Par La Rédaction - publié le 05 décembre 2006 à 02h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h19 - 0 commentaire(s)
Madame Irma raconte l’histoire d’un homme prêt à tout pour ne pas décevoir sa famille. Même à se travestir. Pour l'occasion, Didier Bourdon et Pascal Légitimus refont équipe comme aux plus belles heures des Inconnus. Les deux compères n'ont à l'évidence rien perdu de leur complicité et utilisent celle-ci devant la caméra comme en interview. Entretien avec deux Inconnus bien connus...



Comment est né le personnage de Madame Irma ?
Didier Bourdon : C’est un scénariste qui est venu chez moi pour me proposer cette histoire. J’ai trouvé le personnage intéressant. Nous avons travaillé sur le scénario ensemble. Par la suite, j’ai demandé à Yves Fajnberg de m’aider pour la réalisation. Vu que je passe quasiment tout le film maquillé, j’ai compris que j’allais avoir besoin d’aide. Le choix de Pascal s’est imposé très rapidement, d’autant que j’ai fait lire le scénario à mes proches et ma mère m’a conseillé de le prendre. C’est ainsi que nous avons réécrit en fonction de Pascal. Il y a une telle symbiose qu’on pourrait croire que nous avions dès le départ voulu faire le film tous les deux. Mais jamais je n’aurais pensé jouer un rôle pareil. Se déguiser est en réalité très jouissif mais j’ai peut-être hésité au tout début parce que je savais que ça avait déjà été fait.

Pourtant, Madame Irma rappelle beaucoup Madame Labute (personnage de professeur de musique dans l’un des sketchs des Inconnus).
Pascal Legitimus (imitant le personnage) : Il est interdit de toucher aux pelouses de l’établissement.
DB : Ce qui est différent, c’est que madame Labute est censée être une femme alors que là, je joue un homme avant tout (rires). Si on devait trouver une vraie ressemblance, ce serait plutôt du côté de ma sœur.
PL : Pour mon personnage, je me suis inspiré de ce qui était déjà écrit. Le personnage est très composé. Il ne fait pas appel à ce que je suis, il a des attitudes psycho-rigides, un peu catho, médecin, parvenu…
DB : Médecin quand même.
PL : Après, c’est de la psychanalyse mais on ne sait pas si le mec est devenu comme ça par la profession et l’entourage ou bien s’il est vraiment comme ça. A partir du moment où je mets les habits et la blouse, la composition commence à se faire sentir.
DB : Le type est soigné avec ses chaussettes et sa veste.
PL : Il a une clientèle bourgeoise donc tout doit être dans les apparences.
DB : Déjà lorsque ton personnage ausculte une cliente, on se demande s’il n’y a pas d’ambiguïté.
PL : Disons que c’est une ellipse.
DB : J’adore ce genre de touches.
PL : Après, jouer un personnage pareil, c’est toujours jouissif. Quand on fait un sketch de quatre cinq minutes, on est condamné à faire rire les gens, mais là, si tu dois étaler un personnage sur une heure et demie, c’est plus complexe. D’autant que jouer avec Catherine Mouchet, qui est vraiment un personnage dans la vie, a été un plus.



Est-ce que vous vous souvenez de comédies qui reposent sur le travestissement qui vous ont marqué ?
DB : Il y a Certains l’aiment chaud, bien sûr. Tootsie aussi. J’ai des flashs également de Les cadavres ne portent pas de costard.


Qu’est qui a été le plus laborieux sur le tournage ?
PL : Pour Didier, je pense que c’est de se déguiser…
DB : Carrément. Déguiser dehors, surtout. A l’intérieur, ça ne me gène pas plus que ça, mais quand il s’agissait d’aller tourner dehors, quand il faisait froid, quand la maquilleuse me disait qu’il fallait que je revienne pour me remaquiller un peu etc.
PL : Personnellement, je dirais la scène où je joue seul avec Arly, parce qu’il était très difficile de garder son sérieux.
DB : D’un autre côté, c’est très drôle. Et en même temps, c’est sur le fil du rasoir, parce que ce n’est pas trop grave ni trop aigu.
PL : il fallait que j’aie l’air d’un gugusse.
DB : La situation est assez pathétique mais c’est une preuve d’amitié.
PL : C’est dur et drôle à la fois.



Didier, vous vous êtes souvent déguisés dans les sketchs des Inconnus et vous parliez d’une difficulté à ce niveau…
DB : Non, ce n’est pas pareil. Un film, c’est deux mois et demi de tournage. Vous avez une sorte de cadre à ne pas manquer.
PL : Alors que quand nous faisions des sketchs, il était possible de partir en live très facilement. Vous avez le postulat de départ puis vous devez faire rire les gens. Les sketchs que l’on fait en public sont souvent les plus fous. Je pense notamment à Tournez Ménage où on avait 80% de choses écrites et 20% d’improvisation barrée. Il y a beaucoup moins de contraintes techniques dans un sketch.
DB : Un sketch se tourne très vite, en une matinée, alors qu’une scène, vous pouvez faire la suite dans une caravane deux semaines après, seulement. Il faut faire attention. Vous pouvez délirer mais si vous délirez trop, les gens vont se dire qu’il y a un problème, qu’il n’avait pas la perruque raccord.

D’où la différence entre Catherine Deneuve et Elton John…
(ils éclatent de rire)
DB : Oui, c’est joliment dit. C’est vrai qu’en madame Irma, je ressemble à une Catherine Deneuve loupée. Et pour Elton John…

Comment avez-vous découvert Arly Jover ?
DB : La première fois qu’on l’a vue pour un casting, nous étions sous le charme. Lorsque nous l’avons revue, nous avons essayé des scènes plus compliquées pour voir si elle tenait le coup. Arly parle bien le français et elle avait déjà travaillé en France. Elle a beaucoup apporté au film. Dans la vie, la réalité dépasse toujours la fiction, mais plus c’est énorme, plus on a besoin d’actrices qui aient les pieds sur Terre. Lorsqu’elle le découvre en madame Irma, elle a les larmes aux yeux et réussit à être émouvante mais c’est ce qui donne tout le sel au comique de situation. Disons que c’est un joli clown blanc. Comme il y a beaucoup d’émotion dans le film, elle ramasse une belle part. Si le film avait été complètement dans le délire, il aurait certainement été moins intéressant. Dans le registre de la comédie où il y a généralement peu d’espace pour ces pauses de tendresse, je trouve ça formidable. Catherine Mouchet, aussi, aurait dû avoir un rôle plus approfondi peut-être. D’ailleurs, il y a des scènes entre Pascal et Catherine qu’on a coupées parce qu’on était hors sujet. Malheureusement, parce que sinon le film aurait fait deux heures. Les gens ont plus envie de se marrer que de voir un psychodrame.



Aimeriez-vous fureter ailleurs que dans le registre de la comédie ?
DB : Dans ma tête, aujourd’hui, c’est clair : il n’y a pas de grands comédiens et des grands rôles. Personnellement, j’ai envie d’avoir de grands rôles. Je ne peux pas vous dire objectivement si le film est réussi, mais je vous avoue que j’ai cru en ce personnage. J’ai beaucoup apprécié d’entrer dans sa folie douce. Il y a du grain à moudre. Cela peut être dans quelque domaine que ce soit. Les grosses tragédies, mais il faut que le rôle en vaille la peine, comme du Raoul Ruiz, mais il faut encore une fois que ça en vaille la peine.

Didier, vous aviez fait La machine, de François Dupeyron.
DB : C’était un très joli rôle. En dehors des films que je fais, c’est certainement le plus beau que l’on m’ait proposé. Mais ils ont massacré le film et c’est devenu à mon sens moins bon que ça ne devait l’être.
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