Par Sophie Wittmer - publié le 11 octobre 2005 à 03h02 , MAJ le 24 septembre 2009 à 17h36 - 3 commentaire(s)
Olivier Gourmet a ce type de physique passe-partout qui lui permet d'accéder à tous les types de rôles, il peut être à la fois la victime, le bourreau, le bon père de famille, l'amoureux ou encore, comme dans La Petite chartreuse, le prince charmant, le héros meurtri qui se sacrifie et retrouve ainsi le chemin de sa propre vérité, donne sa vie par amour, pour se racheter. Et c'est avec une rare authenticité qu'Olivier Gourmet habite ces personnages. Les cinéastes l'ont senti et font aujourd'hui de plus en plus appel à ce comédien discret mais profond, rare et sincère. Il est ainsi à l'affiche aujourd'hui dans Le Parfum de la dame en noir de Bruno Podalydès, L'Enfant des frères Dardenne et en DVD c'est dans Trouble de Harry Cleven, Le Couperet de Costa-Gavras, Les Fautes d'orthographe de Jean-Jacques Zilberman ou encore Quand la Mère monte de Gilles Porte et Yolande Moreau que vous pourrez le croiser.
OLIVIER GOURMET, Le prince charmant “Ce qui m'intéresse c'est de dénicher, de découvrir un caractère et ce personnage était particulièrement enrichissant.”
DVDRAMA : Vous évoquez dans l'interview présentée en parallèle du film cette insatiable envie de défendre des personnages, qu'est-ce qui vous a amené vers celui d'Etienne Vollard ? Olivier Gourmet : Son humanité, globale, pas dans le sens humanitaire, mais au sens d'un ensemble composé de chair et de sang, tout ce qui compose l'enveloppe humaine, qui met en mouvement son âme intérieure, la complexité de l'homme, ses joies, ses blessures, ses failles, ce qui n'est pas toujours évident à cerner. Ce qui m'intéresse c'est de dénicher, de découvrir un caractère et ce personnage était particulièrement enrichissant, s'ouvrait sur une réelle démarche. Il fallait imaginer son passé, douloureux, sa relation avec son épouse, avec ses parents, tout ce qu'il a traversé pour être ce qu'il est aujourd'hui.
Vous vous êtes imprégné du roman de Pierre Péju pour le construire ? Je n'avais pas lu le roman, Jean-Pierre Denis n'y tenait pas et donc j'ai brodé, imaginé sa vie. Je me suis demandé par exemple comment il en était venu à boire. Ce sont, certes, des détails, mais ils apportent forcément une densité, une vérité au rôle. Plus on a de la matière, plus on sera concret, plus on sera sincère.
Comment avez-vous appréhendé son hypermnésie, qu'est-ce qu'elle apporte à ce personnage ? C'est oppressant de tout retenir, il y a forcément un encombrement qui se crée, qu'il est impossible de maîtriser et qui génère une réelle souffrance. Etienne Vollard essaie d'y échapper en dévorant des livres, mais il est clair que ce symptôme peut expliquer certaines de ses réactions. J'en ai parlé avec des médecins, avec une personne souffrant d'hypermnésie, afin de mieux comprendre ce qu'il pouvait ressentir, de m'approcher au plus près de sa réalité.
Vous réussissez ensuite à échapper à cette existence lorsque la journée de tournage s'achève ? Complètement, j'abandonne le personnage que je retrouve le lendemain, ce n'est pas moi. J'entends effectivement souvent des acteurs parler de cette difficulté à s'extirper de leur rôle, il me semble qu'ils oublient alors que c'est un jeu et que ça doit le rester. Pour moi, ce qui est peut-être plus difficile psychologiquement, c'est d'être souvent loin de mon cercle familial, en déplacement, à l'hôtel.
Ce sont néanmoins des personnages qui vous habitent un certain temps, que vous accompagnez, est-ce que vous avez l'impression d'évoluer au travers d'eux ? C'est inconscient, je ne peux pas réellement savoir ce qu'il m'a apporté, c'est insaisissable. Le fait de lire, d'écouter, d'ouvrir les yeux, de s'ouvrir à un autre que soi est forcément enrichissant et nous permet inconsciemment d'évoluer.
Vous attendiez depuis longtemps d'interpréter ce type de personnage d'une rare intensité ? Oui, il est le prince charmant, le héros de mon enfance, un homme qui sacrifie sa vie pour une noble cause. Il avait cette dimension qui me touchait, même si cette dimension était ancrée dans un film intimiste.
Etre face à une enfant, à sa fragilité, vous amène-t-il à prendre certaines précautions ? Il faut faire toujours attention car il se crée très vite un lien affectif et du coup la séparation peut-être très douloureuse. Les enfants n'ont pas forcément conscience de la réalité de ce métier, de son côté artificiel. Pour Bertille, j'étais en quelque sorte un père de substitution, mais elle a immédiatement compris ce qu'elle faisait et quelles en étaient les conditions. C'est très agréable de jouer avec un enfant, ils ont un naturel qui nous pousse à réagir, à improviser, c'est très ludique, très fort.
Avez-vous finalement lu le roman de Pierre Péju ? Je m'y suis plongé une fois le tournage fini et j'ai été agréablement surpris, tout ce que je m'étais imaginé correspondait à la réalité du roman.