Par Didier Verdurand - publié le 09 décembre 2003 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h02 - 1 commentaire(s)
L’un des derniers géants du cinéma italien déclara un jour : « La langue du cinéma, c’est le français » : difficile de trouver plus belle déclaration d’amour, et c’est un privilège que de retrouver Bernardo Bertolucci dans notre capitale, où se tient pour la troisième l'action d'un de ses films (après Le conformiste et Le dernier tango à Paris). Si de grands réalisateurs se sont cassés les dents sur Paris et ses clichés, Innocents – The Dreamers échappe heureusement à ces dangers. Comme son titre français l’indique di bien, le Maestro peint ici avec sa caméra des sentiments innocents, dans une atmosphère sulfureuse peu au goût de tout le monde et créant le scandale à la dernière édition de la Mostra de Venise. Un air de déjà vu pour ce metteur en scène qui connût pire…

Ce n’est pas nouveau pour vous les problèmes avec la Censure ! Vous avez fait quelques déclarations dures adressées à la Fox…

C’est un contentieux avec mon distributeur aux Etats-Unis, Fox Searchlight, la filière de la 20th Century Fox qui se charge des films d’auteur. Sans les coupures, mon film aurait été classé NC-17, l’équivalent du X sans qu’il soit porno pour autant. Or, les studios refusent de distribuer ces films car la publicité est interdite dans la presse, et sont voués à l’échec. J’ai dû couper pour obtenir un R, qui est une interdiction aux moins de 17 ans non accompagnés. Je trouve qu’une innocence se dégageait de la version initiale, et lorsque j’ai revu la version coupée, je l’ai trouvée obsène ! (rires)

30 ans après Le dernier tango à Paris, la censure vous demande encore des comptes !

A l’époque, c’est en Italie que j’ai le plus souffert de la censure. J’avais été condamné à une semaine de prison, la pellicule du film avait été brûlée, et le pire, c’est qu’on m’avait enlévé le droit de vote pour 5 ans. Pour Innocents – The Dreamers, l’interdiction est aux moins de 14 ans, ce que je trouve très juste. Les temps changent, heureusement ! C’est une triste constatation, mais aujourd’hui aux Etat-Unis, la violence dans les films passe plus facilement que le sexe. On se retrouve avec des drames comme au Lycée de Columbine, et les élèves aujourd’hui vont à l’école en passant à travers des détecteurs de métaux.



Est-il facile de travailler avec une comédienne qui n’a aucune expérience au cinéma ?

Quand je suis au stade de la lecture, et que je pense à un personnage, le mystère me guide et je ne pense pas à un comédien en particulier, surtout avec les jeunes. Mais une fois que le comédien est choisi, je moule le personnage en fonction des charmes et des qualités de jeu du comédien. C’est l’inverse de ce que font la plupart des réalisateurs. Eva Green n’avait jamais joué devant une caméra, mais elle possédait une expérience théâtrale. J’ai travaillé avec sa véritable identité, avec bonheur. Cela facilite les choses pour tout le monde.

Vous répétez beaucoup ?

Non. Mes répétitions ne sont que techniques, car mes plans sont souvent complexes à réaliser. Elles profitent surtout au cadreur, pas aux acteurs.

Le rôle du père dans le film vous a-t-il fait penser au votre, qui était poète ?

Un peu, mais mon père était moins naïf ! J’estime énormément Robin Renucci, qui m’a impressionné par sa connaissance très profonde de la littérature italienne. Parce que les jumeaux dans le film ont un père écrivain, ils ont un bagage culturel énorme, et il y a une sorte de chantage qui s’installe entre eux, car ils ne réagissent pas comme des jeunes « normaux ». Cela apporte une dimension comique.



Vous songiez à tourner il y a quelques années la suite de 1900 ?

J’ai réalisé que 1900 est né à cause du contexte historique de l’époque, au milieu des années 70 en Italie. Il y avait un véritable mouvement collectif passionnant, que je n’ai pas ressenti depuis la chute du mur de Berlin. La politique sans idéologie ne m’intéresse pas du tout. S’il y a une évolution positive dans ce domaine, alors je repenserais peut-être à la suite… pour qu’elle soit diffusée dans la nuit sur Arte !

Photo Côme Bardon
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