Par Frédéric Ambroisine - publié le 01 octobre 2008 à 13h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 16h57 - 0 commentaire(s)
Venue en France présenter This Side Of Heaven dans le cadre du 25ème Festival du Film de Femmes, la réalisatrice Chen Jie est repartie tout sourire avec deux prix de la section Graine de Cinéphage (meilleur film et prix du jury). Originaire de la province de Hubei, Chen Jie a adapté le livre Pretty Girl In Our Family de Geling Yan, célèbre romancière chinoise dont une des œuvres fut déjà portée à l'écran (Xiu Xiu de Joan Chen, qui rencontra de sérieux problèmes avec la censure chinoise). This Side Of Heaven est son premier film. Elle va nous en parler un peu…

DVDrama : Quel à été votre parcours derrière la caméra avant This Side Of Heaven?

Chen Jie : J'ai étudié dans le domaine de l'audiovisuel en Angleterre où j'ai par la suite travaillé de nombreuses années pour la BBC (British Broadcasting Corporation). J'ai fait également plusieurs courts métrages et documentaires en Chine. J'ai travaillé dans la réalisation et aussi la production. Ce qui m'intéressait principalement dans ce travail, c'était le fait de pouvoir communiquer avec les gens. La plupart des sujets de mes documentaires concernait les petits villes de Chine et les minorités en général. Je n'ai vraiment eu l'opportunité de m'atteler à mon premier long métrage, This Side Of Heaven, qu'il y a deux ans. C'est à cette époque que j'ai découvert Pretty Girl In Our Family, le roman de Gelin Yan dont s'inspire mon film.


THIS SIDE OF HEAVEN de Chen Jie (2003)

DVDrama : Quand et pourquoi avez-vous quitté la BBC? Combien d'années avez-vous travaillez en Angleterre après vos études?

Chen Jie : J'ai quitté la BBC en 1996. J'aurais pu rester 3 ans de plus comme le stipulait mon contrat. Mais je suis revenue en Chine parce que j'ai réalisé que j'y avait plus d'opportunités et surtout beaucoup plus de plaisir à y travailler. Je pense que j'ai fait le bon choix. C'est dernières années, comme tout le monde peut le dire, la Chine a subi de terribles changements de toutes sortes. Je suis assez chanceuse d'avoir pu faire quelques documentaires pour la China Central Television (CCTV). Cela m'a permis de voyager dans des coins reculés de la Chine, et de comprendre la vie de beaucoup de chinois ordinaires lors d'une période rapide développement économique.

DVDrama : Préférez-vous la réalisation ou la production?

Chen Jie : J'ai commencé à travailler à CCTV en tant que réalisatrice. Pendant que je travaillais sur des petits projets de documentaires, j'exerçais à la fois les fonctions de réalisatrice et productrice. Mais je préfère de loin la mise en scène. Je ne me sens pas l'ame d'une productrice... Les chiffres et les nombres, c'est pas mon truc. J'apprécie plus le fait de préparer un scénario, de travailler avec des acteurs et des actrices, leurs fabriquer des histoires. C'est comme un jeu d'enfants!

DVDrama : This Side Of Heaven est l'adaptation d'une œuvre originale, pourtant le film comporte quelques éléments qui s'inspirent de votre propre expérience. Quelles furent les principales modifications par rapport au roman?

Chen Jie : L'histoire change à partir du moment ou Qiaoqiao, l'héroïne, arrive à la base militaire. La fin de l'histoire est différente également. Dans le roman, 6 mois après le départ de Qiaoqiao, la base militaire reçoit une note annonçant sa condamnation à mort. Suite à cette nouvelle, le lieutenant décide de quitter l'armée.

DVDrama : Le genre de drame vécu par Qiaoqiao - kidnapping et mariage forcé - est-il fréquent en Chine ?

Chen Jie : Cela arrive de temps à autre. On en entend généralement parler dans les infos ou dans certains programmes télévisés. Il est vrai qu'il existent des centaines de filles de province qui veulent aller en ville pour réussir. Elles se font souvent utiliser. Parfois elles se font vendre. Ce cas se produit de façon occasionnel.

DVDrama : Pourquoi avoir choisi d'utiliser une caméra HD pour réaliser votre film?

Chen Jie : Tout simplement à cause de la difficulté de trouver un sponsor. Par chance, j'ai été en contact avec une société qui voulait promouvoir du matériel HD. Georges Lucas l'a fait, alors je me suis dis " pourquoi pas ". Mais le problème avec la HD, c'était la post production. Le processus de montage était très difficile. Personne en Chine n'avait encore utilisé ce genre de matériel, les films d'habitude sont en 24 images secondes. Pour la HD, c'est 25. Les gens sur place, ne sachant pas utiliser ce système, le montage du film fût donc terminé à Bangkok. En ce qui concerne la copie qui a été projetée (NDLR : au Festival du Film de Femmes à Créteil) , les sous-titres français ont été faits par un amis français habitant à Pékin. Et c'est moi qui me suis occupé de faire le transfert à Bangkok. Ne parlant pas du tout français, j'ai du faire la synchro au petit bonheur la chance. J'espère qu'il n'y avait pas trop d'erreurs et que vous avez pu tout comprendre…

DVDrama : … Pas de souci, c'était très bien. Comment avez-vous trouvé vos acteurs?

Chen Jie : Trouver mon actrice principale m'a demandé un certain temps. J'ai rencontré pas mal de bonnes comédiennes, mais elles n'avaient pas dans le regard cette lueur d'innocence qui caractérise le personnage principal, Qiaoqiao. Je n'était donc pas satisfaite. Jusqu'au jour où j'ai rencontré Wu Jiaojiao. Elle a tout de suite été touché par cette histoire et à même pleurée à la lecture du scénario. Elle est assez spéciale et assez éloignée des standards de beauté classique. Elle est danseuse depuis 6 ans et son corps réagit à sa façon de jouer. Elle a du beaucoup travailler son jeu pour paraître naturelle. Elle a également grandi en ville et n'a donc rien d'une " country girl " à la base. J'ai donc du la lâcher tout simplement (rires) dans un milieu qui ne lui pas du tout familier, parmi des non professionnels dont la plupart exercent les mêmes métiers dans la vie que dans le film.

DVDrama : Pourquoi n'avoir pas fait du mari une brute épaisse détestable, mais quelqu'un de plutôt pathétique?

Chen Jie : Ce qui m'attirait dans l'histoire n'était pas le crime qu'engendre la situation de Qiaoqiao, mais plutôt le coté touchant de chaque personnage. Effectivement, il " achète " sa femme, mais c'est en même temps quelqu'un de très gentil et attentionné, il n'est simplement pas éduqué. Il pense avoir raison en partageant sa femme avec son frère, parce que celui-ci à payé une partie de " l'achat ". Pour le kidnappeur, j'ai délibérément choisi quelqu'un au look intello, pour que la fille lui fasse confiance.


THIS SIDE OF HEAVEN de Chen Jie (2003)

DVDrama : Comment ce film va-t-il être distribué?

Chen Jie : Le comité de censure de la télévision chinoise à donné son accord pour une diffusion TV de This Side Of Heaven. Ce comité est totalement indépendant de celui de la censure du cinéma, qui est beaucoup plus strict. Je vais probablement devoir couper certains plans pour avoir une chance de voir projeté mon film dans les salles chinoises.

DVDrama : Quel est votre avis sur l'acte que commet Qiaoqiao ? certains personnages du film disent qu'elle a eu raison d'agir de la sorte, d'autres disent que non…

Chen Jie : Je laisse le choix au spectateur de se faire sa propre opinion… Les filles de province ne sont pas très bien éduquée et font facilement confiance à autrui. Je voudrais que le public comprenne avec ce film qu'au fond, ce dont ont besoin ces gens n'est pas l'argent, mais une bonne éducation.

DVDrama : Quelle fut la durée du tournage ?

Chen Jie :Deux mois. Nous tournions à la bordure du Tibet et de la province de Qinghai. il n'y a que la que l'on pouvait trouver des routes militaires qui font la connexion entre la Chine et la Russie. Pour la partie militaire du film, j'ai contacté l'armée et obtenu sans problème la permission du quartier général. Ils adoraient l'histoire car l'image qui est donné d'eux dans le film est très humaine. Ce ne sont pas des automates qui ne font qu'obéir aux ordres. Ils ont beaucoup apprécié ça et j'en étais très heureuse.

DVDrama : Vous enchaînez avec un nouveau film ?

Chen Jie : Je travaille actuellement deux scénarios. Le premier est une histoire d'amour. Une chinoise va à New York rejoindre son mari universitaire. Elle découvre qu'il la trompe et lui a juste demandé de venir pour divorcer. Ne voulant pas revenir en Chine en perdante, elle choisi de rester. Mais comment va-t-elle survivre sans parler un mot d'anglais? Elle rencontre ensuite un américain fortuné qui lui propose de faire un enfant de façon "spéciale", en échange de 50000 dollars. Ayant désespérément besoin d'argent, elle accepte ne se doutant pas qu'il s'agit d'un piège...

Le second scénario se déroule en Chine durant l'occupation japonaise. C'est l'histoire d'un groupe de jeunes enfants japonais et chinois qui grandissent, jouent et vont à l'école ensemble. Quand la guerre éclate, leurs parents - des scientifiques - se retrouvent obligés de travailler sur un projet qui nécessite l'expérimentation d'armes chimiques, et deviennent ennemis par la force des choses. Les enfants décident alors de travailler sur leur propre projet. Un projet destiné à sauver leur parents et à éviter un massacre. le tournage se déroulera en Mandchourie.

Propos recueilli par Frédéric Ambroisine le 26 mars 2003 à Creteil (Festival Du Film de Femmes)
Remerciements à Jeremy Segay, Leny Chen Hong et Chen Jie
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