Par - publié le 01 novembre 2005 à 11h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h38 - 3 commentaire(s)
Festival de Cannes 2005. Hana Laszlo a mis tout le monde d’accord et réveille les bonnes vieilles lois du consensus critique : elle n’a pas volé son prix d’interprétation pour le Free Zone d’Amos Gitai (sortie le 9 novembre dans les salles Hexagonales) dans lequel elle endosse le rôle d’une femme qui aide l’exquise Natalie Portman à traverser le pays et ainsi franchir les frontières. Tous les journalistes qui l’ont déjà interviewé me l’assurent : c’est une force de la nature. J’arrive dans la salle pour l’entretien un peu en avance, elle finit son interview avec une journaliste, on s’échange un sourire et quelques minutes plus tard, le temps de fumer une clope et de siroter un café, c’est mon tour. Et confirmation : Hana est effectivement un phénomène.



Illustre comique en Israël, la dame possède un fort caractère qu’elle exprime présentement dans le film. A peine assis, la première question qu’elle me pose est de savoir mon âge parce qu’elle soupçonne que j’ai le même âge que son fils qui est en ce moment même à l’armée. Allez savoir si Hana a fait un transfert pendant l’interview, mais elle me demande si je vais bien, ce que je fais de mes journées, me tape sur le genou comme on donne un coup de coude à son meilleur pote pour lui raconter une blague et, récompense suprême, a bien failli me caser avec Natalie Portman. Essayer Hana Laszlo, c’est l’adopter.

Excessif : Le public français va vous découvrir dans Free Zone. Or, vous êtes une star en Israël. Pouvez-vous nous éclairer sur votre parcours ?
Hanna Laszlo : Eh bien, je suis entrée dans le monde du spectacle pendant mon service militaire. J’ai commencé par faire beaucoup de représentations sur scène. J’ai également fait du cinéma, six sept films mais j’ai essentiellement fait de la scène, surtout des "one woman show" en tant que comique. J’ai récemment écrit un mélodrame. C’est intéressant parce que je ne m’illustre pas uniquement dans la comédie. J’ai déjà travaillé une fois avec Amos Gitai sur le film Alila. On a eu envie de retravailler ensemble parce qu’on s’était particulièrement bien entendu. J’apprécie assez de travailler avec lui parce qu’il a une manière propre de tourner et donne beaucoup d’importance aux acteurs. Par exemple, il privilégie le free-style, pas forcément l’improvisation mais le free-style, c’est-à-dire que la situation est écrite mais que c’est à nous de la faire évoluer. Cela facilite la créativité et permet beaucoup de liberté. J’aime cette façon de pratiquer parce que cela me rappelle beaucoup ce que je fais sur scène où il faut s’accommoder de tout et rebondir au bon moment… Tu te souviens de la fin du film, lorsque le générique arrive. En fait, tout ce que je dis n’était pas écrit. Le film ne devait pas se terminer avec cette pirouette.



Quand Natalie Portman s’enfuit…
Tu avais peut-être également envie de t’enfuir ? (elle hurle de rire). Oui, partons, quittons la salle (NDLR. Il faut avoir vu le film pour comprendre pourquoi elle rit). C’est-à-dire qu’Amos a une façon très particulière de mettre en scène et de diriger ses acteurs. A ce moment-là, Amos m’a dit là, tu commences à te disputer, tu vas parler en hébreux et toi, tu vas parler en arabe. Et vous improvisez le dialogue. On a tourné Free Zone en seulement trois semaines, ce qui est relativement court, et je conduis pendant quasiment tout le film. Lorsque je joue, j’essaye toujours d’apporter une part de moi-même, ma personnalité, mon énergie au personnage sinon je ne vois pas l’utilité de jouer. Ce n’est pas simplement une question de savoir bien jouer un personnage. Je pense que la caméra capte des éléments qui nous échappent, nous en tant qu’acteur et qu’on ne maîtrise pas nécessairement. Vous ne devez pas réciter un texte mais faire vivre ce qui se trame en filigrane, à travers les mots et surtout retranscrire les non-dits.


Pendant le festival de Cannes, la rumeur courrait comme quoi vous auriez toutes les trois un prix d’interprétation féminine ex-aequo (pour Natalie Portman, Hanna Laslo et Hiam Abbass).
En fait, c’est ce que Kusturika voulait faire. Il était à la tête du jury cette année et voulait donner un prix d’interprétation aux trois actrices du film. Mais elle était dû à quoi cette rumeur ?

Probablement des raisons politiques.
Oui mais ce n’est pas un prix politique.

Il arrive que certains prix soient politiques à Cannes
A la base, je trouve que c’était une belle idée. Mais, lors des délibérations, le reste du jury a décidé qu'il fallait n'en récompenser qu'une. Je ne pense pas qu’un prix d’interprétation et donc le prix que j’ai reçu à Cannes soit à connotation politique. C’est avant tout un prix qui récompense l’actrice pour son interprétation.



Vous aviez l’air très à l’aise pendant le photo-call avec votre éventail…
Oui (elle éclate de rire) mais il faisait tellement chaud ! Certains acteurs de cinéma n’ont pas l’habitude d’être confronté à un public. C’est pour ça que lorsque j’ai reçu le prix, j’avais l’air d’être à l’aise, d’avoir confiance en moi etc. Si je n’avais pas eu cette capacité à me montrer en public, il est clair que ça n’aurait pas donné la même chose. Quand j’ai fait mon discours, j’ai eu le temps adéquat pour choisir mes mots, dédier cette récompense à ma mère...

Vous aimeriez jouer dans une vraie comédie ?
Assurément. J’attends une offre. Là, je prépare un film avec Eytan Fox, le réalisateur de Tu Marcheras sur l’eau, mais hélas ce n’est pas une comédie.

De toute façon, Tu Marcheras sur l’eau n’était déjà pas une comédie...
Non, c’est sûr. Tu l’as vu ? J’ai trouvé ce film absolument brillant. Son nouveau film s’intitulera The Bubble. Enfin voilà, je suis vraisemblablement partie pour faire une nouvelle carrière dans des rôles plus dramatiques. Pourquoi pas une carrière aux Etats-Unis quand j’aurai 60 ans (rires)… dans le rôle d’une mère juive. Apparemment, les Américains affectionnent ce genre de personnages.

Quelles sont les réactions que vous avez eues par rapport au film notamment en Israël ?
En général, les spectateurs disent qu’ils aiment beaucoup mon jeu d’actrice. Le film n’a pas cartonné là-bas parce que ce n’est pas un block-buster Hollywoodien. C’est plus subtil avec une métaphore politique etc. Mais les gens qui sont allés le voir étaient majoritairement intrigués par le fait que j’ai gagné un prix pour ce film.

Vos admirateurs ont dû être surpris par ce contre-emploi.
Oui, beaucoup. Mais je dois avouer que j’ai été la première à être surprise du résultat.

Les problèmes que Natalie Portman a connu lors du tournage…
(elle m’interrompt) Je n’ai pas envie de parler de ça, c’est à elle d’en parler si elle le désire. Natalie vient d’un système hollywoodien et disons que les conditions sur le tournage n’ont pas été évidentes, dans le sens où c’était un film à petit budget et qu’elle ne s’est pas forcément bien entendu avec Amos. Elle avait sa façon de jouer, lui avait sa façon de diriger. On ne peut pas plaire à tout le monde. Dans la vie de tous les jours, quand deux personnes s’entendent bien, on dit qu’il y a une alchimie entre eux, c’est-à-dire qu’ils ont trouvé la clé pour entrer en adéquation l'un avec l’autre. Peut-être ont-ils perdu la clé quelque part. En tant qu’être humain, je peux assurer que c’est une personne adorable. On se contacte, souvent par téléphone ; d’ailleurs, elle va certainement venir sur Paris très prochainement. Tu sais, elle est magnifique. Elle travaille en ce moment sur le film de Milos Forman sur la vie de Goya avec Javier Bardem. Je vais l’appeler ce soir et je vais lui dire que j’ai rencontré un beau journaliste qui l’adore (rires).

Propos recueillis par Romain Le Vern
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