination reste imprécise. Or, entre épisodes cocasses et moments plus dramatiques, leur odyssée ne se déroulera pas sans peine. En effet, très vite, les choses se gâtent : le vieux Liu est mort et Zhao Zhao a promis de le ramener chez lui…

S’inspirant d’un proverbe chinois qui rappelle les disparus à leurs racines, Getting Home à la manière de Macadam Cowboy célèbre la loyauté et l’amitié sous couvert d’une histoire aussi étonnante que magnifiquement traitée. Sorti dans un relatif anonymat il y a deux ans passés, le cinquième film de Zhang Yang après Shower et Sunflower aurait pourtant mérité une bien meilleure exposition. Certes, la Berlinale le récompensa d’un prix œcuménique et les HK Film Awards le distinguèrent mais il faut admettre que cette œuvre ne reçut pas en Europe le soutien qu’une telle qualité aurait pu lui promettre. En effet, par son histoire mais aussi par son traitement alternant moments dramatiques et instants tragi-comiques, Getting Home se caractérise par sa profonde humanité et son indéniable maîtrise.



Regard amusé, personnages excentriques et souffle lyrique

Original au regard du sujet qu’il choisit d’explorer, subtil et inattendu dans la construction de son regard, le métrage se propose ainsi d’offrir quantité de séquences fortes et marquantes où son personnage principal traverse le pays avec sur son dos, le cadavre de son ami. Sans pathos ni volonté de dramatiser à outrance, Getting Home réussit donc là où tant d’autres auraient peiné, c'est-à-dire en traitant de la mort et de la fidélité avec une simplicité et une tendre distance qui de nos jours, s’avèrent trop rares. De surcroît, superbement photographié par Nelson Yu Likwai que l’on a déjà vu au générique de Still Life, Useless, The World mais aussi Love will tear us apart, Getting Home s’illustre par une monstration naturaliste et par instants très poétique, qui souligne l’humanisme de l’ensemble. Et il faut bien reconnaître que le souffle qui anime dès lors le film n’est pas pour rien dans l’émotion et l’attachement qu’il crée chez son spectateur.

Ainsi, par la grâce d’un scénario d’une vraie densité et l’incarnation parfaitement aboutie de Zhao Ben Shan, Getting Home est à ranger parmi les plus touchantes œuvres asiatiques des cinq dernières années. Une vraie surprise et de belles émotions de cinéma.
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