Après Le Banquet et l’exceptionnel
Héros de guerre, Feng Xiaogang nous revient avec un film de Noël aussi éblouissant que surprenant pour le public occidental que nous sommes :
If You are the one. Mêlant drôlerie et gravité avec une sereine virtuosité, l’expérience étonne et envoûte, servie qu’elle est par l’exceptionnelle présence de Ge You et la froide beauté de Shu Qi. Dès lors, avant de vous parler prochainement de
Cape n°7 et
Mei Lanfang de Chen Kaige, il était hors de question de faire l’impasse dans l’Asia Connexion de cette semaine sur cette dernière réalisation.
IF YOU ARE THE ONE Un film de Feng Xiaogang
Avec Shu Qi, Ge You, Vivian Hsu, Alex Fong Chung-Sun, Hu Ke et Fan Wei
Durée : 2h04
Sortie à Hong-Kong le 22 décembre 2008
Entre étonnement…Après sa fresque chinoise digne d’
Il faut sauver le soldat Ryan et avant de découvrir
The Nobles qui vit actuellement sa phase de production, Feng Xiaogang nous revient avec un mélodrame contemporain savoureux. Nous contant la quête du couple, tout en parlant ouvertement de sexualité et d’affirmation féminine,
If You are the one dispute ainsi aux films coréens ou à ceux de Jia ZhangKe le droit d’exposer une autre approche de la modernité. En effet, en suivant les pérégrinations d’un inventeur un rien cynique dans sa recherche de l’Autre, la dernière réalisation du cinéaste nous invite à suivre un couple improbable vivant une histoire d’amour aussi séduisante que dérangée. En prise directe avec la réalité des blind dates et des rendez-vous par Internet,
If You are the one explore ainsi avec la légèreté du film de Noël, l’actualité d’une Chine opulente qui s’occidentalise par le truchement de ses deux personnages centraux. De fait, porte-t-il à l’écran, le cheminement qui pousse Smiley (Shu Qi) et Quin Fe (Ge You) d’une amitié amoureuse à une relation raisonnée et consentie avec une audace que l’on ne prêtait d’ordinaire pas au cinéma chinois mainstream et à ses figures de style habituelles.
…et envoûtement Oscillant entre des moments graves où Shu Qi fait montre d’un talent excitant et des instants d’une singulière drôlerie,
If You are the one distille donc dans le registre de la comédie amoureuse, sa saveur exaltante. Celle que procurent les films déroutants qui ne respectent pas les codes implacables du genre, tout en les singeant pour mieux s’en nourrir. En effet, s’appuyant sur une photographie des plus soignées et un sens du cadrage aussi ironique qu’épatant, Feng Xiaogang intercale dans les temps forts d’un récit conventionnel, des segments pénétrés de tonalités réalistes, poétiques et étonnamment émouvantes. Ainsi, déblaie-t-il souvent l’aspect prévisible de son propos pour ménager à ses personnages, des béances de liberté surprenantes : les personnages se saoulent et se livrent, ils vont prier des heures durant ou se retrouvent coincés dans une réunion mortuaire de Yakusas... Par conséquent, d’Hokkaido à Chengdu, Qin Fen (Ge You) et Smiley Xiaoxiao Lang (Shu Qi) se suivent, se cherchent, se repoussent puis se retrouvent tout en tentant de se séparer d’un passé qui les gangrène. Et au milieu de ce charivari, se distingue sur un mode mineur, le visage d’une nouvelle Chine, celle des aisés et d’un présent qui fait fi des coutumes passées.

De fait,
If You are the one en conjuguant la bluette sympathique et le comique décalé, propose à son spectateur une étonnante expérience filmique. De celle que l’on n’oublie pas parce qu’il concilie l’indépendance d’un regard original dans un cadre des plus formatés et la saveur doucereuse des comédies romantiques les plus dérangées. In fine, on ne saurait que trop vous conseiller de vous précipiter sur
If You are the one car s’exposent ici tout le talent d’un des plus étonnants cinéastes de l’industrie chinoise et de l’équipe qu’il a réuni autour de lui.
Jean-Baptiste Guégan