A l’occasion de la sortie du DVD d’
Un petit jeu sans conséquences, le réalisateur Bernard Rapp revient sur son film pour DVDrama. Avec une grande élégance et beaucoup d’appoint, l’ancien journaliste nous dévoile sans hésitation comment adapter une pièce de théâtre aux cinq Molière…
Quelles difficultés avez-vous rencontré pour adapter ce qui est à la base une pièce de théâtre ?Le risque de l’adaptation d’une pièce est de faire du théâtre filmé, c’est-à-dire de poser la caméra et de dire au comédien ‘’faites moi la même chose’’. En serrant un peu, en mettant des angles différents… Ma démarche était différente. Il fallait d’abord réécrire sachant que la pièce était très réussie et suscitait beaucoup de rires auprès du public. Or moi ce qui m’intéressait, c’est qu’elle faisait rire sur quelque chose de très cruel. Donc je me suis de suite dis qu’il fallait noircir un peu le trait, car n’étant pas en prise directe avec le public.
Et pour les personnages ?J’ai considérablement augmenté le nombre de personnages. Il y en a 5 dans la pièce, contre 18 dans mon film. On a rajouté des personnages qui sont off dans la pièce, ou qui n’existent pas. En même temps, la pièce marche très bien et les dialogues étaient très réussis. On a donc retravaillé tout ça avec les auteurs de la pièce et le scénario est sorti tel qu’il est aujourd’hui. Et c’est là qu’il faut commencer à penser en terme de cinéma. Une de mes priorités était de me dire qu’il y a un personnage de plus que les 18, la maison. Très importante, car contrairement au théâtre, ce n’est pas juste un décor, mais un acteur. On a donc beaucoup cherché la maison idéale. Les personnages devaient pouvoir rentrer et sortir en permanence. Donner une souplesse à l’ensemble pour éviter le côté théâtre. Je voulais également que la maison se vide au fur et à mesure, pour donner ce côté vieille chose à la fin. Il ne fallait pas subir le lieu unique, se poser tous les jours la question ‘’que n’ai-je pas déjà traité dans ce décor ?’’ Il fallait donc bouger tout le temps, et le filmer en steadycam, ce qui permet d’accompagner les comédiens au plus près. L’idée étant de ne pas louper un regard, un sourire, une arrière-pensée. Enfin, il y a eu un vrai code à mettre en place pour les costumes puisque chaque comédien conserve le même tout le film, chose rarissime au cinéma.

Justement, avec les contraintes liées au théâtre, d’unité de temps et de lieu, comment avez-vous insufflé ce dynamisme au film ? Aussi souvent que possible j’ai demandé aux comédiens de bien connaître leur texte pour pouvoir tourner des séquences complètes, dans tous les axes. Cela m’a permis de garder la musique des dialogues et l’efficacité du montage de cinéma puisque je pouvais choisir ensuite le meilleur axe.
Vous n’avez donc pas laissé trop de liberté aux comédiens…Il n’y a pas d’improvisation mais il y a de l’interprétation. Ils ont souvent apporté des intentions qu’ils pensaient convenir à leurs personnages. Les comédiens connaissent souvent leur personnage beaucoup mieux que n’importe qui.
Vous êtes quand même connu pour votre aisance en tant que scénariste / dialoguiste, j’ai du mal à vous imaginer adapter une pièce sans y mettre votre petite touche personnelle…Effectivement la pièce est très différente au théâtre car uniquement comique, alors que dans mon film il y a ce côté un peu noir. Beaucoup de situations sont en effet dans le film et pas dans la pièce.
Comment avez-vous procédé pour le casting ?Au fur et à mesure. Je voulais absolument que le mari ne soit pas qu’un rôle de cocu, mais un type qui se batte. Et Yvan Attal a cette qualité là, il ne reste pas figé à subir les évènements. Sa femme devait donner l’impression au début d’être une petite bourgeoise tranquille, grande blonde, pour s’apercevoir finalement qu’elle est en acier. Sandrine (ndr : Kiberlain) me plaisait bien car elle a l’allure et très vite la puissance. J’ai pensé très vite à Marina Fois pour la copine décalée et mal dans sa peau…
Et Jean-Paul Rouve ?Lui, c’était vraiment la trouvaille. L’idée de prendre quelqu’un qu’on n’attend pas.
Vous l’aviez déjà vu dans d’autres films ?Oui, souvent. Dans le rôle de Couscous notamment. L’idée était de faire venir pour le séducteur de service un type dans un rôle de travesti impossible. Et avec Jean-Paul, au bout de dix minutes, on sait que c’est lui le personnage. On comprend pourquoi elle part avec lui, même si on ne l’aime peut-être pas. D’autant que lui ça l’a beaucoup amusé car on ne lui avait jamais proposé de rôle comme ça.
Ca vous fait deux, trois comédies d’affilée, alors que vous avez plutôt une étiquette intello. A quand un retour à des choses plus sérieuses ?Je ne m’interdis rien, je vais là où mon plaisir me mène. J’adore
Pas si grave qui a été mal jugé par la critique parce qu’on ne comprenait pas que moi, après des films noirs, je puisse faire quelque chose de plus léger, vivant, un peu naïf. Sans vouloir me comparer aux grands metteurs en scène, que ce soit Mankievicz, Ford, Huston, on ne s’est jamais posé la question de savoir s’ils font plus de ceci ou de cela, ils ont fait de tout. C’est une réaction très franco-française de s’arrêter à ce genre de chose.
C’est vrai, mais le dernier Audiard par exemple, est un type de film que l’on vous voit plus réaliser qu’une comédie…Tout à fait. Je suis d’accord. Mais il ne faut pas s’interdire de faire des choses ou on ne plus rien. Si on est uniquement là où on nous attend, la vie s’arrête. Et moi c’est ma grande peur, d’être toujours là où on m’attend. Donc je me mets toujours là où on ne m’attend pas, ce qui est parfois un peu douloureux à vivre.
D’ailleurs quels sont vos projets ?Je n’en ai pas trop pour l’instant car le film est encore dans ma tête. C’était un tournage difficile. Je produis des gens que j’aime bien. Et je vais m’atteler à deux gros projets qu’on m’a apportés mais rien n’est déterminé. En septembre je saurai exactement ce que je fais l’année prochaine. D’ici là je ne prends pas trop de décision. Je lis, je regarde, j’écris. Un film tous les deux ans c’est beaucoup dans le rythme français.
Un tournage difficile, dites-vous ? Dans quel sens ?On le voit très bien dans le making of, il y a eu des conditions climatiques très difficiles. Ce qui peut créer des tensions sur le plateau. J’étais épuisé, j’ai perdu plus de 5 kilos !
A propos du making of, vous y parlez également de cette tension qui est montée par moment à cause des conditions météo difficiles, mais ça n’est malheureusement pas montré. Est-ce un choix ?Je n’ai pas contrôlé le making of. Mais quand je dis une tension, ce n’est pas non plus quelque chose d’insupportable, c’est inhérent à un tournage. Sur le papier cela devait être beaucoup plus facile.
Pour rester sur les suppléments, il y a donc le making of et le petit film de vacances… c’est tout. Un peu léger non ? Pourquoi n’y a-t-il pas de commentaire audio ?Je pense qu’il faut conserver une part de mystère sur un film de ce type. J’ai fait un commentaire audio pour
Pas si grave car c’était une comédie très légère. Ici, le film sous-tend une noirceur qui fait qu’on aurait donné à voir des choses inutiles. Ca n’aurait rien apporté au film. En plus je n’aime pas beaucoup les commentaires audio. Je ne les écoute pas. J’aime bien les interviews des réalisateurs, mais un commentaire sur l’image, je ne suis pas fan. Et puis j’ai toujours peur que le spectateur commence par le commentaire avant de voir le film.
A part les commentaires audio, que pensez-vous des suppléments sur les DVD ?J’aime beaucoup. Par exemple j’ai acheté le DVD de
MIB moins pour le film que pour les suppléments. Le deuxième disque d’un film que j’aime beaucoup,
Magnolia, est aussi formidable. Mais c’est un gros investissement, ils ont filmé tous les jours depuis la préparation.
Vous êtes un gros consommateur de DVD ?J’en regarde beaucoup mais je vais plus souvent au cinéma. Généralement je ne les regarde que quatre ou cinq mois après les avoir achetés car je ne veux pas être influencé par la rumeur qu’il y a sur le film. J’applique la même démarche avec les livres.
Pou Un petit jeu sans conséquences, vous préférez que le spectateur voit votre film sans connaître la pièce ?Je ne préfère rien. S’il n’a pas vu la pièce, je crois que ça ne lui manquera pas et s’il l’a vue, ça lui paraîtra autre chose. Le risque, c’est qu’il arrive en pensant q’il va se poiler comme un malade et qu’il se retrouve surpris car en voyant le film il risque de rire mais un peu jaune.
Effectivement il s’agit d’une comédie ‘’intelligente’’…Oui ce n’est pas une farce. C’est une comédie à l’anglaise, et j’espère que les gens voudront le voir pour ça.
D’ailleurs ce genre que vous avez donné au film, était-ce vraiment ce que vous vouliez faire dès le départ ou était-ce à la base un film noir transformé en comédie ou inversement ?C’est intéressant ce que vous dîtes, car en fait le film est beaucoup plus noir que ce que j’avais imaginé. C’est très peu de choses. Quelques séquences que j’avais imaginées plus souriantes et qui par rapport à ce qui avait été tourné avant, à la relation entre les comédiens, ont dévié vers une plus grande noirceur. Et finalement je trouve cela mieux.