Par - publié le 21 janvier 2008 à 08h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h25 - 6 commentaire(s)
INLAND EMPIRE constitue l’un des événements marquants de ce début 2007 au cinéma. Conforme à sa réputation, David Lynch déroute, mais son dernier objet de fascination, qui risque aussi d'être l'un des plus controversés de son auteur avec Twin Peaks: fire walk with me qui marquait également une nouvelle étape dans la filmographie du cinéaste, porte la patte inimitable de son auteur (recyclage de figures stylistiques) en même temps qu'il explore des territoires jusqu’ici inédits (l'utilisation de la caméra DV afin de capter l'angoisse diffuse et l'atmosphère cotonneuse d'inquiétante étrangeté). En conférence de presse, il s’exprime avec des phrases équivoques en bougeant ses mains de manière frénétique. Contrairement à l'expérimental INLAND EMPIRE, Lynch parle de son elixir avec des mots simples pour dire des choses directes et cohérentes. Preuve ultime que ses films parlent d'eux-mêmes et ne nécessitent aucune explication.



LA CAMERA DV

David Lynch réalise un cauchemar en DV où les images illustrent de manière encore plus forte les thématiques de Mulholland Drive, tourné en pelloche avec un raffinement inouïe et un esthétisme pictural. C'est suite à plusieurs expériences de petits films tournés en caméra numérique que Lynch a décidé de tourner désormais uniquement dans ce format. C'est une première dans le cinéma de Lynch, lui que l'on sait si friand du cinémascope. Ce changement formel suggère que le réalisateur pourrait bien être en train de tourner une page filmique.

LAURA DERN

Laura Dern a été l'un des éléments cruciaux dans l'élaboration d'INLAND EMPIRE. Elle a permis au cinéaste de réaliser le film malade qu'il désirait depuis des lustres. Cette fois, il fait presque trois heures et c'est un régal.

GENESE DU PROJET ET FASCINATION POUR LA POLOGNE

David Lynch a toujours été fasciné par la ville de Lodz. La cité brumeuse fut précisément l'un des sujets de son exposition de photos en 2004. Pour les besoins d'Inland Empire, quelques plans ont été tournés sur les terrains d’anciennes usines transformées en complexe commercialo-culturel moderne. Le cinéaste porte par ailleurs un intérêt pour cette ville en raison de son passé. Les régimes totalitaires s'y sont succédés, du nazisme au communisme. Pendant la seconde guerre mondiale, ce fut le second plus grand ghetto polonais après celui de Varsovie. Un lieu mystérieux où les morts et les vivants semblent se côtoyer.



RELATION AVEC MULHOLLAND DRIVE

Contrairement aux apparences, ce n’est pas de Mullholand Drive dont INLAND EMPIRE est le plus proche même si thématiquement les liens sont étroits mais peut-être de Twin Peaks: Fire walk with me, l’un des films les moins aimés de David Lynch (à tort), jusque dans ses imperfections et sa confrontation de la beauté et de la laideur (les supports formels, le registre de langage soutenu puis trivial). On ne peut pas reprocher à Lynch d’avoir fait un film compréhensible un quart d’heure sur trois heures. Le fait que l’on soit perdu ne sert qu’à provoquer qu’une seule émotion: la peur.

HOLLYWOOD

Dans Mullholand drive, le symbole du rêve américain est représenté par les deux petits vieux si gentils et si inquiétants (sourire aux lèvres et tape sur le genou équivoque arrivés dans leur taxi) qui accompagnent - et délimitent - le parcours de Naomi Watts lors de son séjour Hollywoodien. Au départ bienveillants, ils lui courent après dans son appartement pour la pousser au suicide. Sauf qu'entre temps, les deux personnages ont changé: Naomi Watts n'incarne plus le même. Peu importe: c'est symbolique de deux faces d'Hollywood: la lumineuse et la sombre.

EXPOSITION A PARIS




LA PEUR DU MONDE


L’HUMOUR

LA NARRATION

SES REFERENCES CINE

UNE HISTOIRE VRAIE

TRAVAIL SUR LA BANDE-SON
ANGELO BADALAMENTI

Contrairement à d'habitude, ce n'est pas Angelo Badalamenti qui signe la bande-son. Le mystère est éclairci.

FASCINATION POUR LES ANNEES 50

Qu'il s'agisse de Mulholland drive, route sinueuse qui se situe non loin de Sunset Boulevard (Boulevard du Crépuscule), de Lost Highway, de Twin Peaks et d'INLAND EMPIRE qui se réfère aux quartiers de Los Angeles avoisinant le désert californien, la majorité des films de David Lynch font référence à des lieux ou à des villes américaines et favorisent une plongée dans l'Amérique des années 50 (Mulholland Drive avec ses héroïnes des années Gilda et Hitchcock). Par ce subterfuge, David Lynch traduit une angoisse toujours actuelle et dépeint l'envers d'un climat insouciant où la prospérité matérielle et les valeurs morales et familiales d'après-guerre sont reines.



LA TELEVISION


Mulholland drive était à l'origine le pilote d'une série télé rejetée par la chaîne ABC, la série Twin Peaks a dû s'achever par une résolution du puzzle criminel alors que Lynch prenait l'enquête policière comme un prétexte pour peindre des moeurs tordues. Doit-on voir un sens dans le fait que dans INLAND EMPIRE, la mini-série Rabbits est diffusée à la télévision et serve de mise en abyme pour le cinéma ? Si la série Twin Peaks a été un succès bien qu'elle n’ait duré que deux saisons, il n'en est pas de même pour sa série On The Air, seconde collaboration avec Mark Frost, interrompue brutalement après la diffusion du troisième épisode alors qu'il en existait déjà sept. Idem pour Hotel Room dont le pilote sous forme de triptyque a été diffusé sans suite.

DUNE
Petite conclusion sur l'oeuvre la plus singulière de Lynch.
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