Par - publié le 07 juillet 2008 à 12h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 16h05 - 0 commentaire(s)
Deuxième partie de l'interview de Guillaume Nicloux, le réalisateur évoque ici spn parcours, de son premier long métrage au très récent La Clef avec Guillaume Canet...

A l'occasion de la sortie du DVD de La Clef le 09 juillet 2008, Guillaume Nicloux sera co-rédacteur en chef de Dvdrama/Excessif la semaine prochaine.

Quelles sont les personnalités qui ont compté dans votre parcours professionnel?
Il y a Raoul Coutard qui a accepté lorsque j’avais 21 ans de faire la photo pour mon premier long métrage. Il y a eu deux écrivains, Maurice Pons et André Dhôtel, qui m’ont accordé du temps et permis de les rencontrer plusieurs fois. Ils ont tous contribué à être là à des moments importants. Il y a eu Pierre Chevalier qui a été très longtemps directeur de la fiction chez Arte. Pierre-Henri Deleau qui a dirigé la Quinzaine des réalisateurs à Cannes qui a pris mon premier film commercialisé, Faut pas rire du bonheur, en sélection. Il y a eu Charles Gassot qui contre vents et marrées m’a proposé des films de commande. Mes rencontres avec André Dhôtel restent impressionnantes. Il avait la particularité d’avoir écrit plus d’une cinquantaine de romans dont un qui est fascinant et qui s’appelle Le pays où on n’arrive jamais. Il se situe dans un univers aux frontières du fantastique et raconte une histoire qu’on ne saisit pas. A l’âge de 18 ans, j’étais arrogant et inconscient. J’étais déterminé à le rencontrer. Je lui ai d’ailleurs écrit – il habitait en Flandres. Je lui faisais part de mon envie d’adapter son roman au cinéma. Donc j’ai eu cinq rencontres avec lui. Il fumait des paquets de Pall Mall sans filtre pendant tout un après-midi alors qu’il n’avait que 90 ans. Il avait un œil béant. En fait, il lui manquait un œil et on voyait quasiment l’intérieur de sa tête. J’en conserve un souvenir très troublant.


Vous avez fait une apparition dans Seul contre tous, de Gaspar Noé.
On s’est connu au festival de Toronto. Il avait Carne et je présentais un long métrage expérimental, Les enfants blancs. Et on a fait connaissance là-bas. On est resté copains. Je devais faire un rôle dans Irréversible dans la boîte du début, c’était un dimanche après-midi et je n’avais pas envie de me déplacer, d’autant que je ne vis à Paris.

Les seconds rôles sont très importants dans votre cinéma. Le choix des acteurs pour les interpréter n’est jamais anodin.
Ils témoignent surtout d’une passion pour les acteurs mais aussi les gens. Je les choisis moins pour ce qu’ils incarnent que pour ce qu’ils m’évoquent. C’est pour cette raison que j’ai souvent recours à des acteurs non professionnels. Ce que j’aime surtout, c’est ce que la rencontre déclenche ou, au contraire, ne déclenche pas. Ça, on le pressent dans la seconde. Même lorsqu’il se passe quelque chose qu’on ne comprend pas, c’est intéressant. Ce que l’on essaye de comprendre en faisant les choses ensemble.


Les personnages qui regardent la caméra constituent quasiment une figure de style dans tes premiers films. Qu’est-ce qui détermine ce choix?
J’utilisais ça dans mes premiers films expérimentaux. Je n’ai pas la réponse. Après, on peut faire des rapprochements analytiques et psychanalytiques du «phénomène». Est-ce que c’est un miroir? Est-ce qu’on se regarde soi-même? Est-ce qu’on s’interroge? Je crois qu’il y a plusieurs réponses à tout ça, selon les situations.

Dans tous les films que vous avez réalisés après Une affaire privée, il y a toujours cette idée de montrer un quotidien banal progressivement contaminé par le fantastique ou d’annoncer une menace sur le point d’exploser.
J’aime viscéralement tout ce qui n’est pas expliqué. Tout ce qui met en danger, oui. Tout ce qui oblige à penser différemment par rapport à ce que l’on m’a appris, aussi. C’est ce que je recherche. Le sentiment de peur est pour moi extrêmement important au cinéma. Quand je parle de peur, je ne parle pas de film d’horreur. La peur peut venir de cette confrontation à des sentiments et des émotions que l’on n’a pas l’habitude de vivre dans ce type de films. C’est curieux que vous ayez ressenti ça sur La clef car le film est totalement dégraissé de tous les artifices que j’ai pu utiliser par exemple dans Cette femme-là. Je cherchais à créer de la tension en utilisant des artifices. Ici, je refuse les artifices. Il n’y a pas de musique, le son est quasiment mono et il n’y a pas de nappes.



Est-ce que La clef, votre dernier long métrage, est compréhensible pour un spectateur qui n’a vu ni Une affaire privée ni Cette femme-là?
Je pense qu’il faut avant tout présenter La clef comme l’histoire d’un jeune homme incarné par Canet qui ne peut accepter d’avoir un enfant que lorsqu’il aura résolu le mystère de sa propre naissance. A partir de là, plusieurs lignes conduisent vers une même résolution. Mais des lignes qui permettent d’introduire des thèmes différents: la paternité, la difficulté conjugale à pouvoir aimer de façon unilatérale. Toute sorte d’univers sentimentaux qui m’étaient jusque là éloignés. C’est un premier pied dans cet univers cinématographique-là. L’idée de tendre vers une émotion plus apparente, plus visible. D’être dans un univers qui ne fait plus trop de rétention. Tout ça reste très spontané, je n’échafaude pas de raisonnements.

La clef est à la fois un film somme et marque la fin d’une époque. D’ailleurs, vous y assumez le côté presque mélodramatique du film qui contredit la froideur émotionnelle de vos précédents longs? Totalement. Ce sera d’ailleurs au cœur de mon prochain film qui sera radicalement différent de ce que j’ai fait jusqu’à maintenant. On est toujours les moins bien placés pour analyser notre travail. Je sais malgré tout que j’en ai fini avec une certaine façon de raconter les histoires. Je pense avoir été au bout de ce que je voulais chercher pour l’instant. Il y a des moments où on s’arrête, on regarde derrière soi, on regarde ce qu’on a fait. Peut-être que ça vient plus de moi, de ma capacité à dire les choses, ce que je pense et ressens. Tout ce que je peux dire, c’est que ce sera ouvertement mélodramatique.



Est-ce que la collaboration au scénario avec Pierre Trividic a contribué à ce changement?
Cela faisait quelque temps que l’on se tournait autour. On apprécie nos films réciproquement et on avait une envie commune de travailler ensemble. J’avais réellement envie qu’une personne dynamise et dynamite mes codes narratifs pour m’amener vers un renouveau.

Vous revoyez vos films?
Jamais. Ca ne m’intéresse pas. Quand j’ai fait le commentaire audio de La clef, j’ai dû jeter deux trois regards sur l’image. Comme on n’a pas le son, j’avais juste des images. Ça me suffisait amplement.
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