Sunshine, le nouveau film de Danny Boyle, ressemble à un fantasme de môme : se perdre dans une galaxie infinie pour atteindre le soleil et, pourquoi pas, si la magie du cinéma opère, le toucher au plus près. C’est d’autant plus fascinant qu’on pourrait presque regarder cette œuvre – qui séduira même ceux d’ordinaire rétifs à la science-fiction – uniquement pour ses astronautes perdus dans l’espace qui enfilent des combinaisons dorées à faire pâlir de jalousie les Daft Punk. On dit Danny Boyle opportuniste, il est surtout futé et éclectique dans ses choix. Il fallait de l’audace et du talent pour remonter la pente raide de
La plage et filmer en DV un Londres post-apocalyptique agressé par les zombies (
28 jours plus tard).
En profondeur, le scénario de
Sunshine écrit par son acolyte Alex Garland trahit quelques unes de ses figures stylistiques chéries comme celle qui consiste à introduire un élément perturbateur dans un groupe solidement constitué ou de montrer frontalement ce qui se passe dans la tête de jeunes gens perdant progressivement la raison (se souvenir des dérives de Christopher Eccleston dans
Petits meurtres entre amis, de Léonardo Di Caprio dans
La plage ou encore de la passivité torve de Cillian Murphy dans
28 jours plus tard). Dans
Sunshine, on retrouve cette même bifurcation scénaristique avec une surprise qui surgit dans le dernier tiers du film symbolisant le combat entre un homme et peut-être un envoyé de Dieu méphitique. C’est là que Danny Boyle surprend : il construit son récit de science-fiction comme un authentique film d’horreur.
Millions, son précédent opus, n’était qu’un exercice de commande anodin, démontrant que Boyle était capable de transformer un script dégoulinant de bonnes intentions en objet formel stimulant. Dans
Sunshine, c’est plus équitable : Boyle excelle à concilier à la fois les zones intimistes (le voyage vers le soleil se mue en plongées introspectives) sans tomber dans le psychologisme et les séquences spectaculaires (tout ce qui se déroule dans l’espace témoigne d’une gestion des effets illustratifs hallucinante) sans s’abîmer dans la surenchère pyrotechnique. Présent à Paris pour parler de ce beau morceau de cinéma où les défauts ressemblent à des poussières d’étoiles, Danny Boyle détaille après avoir fait le tour de ses obsessions de cinéma le contexte apocalyptique du récit avant d’évoquer dans deux autres parties ses goûts musicaux et son rapport à la science-fiction.
Interview : Romain Le Vern