Par Didier Verdurand - publié le 28 octobre 2003 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h01 - 4 commentaire(s)
Spécialiste des films d’action avec à son actif Sale temps pour un flic, Piège en haute mer et, son plus célèbre, Le Fugitif, Andrew Davis vient de passer à un nouveau genre en adaptatant le best-seller des enfants, La morsure du lézard (Holes en vo), du romancier Louis Sachar. Rapportant plus du double de son budget seulement en Amérique du Nord, cette agréable comédie le remet en selle après le bide de Dommage Collatéral avec Gouvernator Schwarzenegger. Il a gentiment accepté de répondre à nos questions et de revenir sur sa carrière.

Comment vous êtes-vous retrouvé sur La morsure du lézard ?

Ma productrice, Teresa Tucker-Davies a lu le livre. Nous voulions changer de genre, ne pas refaire un film d’action. Je l’ai lu à mon tour et je l’ai adoré. Un autre de mes producteurs, Mike Medavoy a acheté les droits, puis les financiers sont venus à nous, Disney s’est manifesté… Notre démarche était indépendante, ce n’était pas une commande. Ma principale préoccupation concernait Louis Sachar, pour qu’il ne se sente pas délaissé. Nous l’avons donc encouragé à adapter lui-même son livre, et nous l’avons en quelque sorte guidé dans cette transposition à l’écran.


Andrew Davis, réalisateur de LA MORSURE DU LEZARD


D’où venait ce souhait de changer de genre ?

Je ne veux pas faire sans arrêt le même film, et je ne m’intéresse pas aux effets spéciaux, j’évite d’utiliser des images de synthèse pour garder un certain réalisme. En ce moment, les adaptations de comics ou de jeux-vidéo cartonnent, mais je ne veux pas en faire. Dans La morsure du lézard, il y avait un mystère et une magie qui m’attiraient. Celles qui menaient le film étaient des femmes, et c’était aussi une nouveauté pour moi. Je voulais aussi aborder des thèmes sociaux.

Sorti le printemps dernier, il a bien marché au box-office.

Il a eu d’excellentes critiques. Le New-York Times a dit que c’était alors de loin le meilleur film de l’année. Le budget est de 27 millions de dollars, il en a rapporté 67 millions en Amérique du Nord.

Cela vous tente de continuer sur cette voie ?

Oui, il est évident que les films déstinés à un public familial ont toujours de beaux jours devant eux. J’aime aussi recevoir des compliments de parents qui me remercient d’avoir procuré du plaisir à leur enfant.

Y a-t-il une scène du film qui vous tient particulièrement à cœur ?

Je ne peux pas répondre. Tout le tournage s’est déroulé de manière idéale. Il y avait une ambiance extraordinaire dans toute l’équipe, nous ne voulions pas que le film se termine. (Il réfléchit) Jon Voight me rend hilare lorsqu’il raconte l’histoire sur la pluie aux enfants. J’adore son sarcasme.


Jon Voight, Sigourney Weaver et Tim Blake Nelson dans LA MORSURE DU LEZARD


Parlons de votre riche carrière. Sale temps pour un flic est considéré comme étant le meilleur film de la filmo de Chuck Norris !

C’est la première fois que je travaillais pour un studio. J’avais l’occasion de tourner dans ma ville natale, Chicago, où je m’y sens très à l’aise. Le scénario m’avait plu, et je me suis bien amusé. J’étais ravi à moins de 40 ans de me retrouver aux rennes d’un gros film d’action, et comme ce fut un bon succès, j’ai pu bien gagner ma vie par la suite.

Il faudra attendre 7 ans pour faire mieux, avec Piège en haute mer.

Je retrouvais Steven Seagal, qui était devenu une star grâce à Nico que j’avais réalisé quatre ans auparavant. Je retrouvais aussi Tommy Lee Jones que j’avais dirigé dans Opération Crépuscule, et il a pu apporter une touche d’humour qui a offert à Steven Seagal du répondant, ce qui l’a motivé dans son personnage. Harrison Ford a vu le film, l’a adoré, et le lendemain j’avais un appel de la Warner me disant qu’il voulait me rencontrer pour parler du Fugitif.

Vous n’étiez pas intéressé de réaliser la suite, Piège à grande vitesse ?

La Warner n’a pas voulu attendre que je sois disponible, et a fait la suite sans moi. Ils auraient probablement du, elle leur aurait rapporté plus d’argent si je l’avais réalisée (rires). En fait, les producteurs n’avaient pas de scénario, et si j’avais eu la possibilité de travailler dessus, ma priorité aurait été de retravailler ce script qui manquait de développement.


Harrison Ford dans LE FUGITIF de Andrew Davis


Revenons au Fugitif. 7 nominations aux Oscars, dont Meilleur Film.

Il y avait un problème aussi avec le scénario, il y avait des trous, qu’il a fallu boucher. J’ai pu déplacer l’histoire à Chicago. C’est un bonheur d’avoir un tel casting. Tommy Lee Jones n’a pas volé son Oscar du Meilleur second rôle, il est parfait. Vous vous sentez si libre quand vous retravaillez avec des comédiens, vous pouvez tenter des expériences. Je retrouvais aussi Joe Pantaliano, qui est très talentueux. Le fugitif est toujours le thriller qui a remporté le plus de succès dans l’histoire de Warner Bros.

Paradoxalement, vous allez enchainer avec deux gros échecs, Faux frères, vrais jumeaux et Poursuite.

La promotion du premier a été pour ainsi dire inexistante, la boite de production faisant faillite juste avant sa distribution. Le deuxième, c’est différent. Keanu Reeves avait des problèmes avec la direction de la Fox, furieuse qu’il refuse de s’engager dans Speed 2. Résultat, la Fox sort le film en plein milieu des Jeux Olympiques, et il passe inaperçu. C’était l’envoyer au casse-pipe. Ces deux films ont des qualités, j’en suis fier et ne les renie absolument pas.

Vous rencontrez le succès avec Meurtre parfait.

Je me retrouvais dans une situation identique à celle que j’avais connue sur Le Fugitif. Je ne regardais pas la série à la télévision. Et bien là, je n’étais pas amateur d’Hitchcock. J’étais plus attiré par les réalisateurs français et italiens, comme Lelouch, Fellini, Bertolucci…Chez les américains, j’admirais Sidney Lumet. Grâce à Anne et Arnold Kopelson, les producteurs, j’ai pu avoir un casting remarquable, et le tournage fut un réel plaisir.

Que pensez-vous du remake de Psychose par Gus Van Sant ?

Je ne l’ai pas vu. Cela ne m’intéresse pas un remake plan par plan.


Enfin, vous avez réalisé Dommage Collatéral.

Il a souffert de sa déprogrammation en raison du 11 septembre. C’était un film difficile à réaliser. Je voulais exposer le rôle des Etats-Unis en Colombie. J’y avais déjà travaillé, et je connaissais bien les conditions tragiques qui règnent là-bas. La violence entraîne la violence, on l’a bien vu en Irlande ou dans le Moyen-Orient par exemple. J’avais besoin d’enchainer sur un sujet plus léger, et La morsure du lézard est arrivé à point !



Votre relation avec Arnold Schwarzenegger ?

Très bonne. Je lui ai dit il y a quatre ans qu’à mon contact, il deviendrait plus libéral !

Qu’avez-vous pensé du cirque pendant les élections en Californie, avec des personnalités du milieu audiovisuel qui se sont présentées, comme Gary Coleman, l’actrice porno Mary Carrey ?

(Il lève les yeux au ciel) Je pense déjà que George Bush n’aurait pas du être élu Président des Etats-Unis ! Il n’a pas gagné les élections ! Le Démocrate Wesley Clark a dit qu’il lui faudrait un frère Gouverneur dans chaque Etat pour remporter les prochaines !

Propos recueillis par Didier Verdurand
Photo d'Andrew Davis par Côme Bardon
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