Lors de l’entretien, Christian Mungiu, réalisateur très doué de
4 mois, 3 semaines, 2 jours, ne sait pas encore qu’il va remporter la Palme d’or. Nous sommes au festival de Cannes, le lendemain de la projection officielle, et ce petit film Roumain fait l’effet d’une profusion de grandes révélations. Déterminé, le cinéaste a construit cette histoire énigmatique pour qu’elle soit perçue de différentes façons (film-vérité, horreur, fantastique, drame, brûlot politique), à l’aide de ses interprètes, en restant à l’affût de ce tout ce qu’ils pouvaient apporter et en réfléchissant à chaque élément de sa mise en scène. Le résultat, d’une cohérence inouïe, est extraordinaire de densité et de richesse. L’un des événements de la rentrée.

Oui. D’un bout à l’autre, je me suis basé sur l’histoire. La manière dont j’allais la raconter, l’idée de progression et de cloisonnement. Il était hors de question de donner un message dès le départ. C’est au spectateur lui-même de se faire sa propre opinion. Il fallait que le montage soit fluide et que l’histoire paraisse crédible. L’histoire en elle-même peut avoir différents degrés de lecture. C’est d’ailleurs ainsi que je souhaite procéder sur tous mes autres films. Ce qui m’intéresse, ce sont mes personnages : pourquoi est-ce qu’ils agissent comme ça dans telle ou telle circonstance ? A l’origine, il n’était pas question que je réalise un film sur l’avortement. Ou sur l’amitié. Ou sur le communisme. Il me fallait une histoire émotionnelle et pertinente pour les gens de mon âge et ceux qui ont connu cette période. Mon devoir était alors de montrer ce qui s’est passé à ceux qui l’auraient oublié. Ou ceux qui ne connaîtraient pas cette histoire. Tout ça est venu petit à petit. A la base, il y avait un désir de cinéma. Ce n’est qu’après que le scénario est venu. Et il fallait que ça me parle pour que je sois apte à le traiter et à communiquer cette émotion.