Par - publié le 03 janvier 2007 à 01h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h21 - 0 commentaire(s)
Au dernier festival de Cannes, le cinéma Mexicain s’épanouissait dans toute sa diversité (le fantastique selon Del Toro, la chronique polyphonique façon Inarritu). Le réalisateur Francisco Vargas apporte sa pierre à l’édifice avec Le Violon, un poème expressionniste en noir et blanc hanté par l’ombre de Buñuel. Il était visiblement heureux de présenter son opus sur la Croisette dans la section Un Certain Regard.



Quel est votre parcours ?
Je viens du théâtre mais c’est lorsque j’ai commencé à étudier la photographie que j’ai eu envie de me lancer dans le cinéma. Mon ambition alors consistait à raconter par n’importe quel moyen des histoires. J’ai commencé par réaliser des documentaires tendant à radiographier les bouleversements du pays puis au gré de mon inspiration, j’ai écrit le scénario du Violon. C’est devenu mon premier long métrage et je suis très heureux qu’il soit présenté au festival de Cannes dans la section Un certain regard. C’est un vrai honneur pour les petits réalisateurs de pouvoir projeter leur film, surtout lorsqu’il s’agit de leur premier.

Comment est né Le Violon ?
J’avais envie de plonger dans le passé du Mexique et de le raconter d’un point de vue nouveau et réaliste. L’idée consistait à partir d’un personnage artiste lié à la guérilla qui décide de se rebeller lorsqu’une partie de son village se fait massacrer. Et ainsi de suite, les idées sont venues se mêler les unes aux autres pour donner quelque chose d’assez éprouvant. Je voulais évoquer le cas de Zapata et plus globalement toutes les luttes révolutionnaires ayant marqué le peuple latino-américain.



L’art peut-il être perçu comme une transcendance du réel ?
Le film joue sur cette opposition entre le joueur de violon et l’horreur qui s’abat autour de lui et mettre au même niveau la guerre et l’art. C’était un moyen d’amplifier les réactions des personnages et de les faire ressentir encore plus violemment aux spectateurs. L’horreur que je filme est très contemporaine et possède des résonances avec ce qui se passe en Amérique Latine, ou s’est passé pendant le joug de la dictature. A ma manière, j’essaye de parler d’un sujet brûlant tout en restant humble et sincère. Certaines scènes sont terribles dans Le Violon mais j’ai voulu éviter toute forme de complaisance. Certains comparent le film à un cauchemar ou à un rêve éveillé, je trouve que la définition est parfaitement adéquate.


Le film évoque par sa thématique l’univers des romans de Delgado-Aparain. Quelles ont été vos vraies inspirations ?
En terme de cinéma, je citerai le cinéma de Luis Buñuel. Sans me prendre pour le nouveau Buñuel, je pense bien évidemment à Los Olvidados qui a été une inspiration fondamentale pour l’écriture du cinéma. Il a ouvert une brèche dans le cinéma Mexicain en conciliant à la fois l’hyperréalisme et le surréalisme. Surtout dans Los Olvidados où l’ambiance aérienne renforce la cruauté du monde. Quand on y repense, l’impact émotionnel est immense.



Comment avez-vous découvert l’acteur Don Angel Tavira qui même lorsqu’il ne fait rien traduit beaucoup d’émotions ?
Au fil de mes pérégrinations. En réalité, il est le descendant direct d’une importante lignée de musiciens populaires commencée avec son grand-père, Bartolo Tavira, à la fin du XIXème siècle. Il a commencé à jouer du violon à l’âge de six ans et est devenu rapidement un expert dans ce domaine. À l’âge de treize ans, sa vie a basculé à cause d’un accident dans lequel il perd sa main droite. Malgré tout, cela ne l’a pas empêché de continuer à faire ce qu’il aime par-dessus tout, c’est-à-dire jouer du violon. Je me suis inspiré de la force que son propre combat véhicule pour ce personnage et je l’avais déjà fait tourner dans mon documentaire Tierra Caliente... Se Mueven Los Que La Mueven. Vous savez, je ne me suis entouré que d’acteurs non professionnels sur Le Violon et j’allais à leur rencontre lorsque je tournais le film. J’aime beaucoup cette approche. C’était certainement pour conserver un aspect documentaire et coller au plus proche d’une réalité, c’est ce que j’ai toujours chercher à faire. En même temps, j’ai utilisé des artifices fictifs : je ne voulais pas réellement situer le conflit pour donner l’impression que le temps était suspendu et que l’action pouvait se passer à n’importe quel moment. Pour construire ce personnage de manière fictive, je me suis inspiré d’un roman de Carlos Prieto où un musicien se rend chaque jour dans le camp adverse pour jouer du violoncelle que les ennemis lui ont enlevé.

Propos recueillis par Romain Le Vern
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