Tout juste sorti de son école, Gil Kenan réalise déjà ce qui s'avère être l'un des meilleurs films d'animation
made in America de ces dernières années, en plus d'être l'une des productions les plus enthousiasmantes de cet été. Dans un univers rappelant nos cauchemars d'enfance,
Monster House raconte l'histoire de DJ, Chowder et Jenny, trois enfants qui se retrouvent confrontés à une maison monstrueuse et surtout… vivante. Esthétiquement soigné, ce premier long métrage de Gil Kenan réussit aussi le tour de force de maintenir son suspens et son humour décalé jusqu'à la fin, ajoutant ce qu'il faut d'émotion pour donner du relief à cette histoire rocambolesque.
Ne pouvant se rendre à Paris, Gil Kenan a toutefois accepté de répondre à nos questions par mail. L'occasion d'en savoir plus sur son parcours, ses intentions de réalisateur et les défis qu'il a dû relever.
Excessif : A peine vos études finies, et vous êtes déjà à la tête d'un film d'animation à gros budget. Comment en êtes-vous arrivé là ?Gil Kenan : Une projection de mon film de fin d'études à l'école de cinéma UCLA,
The Lark, a été organisée par des agents importants à Hollywood. Pendant les mois qui suivirent, ils envoyèrent mon court-métrage à tous les studios ainsi qu’aux producteurs. Je rencontrais quiconque l’avait aimé, juste pour dire "Bonjour, s'il vous plaît, laissez moi réaliser un film pour vous...". Un jour j'ai reçu un coup de fil de Robert Zemeckis qui venait de le voir et voulait me rencontrer. Je l'ai vu à son bureau, nous avons discuté de
Monster House pendant deux heures, et je suis parti. Une semaine plus tard, je recevais un appel pour me dire que j'avais été choisi pour réaliser
Monster House...
Réaliser un tel film à la sortie de son école est une chance qu'on ne rencontre qu'une fois dans sa vie... C'est une expérience à la fois exaltante, fascinante et souvent terriblement effrayante ! Mais j'adorais le concept du film et son histoire, je savais qu'en respectant cette maison hantée, elle me respecterait aussi...
Peut-on dire que Monster House est un film pour enfants ? Bien sûr, et pour l'enfant qui est en nous, nous qui nous souvenons à quel point la puberté était effrayante.
L'humour dans Monster House sonne différent des autres films d'animation actuels, moins infantile que ce que nous avons l'habitude de voir. Aviez-vous plus de liberté pour le ton général du film ?
Le ton du film est la première responsabilité du réalisateur.
Monster House est différent simplement parce que j'avais des thèmes sociologiques sérieux à y inculquer, comme j'en ai toujours eu dans mes précédents travaux.
La maison ressemble à un être humain (avec une bouche, une gorge, une langue, etc). Son "visage" possède même des expressions. Quels étaient les challenges principaux à sa conception et son animation ? Le principal défi était de lui donner toutes ces émotions sans la transformer en personnage de cartoon, en conservant son aspect "réel". Une partie de son intérêt réside dans son utilisation exclusive de matériaux tels que le bois ou la pierre.
La photographie du film et surtout ses couleurs sont assez impressionnantes. A quel point étiez-vous impliqué dans ces aspects visuels ? J'ai traité
Monster House comme un film, et non un cartoon. Ce choix m'a permis d'engager des artistes très talentueux issus à la fois de l'animation et des films réels. Ce sont eux qui m'ont aidé à aboutir à ce design.
En revanche les personnages sont très stylisés et cartoonesques. Pour les films réalisés en motion-capture, pensez-vous que l'idéal est de se diriger vers cet aspect graphique bien particulier plutôt qu'un réaliste ? Pour ce film, je préférais un aspect stylisé. Mais l'un des points forts de l'animation, ce qui fait la richesse du genre, est qu'elle permet des approches esthétiques, thématiques ou même narratives presque infinies. J'aimerais que chaque film ait son propre look, son propre style, et sa propre raison d'être.
Pouvez-vous nous parler de votre travail avec les acteurs qui "jouent" les personnages ?Travailler avec les acteurs a été l'un de mes plus grands plaisirs sur ce film. Le casting était fabuleux, et je pouvais leur faire confiance à 100% pour donner vie à cette histoire. A l'inverse d'un film d'animation traditionnel, je pouvais travailler avec eux sur un plateau et organiser une véritable interaction entre eux. Les acteurs adultes sont des héros pour moi que j'ai pris un plaisir égoïste à observer de près. Les enfants en revanche étaient plutôt des monstres terrifiants à enfermer dans leur cage après chaque prise !
Existe-t-il une maison qui vous a effrayé lorsque vous étiez enfant ?Plutôt un appartement... avec un effrayant vieux monsieur appelé "Old-Man-Ben" qui criait comme si on l'assassinait si nous approchions trop près de sa porte...
Quels sont vos prochains projets ?Un film de science-fiction intitulé
City of Ember. Et ce ne sera pas de l'animation...
Interview supervisée par Elodie Leroy, traduite par Kevin Prin