A l’occasion de la sortie de la sublime édition double DVD de Nid de guêpes, nous avons rencontré Florent-Emilio Siri. Il nous parle de son approche du cinéma et de son travail sur son DVD.
Après Une minute de silence, un film social, vous enchaînez sur un film d’action, qu’est-ce qui vous a poussé vers ce nouveau genre ?
En fait ils ne sont pas si différents, ils parlent de la même chose, montrent chacun que la seule manière de pouvoir s’en sortir c’est de s’unir et ce sont tous les deux d’une certaine façon des films d’auteurs. Les deux scénarios tournent autour de l’amitié, la solidarité, se focalisent sur le fait qu’il faut se battre ensemble contre un ennemi commun, que la seule manière de s’en sortir c’est de s’unir. Evidemment la corde sensible du premier est différente, il est plus intimiste et encore… ce qui est certain c’est que c’est un film plus personnel centré sur mon histoire. En fait s’il faut vraiment chercher une différence entre ces deux films, elle est essentiellement liée au budget, à leur processus de fabrication. Avec Nid de guêpes, j’ai eu pour la première fois l’occasion de m’exprimer comme je le souhaitais.
La genèse du film ?
Quand j’ai rencontré Patrick Gouyou Beauchamps pour lui proposer ce projet, l’histoire tenait en quinze pas. Je trouvais prématuré de la développer avant d’avoir fait des repérages dans un entrepôt. Avec Jean-François Tarnowski, le co-scénariste du film, on avait besoin de savoir comment fonctionne ce genre d’endroit pour nourrir le scénario avec des éléments réalistes. Patrick a compris cette démarche ce qui fut formidable car je ne connais pas beaucoup de producteur qui m’aurait fait confiance en s’appuyant sur un simple scénario de quinze pages.
Quelle fut votre approche, vos directives artistiques ?
Trouver un équilibre entre l’aspect psychologique et l’action, un rythme qui emporte le spectateur. Dans ce genre de films il est très important de ne pas trop s’arrêter, si on relâche la pression on arrive pas à récupérer le spectateur. Parallèlement il était primordial pour moi de ne pas éluder le parcours psychologique des personnages d’où l’importance des masques dans le film, ils ont une fonction psychologique dans le parcours intérieur, initiatique des personnages, Ils tendent à faire passer l’idée qu’un visage peut en cacher un autre. Au début chaque protagoniste manque de lucidité sur lui-même. Tout le monde croit être quelqu’un et devient un autre à la fin de l’histoire. Certains artifices de mise en scène aident alors à faire ressentir la psychologie des personnages, dépassent parfois l’action, le confinement les révèle à eux-même. Samy Naceri par exemple est un leader qui va perdre cette position et Benoît Magimel doit prendre le relais alors qu’il déteste la violence, les armes, son humanité se révèle alors que c’est le contraire de Sami Bouajila. Nadia Fares, qui elle semblait sûre d’elle, perd pied, elle est dépassée par les évènements. Il fallait mette en avant l’évolution de chacun de ses personnages.
Nid de guêpes est un film essentiellement visuel, vous avez volontairement éludé les dialogues ?
Un dialogue doit être informatif mais aussi susciter des émotions. Sergio Leone et Jean-Pierre Melville exprimaient tout ça en très peu de mots. Pour moi, ces deux cinéastes représentent le must dans le genre. Ils savaient parfaitement utiliser les silences pour donner une force psychologique aux images. Je n’aime pas trop les films bavards, je préfère m’exprimer avec les images. Après tout, à ses débuts, le cinéma était un art exclusivement visuel. Dands Nid de guêpes, qui fonctionne presque comme un huit clos, une bonne partie de la tension psychologique justement passe par des regards silencieux entre les personnages.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de proposer des scènes coupées sur le DVD ?
Ce sont des scènes sur lesquels on a parfois travailler énormément, beaucoup donné de soi et qu’il a fallu couper pour des raisons de rythme, au sein du DVD elle trouve enfin une vraie place, ce qui est agréable.
Le storyboard ?
Un film s’écrit 4 fois, le scénario, le storyboard, le tournage et enfin le montage mais en réalité il repose réellement sur le storyboard qui permet de le visualiser et j’ai passé six mois sur le découpage, le storyboard du film. Il est très important de storyboarder par exemple les scènes d’action, cela permet à tous les chefs de postes de voir ce qu’il faut faire. Il m’a semblé intéressant de le mettre intégralement dans le DVD, c’est assez pédagogique et puis je le trouve superbe, certaines scènes comme celles de l’accident ont servi à vendre le projet.
Le commentaire audio, un exercice qui vous a intéressé ?
Je ne me suis pas senti vraiment très à l’aise. Il y a tellement de choses à dire sur une scène, on a à peine commencé à en parler qu’on est déjà passé à la suivante. J’ai choisi comme angle d’attaque de mettre en avant de façon instinctive les personnages. Si j’avais vraiment voulu rentrer dans les détails il m’aurait fallu au moins 10 heures.