A l'occasion de la sortie de
La Bostella (prévu le 24 Octobre 2001 chez Pathé), l'acteur-réalisateur-scénariste Edouard Baer nous a accordé une interview où il s'exprime sur certains points de sa jeune carrière, de ses débuts à Radio Nova, en passant par sa passion pour l'écriture et la mise en scène, jusqu’à sa participation au prochain film d'Alain Chabat, le blockbuster
Axtérix & Obélix : Mission Cléopatre prévu pour l'année prochaine.
DVDRAMA : Bonjour Edouard Baer
Edouard Baer : Bonjour Frédéric
DVDRAMA : Vous avez une formation de comédien à la base. A quel moment avez-vous commencé l'écriture et la mise en scène?
Edouard Baer : J'ai d'abord fait un cours de théâtre. J'ai un copain -Ariel Wizman- qui m'a appelé pour faire une émission sur Radio Nova (La Grosse Boule). On avait deux heures de direct chaque jour, alors on faisait pas mal de sketches. On en improvisait la plupart, mais on écrivait quand même des petites trames. Petit à petit, on s'est mis à faire des choses pour la télévision et je me suis mis à écrire un peu, car on faisait des mensuels de 26 minutes - on en a fait une trentaine quand même - et même si on aime beaucoup l'improvisation, il y a quand même beaucoup de choses écrites... Ce qui m'amuse le plus, c'est de dialoguer. J’ai un copain qui s’appelle Fabrice Roger-Lacan - qui a depuis écrit la pièce Cravate Club dans laquelle j'ai joué - et qui est scénariste. Ensemble on travaillait sur des scénarios. On avait écrit un truc qui s'appelait Badaboum Crac Pan, qui n'a jamais vu le jour. Lui était très bon en construction, moi je ne savais pas tellement comment construire un scénario et ce qui m’amusait c'étaient les dialogues. Dans les pièces d'improvisation aussi, on improvise et après on peut le noter. Donc c'est un plaisir de dialogues.
J'ai écrit La Bostella avec lui, et c'est vrai que je ne pensais pas réaliser si tôt un film. Je pensais qu'il me fallait encore une dizaine d'années d'études, pour regarder plus de films - il me manque beaucoup de culture cinématographique - revoir les films que je connais pour un peu les disséquer et puis moi même jouer dans plus de films, car on apprend beaucoup sur un film. On peut aussi rester à lire entre les prises ou passer des coups de fil, mais si on regarde un peu ce qui ce passe sur un plateau, c'est passionnant. Donc même si on ne connaît pas les mots techniques, si on sait ce qu'on veut, on peut toujours, si on ne frime pas auprès du chef opérateur, essayer de parler en références à des films qu'on aime ou à des plans. Donc voilà, j'ai travaillé un petit peu comme ça. J'ai eu tout à coup envie de filmer ces gens-là et j'étais assez pressé de le faire. Et ça m'a fait me jeter dans la réalisation.
DVDRAMA L’improvisation vous passionne depuis longtemps?
Edouard Baer : Oui. C'est un truc de grandes gueules de bistrots. Après, on la contrôle et on lui donne des directions. C'est un exercice comme un autre. Comme les gens qui ont un petit don pour quelque chose et qui le travaillent. Moi je me méfie de l'absurde pour l'absurde. C'est une sorte de concentration parce que répondre à une question, c'est aussi de l'improvisation. C'est plus ou moins sérieux, plus ou moins inspiré. Mais il y a déjà un dialogue, là. On peut répondre d'une façon brute. Si vous me demandez si l'improvisation c'est inné, je peux vous répondre oui ou non. Mais je peux aussi répondre de façon plus recherchée, plus ou moins drôle, plus ou moins sérieuse. Je peux vous relancer en posant une question : ''Qu'est-ce que vous en pensez ? ''. Vous voyez ce que je veux dire ? Donc ça commence là l'improvisation en fait.
DVDRAMA Sur le DVD de La Bostella on retrouve votre court-métrage...
Edouard Baer :Aaah Chico notre agent à Lisbonne! C'est énorme, je vous ne le cache pas...(rire)
DVDRAMA Il a été tourné avant le ''Centre de visionnage'' (Chico était un personnage récurrent de cette émission qu’on retrouve également dans La Bostella)?
Edouard Baer : Ce court-métrage faisait partie de la série d'émissions A la rencontre de divers aspects du monde contemporain ayant pour point commun une illustration sur support audiovisuel. C'étaient des 26 minutes qui passaient à midi et, à chaque fois, c'était une aventure différente. Parfois des parodies, des fausses émissions de télé, des fictions… On a fait pas mal de voyages. On est parti au Bénin, en Italie. Et celui-là c'est le dernier de la série. J'ai réalisé les 3-4 derniers, dont celui-ci qui a été tourné au Portugal, et il y avait déjà beaucoup de comédiens qu'on voit dans La Bostella. A cet horaire, je pense que très peu de gens les ont vus...
DVDRAMA Une bonne expérience pour vous concernant la mise en scène, la direction d'acteurs...
Edouard Baer : Oui, parce qu'il n'y a pas la pression pour travailler avec une équipe pour la caméra, pour traduire en images un scénario. Ca m'a beaucoup appris de réaliser 3-4 de ces trucs là. : un faux documentaire sur un peintre à Venise, Carnet secret du Toukan : Mi-Clochard Mi -Flic...
DVDRAMA Vous avez tourné La Bostella assez rapidement...
Edouard Baer : C'était lié à cette bande de comédiens avec qui on avait travaillé, depuis quelques années, d'abord des choses un peu sur scène, un peu de cabaret, et puis à Canal Plus. Et puis avant que cette troupe ne se sépare, je voulais faire un film dessus, mais un film de fiction. Trouver une histoire qui raconte un peu tout ce que j'avais vu sur les liens entre ces personnages.
DVDRAMA Un film souvenir ?
Edouard Baer : Oui un film souvenir, un film hommage. Je trouvais qu'il y avait matière à faire un film sur ce qui c'était passé ces quelques années entre ces gens. Je voulais que ça se rapproche de ce qu'on avait vécu, pour être le plus vrai possible. Comme moi je n'ai pas beaucoup de technique, je voulais que mes souvenirs suppléent la technique.
DVDRAMA Il n'y a eu aucune improvisation...
Edouard Baer : Il n'y en avait pas du tout. Parce qu'on ne peut pas, je ne peux pas non plus laisser l'improvisation dans le texte et dans le jeu. Donc les scènes étaient très carrées.
DVDRAMA La préparation a donc pris un certain temps, les répétitions, etc...
Edouard Baer : Non. La moindre des choses c'est que les comédiens arrivent en sachant leur texte. Et puis l'avantage c'est qu’ils connaissaient leurs rôles. Ils n'improvisaient pas. C'est pour eux que c'était plus dur. Moi je pouvais improviser légèrement pour mon personnage. C'est quand même mon film, c'est le nôtre mais c'est quand même le mien. Ce n'est pas une démocratie, un film, sinon ça ne marche pas, si on vote à chaque fois pour dire ''qu'est-ce qu'on fait ? ''. C'est un truc de metteur en scène de gérer ça.
DVDRAMA Vous jouez votre propre rôle. Quelles sont les parties vécues de votre personnage ?
Edouard Baer : Il y a des choses que j'ai vécues. Je n'ai pas vécu ça, mais ce sont des choses que je comprend, que je ressens, que je connais, qui sont poussées là un peu comme dans les comédies italiennes. Jusqu'à la folie, jusqu'au suicide, jusqu'à la haine. Tout ce que ça recouvre comme sentiments entre des amis et les différents types de rapports.
DVDRAMA Parlez-nous de votre expérience en tant que scénariste.
Edouard Baer : La pièce, je l'ai écrite seul. Le film, Les frères sœurs, avec Fabrice Roger-Lacant . Pour les comédies c'est très difficile de travailler seul. Moi ça m'aide de parler, j'ai du mal à penser si je ne parle pas. C'est pour ça que j'aime bien les interviews. Parce que c'est en parlant que je m’aperçois de ce que je pense. Donc quand on travaille à deux, c'est bien parce qu'on se parle tout le temps, donc les choses se débloquent plus facilement et il y a des évidences qui apparaissent. Pour la pièce ça a été très long car j’ai voulu moi-même me prouver que je pouvais y arriver seul... mais elle n’est pas mal. Je vais la ressortir.
DVDRAMA Vous l'avez écrite et mise en scène ?
Edouard Baer : Ca, c'est autre chose. La direction d'acteurs, je savais le faire mais le reste : occuper un espace, c’est autre chose. Sur les décors tout ça, c'était un peu schématique.
DVDRAMA Le fait que vous soyez comédien facilite votre direction d'acteurs...
Edouard Baer : Oui, bien sûr. Parce que je vois moi, ce qui marche et ce qui ne marche pas. Il ne faut pas dire les choses. Il faut les faire comprendre, les faire ressentir même parfois. Ce n'est pas forcément intellectuel. Et donc c'est très différent avec chaque personne. Tu as des gens qui aiment travailler par mimétisme, d'autres détestent ça. On essaye de trouver des choses en commun... Moi ce qui m'intéresse, c'est de travailler en tant que metteur en scène avec des acteurs pas très connus. Je trouve que le plaisir c'est de faire découvrir des gens. J'avoue que je ne suis pas inspiré par les acteurs qui ont beaucoup tourné. Sauf si c'est flagrant qu'ils aient une chose qui n'ait pas encore servi. Sinon c'est l’excitation et le plaisir.DVDRAMA : C’est donc la mise en scène qui vous intéresse ?
Edouard Baer : C'est ce qui me semble le plus difficile, c'est ce qui me passionne le plus. Maintenant ça m'amuse énormément de jouer.
DVDRAMAEt faire l'acteur vous permet de rencontrer de nouveaux metteurs en scène...
Edouard Baer : Bien sûr. Absolument. Et puis, évidemment, ce sont des excitations ! On apprend des choses, on fait des rencontres. Il y a des choses d'ego qui peuvent être agréables. Mais mon vrai plaisir, c'est de réaliser, de monter des projets, trouver des comédiens, etc...
DVDRAMA : Donc, vous songez à reprendre la mise en scène sous peu ?Edouard Baer : Oui, je prépare. Je suis en train d'écrire sur plusieurs films dont un avec Dieudonné, ça va se passer entre la France et l'Afrique.
DVDRAMA : Parlez-nous de votre rencontre avec Loyd Kaufman (réalisateur de Toxic Avenger et boss de Troma Film, Edouard Baer fait une apparition dans son film Terror Firmer où on retrouve également Ariel Wizman ou encore Trey - Orgazmo / South Park- Parker)
Edouard Baer : Eh bien c'est au festival de Cannes que je l'ai rencontré. Ou non, il était venu à une émission de Radio Nova, je crois. C’est Sylvain Rosenthal qui invitait les gens. Je ne connaissais pas du tout cet univers-là et puis j'ai été séduit par lui. J'aime bien l'idée des gens qui sont des paradoxes vivants, complètement contradictoires. Il a un côté Amérique très chic, tout ça, un côté un peu Woody Allenien, un côté humour juif new-yorkais, et sur les tournages, c'est le roi de la vulgarité, de la provocation. Il y a tout à coup tout l'underground new-yorkais autour de lui. J'aime bien cette liberté, cette fantaisie et cet humour. Maintenant, je ne peux pas vous dire que je suis fan de tous les films Troma.
DVDRAMA : Combien de jours avez-vous tourné ?
Edouard Baer : Une journée. Et je veux bien venir en retourner s’il fait un autre film. Et lui même, je voulais le faire jouer dans La Bostella. Il devait y avoir un personnage d'un américain qui arrive etc...
DVDRAMA : Vous aimez bien le cinéma bis / Z ?Edouard Baer : Je ne supporte pas les films d'horreur ou les films d'angoisse. Ca me déplaît beaucoup. Là, je vais tourner sans doute en mars au Maroc, un film un peu B ou un peu Z, un peu burlesque et délirant, un peu n’importe quoi. Suivant ce que je vais trouver, par exemple il y a un type qui me refile une série de costumes du 18ème qui ont tourné dans Le Bossu donc tous les méchants vont être habillés en costume 18ème. Il y aura cette liberté de fantaisie. Mais je ne suis pas client de l'hémoglobine.
DVDRAMA : Les réalisateurs qui vous inspirent ?
Edouard Baer : Moi j'aime bien les réalisateurs qui essayent des trucs, qui ont une liberté, de John Cassavetes à John Waters, en passant par Mocky. A l'époque on devait se dire ''tiens ça ne ressemble pas à un autre film ''.
DVDRAMA : Deux mots sur le tournage d'Axtérix 2 ?
Edouard Baer : Ce qui m'épate et qui n'était pas évident au départ, sur cette énorme comédie, quand on voit le premier, c’est que ça soit beau. Moi, je suis vraiment frappé par les scènes que j'ai vues en post-synchronisation. C'est avant tout très beau. C'est rare qu’une comédie française soit belle. Des scènes de désert et de ciel magnifiques. Et puis Chabat a réussi à y mettre son humour, un humour super fin, donc je suis assez optimiste.
DVDRAMA : Donc un film d'Alain Chabat.
Edouard Baer : Un film d'Alain Chabat.
DVDRAMA : Merci beaucoup.
Edouard Baer : C'est moi qui vous remercie.
*Betty Fisher et autres histoires sortira dans les salles le 24 Octobre 2001. Axtérix et Obélix : Mission Cléopatre sortira le 30 Janvier 2001.
*DVD : L' Appartement (1996) et Rien Sur Robert (1999) sont disponible en Zone 2 chez M6 Video et Les Editions Montparnasse.
*Terror Firmer est diponible en Zone 1 dans une double édition collector chez Troma (caractérisques ci-dessous) :
Disque 1Film Director’s Cut (Master Digital) Commentaires audio de Lloyd Kaufman Commentaires audio des monteurs Commentaires audio des acteursScènes coupées Commentaires des scènes coupées.Option Terror Firmer avec scènes coupées incluses Scènes alternatives jamais utilisées Auditions Gaffes hilarantes Comparaison film/comic bookBande-annonce originale
Disque 2Documentaire "The Making of Terror Firmer" Lunachicks Music Video Entombed Music Video DJ Polo Feat. Ron Jeremy Music Video Book Promo Tromadance Promo Discussion avec Alyce LaTourelleSecrets de famille Kaufman Terror Firmer : le jeu Video (DVD-ROM) Bandes annonces Troma