Par Thomas Legal - publié le 26 novembre 2007 à 21h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h29 - 1 commentaire(s)
Bientôt, vous pourrez le découvrir dans le rôle principal du Sang noir, téléfilm réalisé par Peter Kassovitz (le père de Mathieu) et qui sera diffusé sur France 3. Il a d’ailleurs reçu un prix au dernier festival du film de télévision de Luchon pour son interprétation de ce professeur de philosophie qui vit ses dernières heures pendant la guerre de 14.
Comédien, écrivain, musicien, chanteur, rencontre avec un artiste chaleureux et dévoué à la cause du rire.

Comment avez-vous trouvé ce titre « Rufus joue les fantaisistes » ?
C’est un titre double. Ca signifie que j’amuse à faire le fantaisiste, le héros. Et, en tant qu’acteur interprète, j’ai choisi pour ce répertoire-là uniquement des fantaisistes. C’est un vieux mot. Jadis c’était les gens qui faisaient rire. C’est un peu désuet mais je l’aime parce que la fantaisie c’est une sorte de remède contre l’impasse. Vivre sa fantaisie, c’est avoir accès à un peu de liberté.


Que vouliez-vous apporter à ces sketches déjà existants ?
Je ne voulais pas apporter quelque chose aux sketches, je voulais qu’ils m’apportent quelque chose à moi. Ca s’est passé pendant une soirée, c’était bientôt mon anniversaire et on me demande qu’est-ce qui me ferait plaisir pour mon dernier anniversaire. Au départ, j’ai pensé que c’était un peu dur d’entendre ce mot « dernier ». Et puis, je me suis dit, si c’était mon dernier anniversaire, qu’est-ce que j’aimerais pour finir ? Et ce qui me ferait vraiment plaisir, ce qui m’a vraiment plu dans ma vie, c’est d’être sur scène et de faire rire les gens. D’avoir cette relation extrêmement intime, extrêmement amicale sur le thème d’un certain rire qui fait qu’en sortant de la salle, vous n’êtes pas déprimé. Donc c’est ça que je voulais faire, faire rire des gens pendant 1h30. Mais évidemment, je sais bien que pour un spectacle de cette durée, il faut deux ans de boulot, tous les jours. Par contre, si je voulais vraiment jouer ce spectacle dans les 15 jours, je pouvais apprendre les sketches des autres, ceux que j’aime. Et c’est là que l’idée m’est venue. Il y avait des choses fabuleuses que j’aurais aimé jouer. Et si je me faisais ce plaisir ? Alors je me suis mis à tout écouter. Tout Coluche, tout Romain Bouteille, tout Devos. J’ai même demandé à Rire & Chansons des sketches de Villeret qui étaient introuvables.

Vous aimez aller à la rencontre du public après votre spectacle ?
Il se trouve que j’ai publié un bouquin au moment du spectacle. Et donc la promotion du livre après le spectacle servait de prétexte pour échanger avec le public. Le spectacle dure 1h30 et je passais encore 1h30 avec les gens.


Quels sont vos premiers souvenirs de scène ?
Je me suis déguisé pour la première fois à 4 ans. J’en ai 64, c’est facile ça fait 60 ans que je joue. Mes débuts ont été durs mais on m’a prévenu, dans ce métier ce qui est dur, c’est les 60 premières années après ça va tout seul...


Ressentez-vous encore le trac avant d’entrer sur scène ?
Non maintenant, je suis dans un tout autre état avant d’entrer. En un mot, je trouve ça jouissif. Derrière le rideau, je suis dans une telle exaltation, j’adore cet état. Tout à l’heure, vous me demandiez ce que je pensais apporter à ces sketches... J’apporte surtout un hommage à tous ces grands du rire. Il n’y a rien de plus beau au monde que de faire rire. Quand on pense que les autres sont occupés à détruire et à saccager... Les gens qui font rire, pour moi c’est des héros. Quand on sème la joie et le rire, on a tout fait. J’ai voulu rassembler tous ces amuseurs et leur rendre cet hommage. On pense que c’est pas très important un amuseur et puis quand on déprime, il peut vous sauver la vie. Et jouer ce spectacle tous les soirs, ça m’a apporté un bonheur immense. D’ailleurs je le joue tous les soirs, je suis en tournée en province jusqu’au 22 mai.


Les réactions ont-elles été différentes entre Paris et la Province ?
Pas forcément entre Paris et la province, mais plutôt entre différentes villes où les gens sont plus ou moins libérés. Un soir, je parle avec quelqu’un et je lui dis qu’il aurait du venir la veille car les gens avaient énormément ri. Alors que ce soir, ils paraissaient coincés. Et lui me dit, c’est normal, je l’ai aussi constaté dans mon métier, je suis sexologue. Dans cette ville, ce sont des peines à jouir alors que ceux d’hier, ils sont connus pour en profiter un maximum. Alors effectivement, il doit y avoir un lien entre faire l’amour et rire...

Pendant vos spectacles, vous vous adressez à la salle en général ou à des gens en particulier ?
Vous savez, en général les gens se voient et ont l’impression que je les voie aussi. En réalité, on ne voit rien, on est ébloui par les projecteurs mais je suis vraiment avec eux puisque je les entends. Quelqu’un qui a un certain rire, je l’entends et tourne la tête vers lui, de sorte qu’il a l’impression que je le regarde. C’est comme quand on fait l’amour, on aime entendre sa partenaire pour être sûr qu’on lui donne du plaisir.


Qui appréciez-vous parmi les jeunes comiques français ?
Je ne sais pas ce que vous entendez par « jeune » mais celui qui me fait mourir de rire en ce moment c’est Dany Boon. J’ai pu le voir en spectacle, il est incroyable sur scène. Il dégage une telle générosité. Et surtout, il ose beaucoup de choses. C’est, à mon avis, ce qui caractérise la nouvelle génération, ils osent beaucoup plus de choses qu’avant.

Propos recueillis par Thomas Legal
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