Par - publié le 27 janvier 2006 à 03h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h46 - 0 commentaire(s)
Le jeune Daniel Spencer (la vingtaine) incarne le premier rôle de The Great Ecstasy of Robert Carmichael, film scandale, qui a fait parler de lui sur la croisette l’an passé et qui, depuis, erre de festival en festival avec une réputation sulfureuse de nouveau Orange Mécanique. Un cocktail de contemplation et de méchanceté qui excite les méninges pour une bonne petite partie d’ultra-violence. C’est lors du Festival de Dinard que nous avons rencontré ce jeune comédien, qui ne semble guère perturbé par cette tranchante expérience.

Excessif : Quelle a été votre première réaction quand vous avez lu le scénario ?
Daniel Spencer : Quand j’ai lu pour la première fois le scénario, c’était assez étrange, dans le sens où je n’en ai lu au départ qu’une partie. J’en connaissais bien le contexte puisque j’ai vécu à New Haven, là où le film se déroule. C’est un petit village dans lequel tous les gens se connaissent. Je me souviens avoir trouvé les dialogues très bons. Thomas Clay (le réalisateur) m’a demandé de passer des auditions pour le rôle. Je n’avais jamais tourné et je n’étais pas spécialement préparé pour le rôle. Je suis arrivé trois heures à l’avance et il m’a laissé seul avec le script du film dans un bureau. En lisant la fin du film, je ne l’ai pas trouvée aussi choquante que ce qu’il en ressort à l’écran. Je me rappelle avoir trouvé cette situation étonnante et en même temps assez excitante. Il m’a semblé immédiatement que le film ne ressemblait pas à ce que l’on avait déjà eu l’occasion de voir. L’expérience m’excitait assez, je dois dire. De toute façon, il est clair que The Great Ecstasy of Robert Carmichael n’est pas un film qui laisse indifférent. Vous êtes obligés d’avoir un point de vue dessus.



Que ce soit au niveau de la forme ou du fond, le résultat est dérangeant. Qu’avez-vous pensé du film après l’avoir vu ?
Je ne m’attendais vraiment pas à ça. Outre la verdeur des dialogues et les scènes très fortes, j’ai trouvé que le film possédait un vrai sens esthétique. Les paysages, par exemple, sont magnifiquement photographiés. Maintenant, la scène finale est tellement insoutenable que, même pour ceux qui l’ont jouée, elle a un impact impressionnant. Si ça suscite autant de problèmes, c’est qu’après tout, cela soulève certainement certaines questions profondément dérangeantes sur notre société.

Vous avez des points communs avec votre personnage ?
J’ai pas mal de traits de caractère en commun avec Robert. Je ne partage cependant pas la même psychologie si vous voyez ce que je veux dire. J’ai eu le rôle plus tard, deux semaines avant le tournage. Tout le monde se connaissait, ce qui a renforcé probablement ce sentiment de solitude qui envahit mon personnage. Thomas m’a donné des livres à lire, des films à voir pour préparer ce rôle, j’ai beaucoup travaillé, ce n’est pas moi au final, c’est un personnage qu’il m’a fallu trouver.


Vous avez vu des films ultra-violents comme Funny Games ou Orange Mécanique ?
Oui, pas Funny Games mais Orange Mécanique, c’est une référence assumée. Thomas m’a passé un paquet de DVD afin que j’observe certaines situations, que je m’en imprègne. La majorité de ces films étaient extrêmement violents, très cruels. Je me rappelle avoir été choqué par l’un d’eux, un film japonais insoutenable avec des tueries en pagaille.

Ebola Syndrome ?
Non. Il s’agissait d’un film dans lequel un homme kidnappe des femmes dans la rue, assassine sa famille et en fait de la viande pour sa boucherie.

C’est The Untold Story.
C’était tellement gore que par moment je ne pouvais pas regarder. Quoi qu’il en soit, Thomas ne me disait pas : « regarde ce film, tu vas faire la même chose ». Ces images devaient me permettre de me faire une idée pour interpréter la colère ou la folie. C’était assez perturbant d’avoir ces scènes de violence dans la tête en permanence. Dans mon jeu, j’essayais de trouver ma propre méthode. Je ne me suis pas tellement appuyé sur le script pour incarner le personnage. En réalité, je le lisais de temps à autre pour me remettre dans le monde de Robert. Je préférais être le personnage avant de le jouer.



Quelles ont été les réactions de vos amis à l’issue de la projection ?
Thomas m’a donné une version du film sur DVD qui n’était pas encore finalisée. Je l’ai montrée à des amis, notamment des filles, qui ne me reconnaissaient pas. Sur le moment, ils m’ont détesté mais après, ils s’en sont remis et sont revenus vers moi (rires). Mes parents m’ont soutenu dans ma démarche.

Quels ont été les passages les plus durs à jouer ?
Apprendre à faire semblant de jouer du violoncelle fut une étape difficile. Disons la dernière scène, évidemment, pas nécessairement celle du carnage mais plutôt celle où nous sommes tous éméchés. De toute façon, personne n’agissait contre le film et tout le monde y croyait. Moi le premier.

Lors de la projection à Cannes, le film a suscité de vifs engouements. On a beaucoup reparlé de censure.
Je suis au courant de ces histoires. Il paraît même que certains voulaient carrément interdire le film. Ce serait dommage parce que je pense qu’il mérite vraiment que l’on s’y arrête, qu’il représente quelque chose d’important. Je suis tombé sur l’article d’un journaliste qui employait les termes massacre et tuerie pour évoquer le film. Une semaine j’ai lu un papier sur la guerre en Irak, sur les gens qui meurent là-bas. Le critique semblait effrayé par les répercutions que pouvait avoir le film, alors qu’il y a des soldats qui meurent dans l’indifférence générale.

Quels sont vos projets ?
Je vis toujours à New Haven, c’est donc très drôle de revoir ce film. J’ai décroché le rôle par hasard. Je continue aujourd’hui à bosser, dans le même magasin d’ailleurs. Mais aux vues de la rumeur et de l’encre que fait couler ce film, je devrais peut-être sérieusement songer à prendre un agent.
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