Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 05 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 05 octobre 2009 à 15h40 - 0 commentaire(s)
Conformément à l’habitude et plus que pour Forever Enthralled, cette semaine, l’heure est au plaisir coupable et à la découverte d’un film aussi jouissif que purement distrayant. En effet avec I Corrupt all cops, point de réflexion profitable sur le cinéma et les enjeux de l’histoire, au contraire même, car le dernier film de Jong Wing n’est rien d’autre que l’une de ces comédies hongkongaises acerbes où le ridicule dispute au film de triades, le droit de vous récréer.

I CORRUPT ALL COPS
Un film de Jing Wong
Titres originaux: 金钱帝国, Gam chin dai gwok, Jin Qian Di Guo
Avec Eason Chan Yik Shun, Anthony Wong Chau Sang, Tony Leung Ka Fai, Alex Fong Lik Sun, Bowie Lam Bo Yi, Kate Tsui Tse Shan, Natalie Meng Yao
Durée : 1h53
Sortie à Hong Kong le 30 avril 2009



Les années de corruption et le plaisir du jeu

Situant son action dans la cité hongkongaise du temps où la corruption régnait sur la ville, I Corrupt all cops s’évertue à nous faire entrer dans les arcanes d’une police pas rétive aux cadeaux et autres bakchichs. Et force est de constater que si le trait est parfois appuyé, le récit d’une telle déchéance a quelque chose d’éminemment réjouissant. Ainsi, entre les frasques des grands commissaires chinois de la ville, les bavures à répétition et les détournements massifs, c’est tout un pan de l’histoire récente de Hong Kong qui est mis au jour. Avec toutefois, une réserve singulière : loin des films de Sidney Lumet sur New York (Serpico, Un Prince dans la ville, The Offence), I Corrupt all cops vise tout autre chose que la création d’une atmosphère idoine à un propos dont la portée serait morale.

Ici, tout est affaire d’excès, de manipulations à petite échelle et d’outrance régulière. Ainsi, le chef de la police se doit-il de gagner systématiquement les matchs de football qu’il joue et son fidèle serviteur, épouser toutes les maîtresses qu’il séduit, au risque de tout perdre, son poste comme la confiance de son boss. De fait, entre histoires rocambolesques et scènes de violence parfois crues, I Corrupt all cops tient plus de Martin Scorsese (Les Affranchis, Casino) pour la peinture de ses situations et la définition de ses personnages que des fresques réalisées par Francis Ford Coppola, Andrew Lau (Infernal Affairs) et Johnnie To (Election). On rit aux outrances, on sourit devant l’énormité prévisible des situations et en même temps, il n’est pas rare que l’on goûte sans y rechigner, au rythme de ce métrage qui n’est pas sans rappeler par son esprit, le très divertissant, Men Suddenly in black de Pang Ho-Cheung.



Un tableau à l’humour noir qu’anime un casting de haut vol

Cependant, très noir par certains côtés et non sans une certaine volonté d’ancrer historiquement la réalité de la corruption hongkongaise durant les seventies, I Corrupt all cops alterne récit dramatique et situations plus légères avec un sens du traitement déconcertant. Ainsi, malgré l’envie d’un rire, l’ardeur violente de tous ces hères au service de l’argent installe une tonalité plus amère -tonalité qui d’ailleurs bonifie le métrage et le rend surtout plus appréciable par rapport à la masse des films du genre. Par ailleurs, si l’on ajoute à cela que l’équipe qu’il réunit compte en son sein quelques uns des plus talentueux acteurs du cru, Tony Leung Ka Fai, Anthony Wong ou encore Eason Chan, I Corrupt all cops arrive à ses fins en nous prenant à son surprenant double jeu, celui d’une comédie plus obscure et retorse qu’elle n’en a l’air. De fait, peu importent la mise en scène peu inspirée et la dimension sensiblement factice de l’ensemble, le dernier film du soldat Wong Jing, cinéaste et scénariste à la chaîne, mérite que l’on s’y arrête. Pour sa savoureuse capacité à retrouver l’artifice comique et désargenté du cinéma hongkongais des eighties tout d’abord, mais plus encore pour sa capacité à se métisser avec certains traits saillants du film noir et du polar sourd et brutal.

Disponible sur www.yesasia.com
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