Auteur et acteur surdoué, Albert Dupontel marque à nouveau les esprits grâce à sa performance dans
Le convoyeur, un rôle-titre présentant d’innombrables difficultés dont il se sort avec brio au bénéfice au passage d'un suspense palpable. Plus à l’aise devant un dictaphone que sur un plateau de télévision (il possède un poste sans antenne), Albert Dupontel nous parle d’un film dont il est fier.
Pourquoi avoir choisi Le convoyeur pour revenir sur les écrans après deux ans d’absence ?Parce que je me suis fait piéger dans ce jeu de fausses pistes. J’ai été pris dès la lecture, car comme tout le monde, au bout de 45 minutes, je ne savais toujours pas quel était le mobile de mon personnage, pourquoi il avait intégré cette équipe de convoyeurs, et derrière ce polar, il y a du social, de l’humain. On pourrait parler d’une synthèse de Ken Loach et Melville, ce dernier étant un réalisateur qu’aime particulièrement Nicolas Boukhrief. Moi, je suis plus Ken Loach, mais cette complémentarité est très riche. Les convoyeurs de fond qui ont vu le film n’ont pas démenti ce qui est montré, même si bien sûr, les pétards et les jeux de flingues, c’est du cinéma ! Le travail de documentation a vraiment porté ses fruits.
Vos années de fac en médecine ont été utiles : l’idée de la crise d’épilespsie vient de vous ! Au départ, mon personnage avait une blessure un peu mystérieuse à la tête et souffrait de saignements de nez. Quand j’ai su plus tard d’où venait cette blessure, j’ai alors souligné que des crises d’épilepsie seraient les véritables symptômes. La crise telle qu’elle est dans ce montage a été raccourcie, pour éviter le côté trash du mec qui se fait pipi dessus.
Albert Dupontel dans LE CONVOYEUR Vous êtes particulièrement baraqué ! Nicolas voulait montrer la force, il ne suffisait pas de la jouer. Il s’agit surtout d’une démarche psychologique, ce n’est pas un héros mais il a un comportement héroïque. On peut y voir un point commun avec les rôles que j’interprétais dans
La maladie de Zachs et
Irréversible. Alors il a fallu que je me mette au régime, au coca-light et à la gonflette, le plus dur étant après sur le tournage de pleurer en faisant les pompes. Entre le grotesque et l’émouvant, la frontière est parfois floue.
Vous êtes du genre à rester dans le personnage hors du plateau ? Non, il faut que ça reste un jeu, aussi sombres soient le personnage et le film. Je précise d’ailleurs qu’il n’y a pas d’interdiction aux moins de douze ans,
Le convoyeur est un polar de genre, dont la violence n’a rien à voir avec celle de
La passion du Christ ou d’
Irréversible. Boukhrief reprend les choses là où Corneau les avait laissées.
Le choix des armes,
Police Python 357 et
Série noire sont les derniers grands films très noirs. Aujoud’hui, les gens ont peur dans notre société, et pour les rassurer on leur sert des films familiaux, consensuels, fédérateurs… C’est tout à l’honneur de Nicolas Boukhrief et Gaspard Noé de conserver cette contre-culture. J’ai bien aimé aussi Sur mes lèvres, dans la même lignée, mais d’une manière générale, les bessonneries ont américanisé les polars.
Irréversible a été une étape importante dans votre carrière ? J’ai été gavé de sensations fortes, c’était de l’adrénaline pure. Un moment euphorisant, délirant.
Votre prochaine réalisation ? J’ai eu de bonnes nouvelles il a quelques jours et si tout se passe bien, la préparation pourra débuter cet automne. Olivier Gourmet sera l’un de mes partenaires.
Albert Dupontel dans LE CONVOYEUR Vous rencontrez des difficultés pour la mise en route du projet ? Oui. En dépit de son succès,
Bernie n’est jamais passé sur une chaîne hertzienne.
Le créateur est passé à minuit sur M6. Quand on voit ce qu’ils passent à 20h30, je le prends comme un hommage ! A part Castorama pour les pelles, quel publicitaire va vouloir investir dans un passage de
Bernie ? Il vaut mieux faire 100 000 entrées et un gros audimat plutôt qu’1 million d’entrées dans les salles et ne pas passer à la télévision. Et puis Canal + était un mécène, aujourd’hui disparu, qui m’aidait beaucoup.
Quand aurons-nous le plaisir de (re)découvrir votre spectacle en DVD ? J’ai ressenti une véritable attente de la part du public, que j’ai rencontré pendant la tournée province du
Convoyeur. Mon spectacle pourrait sortir en DVD l’automne prochain, j’en ai également envie, car mes œuvres cinématographiques sont dans la continuité. Je le regarde aujourd’hui avec tendresse, alors qu’à une époque, c’était aussi avec de la colère, car je voulais aller beaucoup plus loin ! Il y aura également une nouvelle édition de
Bernie, avec quelques scènes coupées et des interviews de nombreux artistes qui affectionnent ce film, de Robin Williams à Terry Gilliam, en passant par Bertrand Blier…
Pour terminer, dîtes-nous à quoi vous pensez quand vous voyez un extincteur ? Plus à sauver des gens qu’à en détruire ! Je me suis rendu compte qu’en faisant des gestes très simples comme taper sur un mannequin, à l’arrivée, avec la postproduction et le son, c’est épouvantable et
Irréversible a fait crier beaucoup de gens. Amusant !