Hideo m’a fait une bonne blague. A la fin de la projection de
The Ring 2, les attachées de presse me sautent dessus pour dire qu’Hideo Nakata appellera ce soir au bureau à 20 heures précises de Los Angeles. Excellente nouvelle. La journée passe, je prépare les questions, les locaux de dvdrama se vident progressivement et les 20 heures approchent. Une demi-heure plus tard, toujours rien. Deux, trois personnes appellent mais ce n’est pas Hideo. Le temps passe, une angoisse diffuse se profile bizarrement dans la rédaction quasi-déserte d’autant que je ne suis pas loin de la télévision et qu’à tout instant une folle avec des cheveux longs et gras peut en sortir.
22h, toujours pas d’appel d’Hideo en direct de L.A. Je quitte le bureau un peu inquiet… Les attachées de presse me contactent à nouveau le lendemain et le rendez-vous est reporté à ce soir, même heure. 20 heures pile, Hideo appelle enfin, très encadré par ses nouveaux amis de Dreamworks. Sauf que son film ne démérite point. Au lieu de nous pondre une énième histoire de fantômes, Hideo signe avec
The Ring 2, un beau mélo métaphysique et personnel qui, effectivement, ne s’adresse pas aux bouffeurs de pop-corn. Alors qu’on apprend post-interview qu’il va s’occuper du remake de
The Eye (Pang bros, 2002), le cinéaste vient presque inconsciemment de réaliser à travers ce
Cercle 2 le remake US de son sublime
Dark Water.
Hideo Nakata sur le tournage de RING 2 Dvdrama : En réalisant le premier Ringu, imaginiez-vous un jour que la saga aille aussi loin, et que vous réaliseriez la suite de son remake américain ? Hideo Nakata : Quand j’ai réalisé le premier
Ringu, j’espérais que le film soit un succès et que bien entendu il touche le maximum de monde, mais j’étais loin d’imaginer qu’un jour, tout ceci prendrait une telle ampleur. Dans l’absolu, c’est formidable.
Peut-on dire que Le Cercle 2 est plus un mélodrame qu’un film d’horreur ?Effectivement, on peut le penser parce que le film possède une large part émotionnelle qui est conséquente dans le récit. C’est même très fort. Cela vient sans doute du fait qu’on a accordé plus d’importance aux sentiments et à la relation mère-fils qu’au fantôme et toute la dimension horrifique. Mais nous les avons quand même conservé. Je ne dirais pas que mon film n’est pas effrayant, mais disons qu’il instaure un vrai climat d’angoisse.
Hideo Nakata sur le tournage de RING 2 Dans le film, on retrouve toute la thématique de Dark Water à bien des égards. Peut-on dire qu'il s'agit de votre remake de Dark Water ? (il éclate de rire) Non, ne me faîtes pas dire ça !
(il continue de rire). Comme vous devez le savoir, le vrai remake de
Dark Water arrive bientôt et il sera mis en scène par Walter Salles dont j’apprécie vraiment le travail. On retrouve effectivement plein d’éléments horrifiques récurrents pour susciter la peur comme l’eau, mais j’ai quand même essayé de rester le plus fidèle à l’esprit des
Ring.
Je dis ça essentiellement pour la relation entre la femme et l’enfant qui est très exploitée dans cette suite.Oui, c’est vrai qu’il y a des détails qui trouvent un réel écho entre eux, mais là encore, ce sont mes ficelles.
A l’exception de la scène du puits, vous n’avez rien repris du Ringu 2 A vrai dire, ce sont deux histoires totalement différentes ; c’est pourquoi je préfère qu’on distingue les deux tant ils sont dissemblables, différents que ce soit dans la forme et le fond. J’ai conservé cette scène du puits parce que c’est un élément crucial dans la série des
Ring. Le puits est la source du pouvoir de Samara. Vous pouvez sans doute penser que je suis en train de me répéter dans mes figures et mon travail mais je ne le verrai pas de cette façon. On s’était demandé avec le scénariste et le producteur s’il fallait conserver justement cette scène du puits mais après mure réflexion, on s’est dit que le réel climax du film se trouve précisément ici et que donc elle était indispensable.
Naomi Watts, Sissy Spacek dans RING 2 Vu que vous êtes fan de film d’horreur, on pense forcément que le cameo de Sissy Spacek est un clin d’œil à Carrie. C’est exact ? Pas vraiment, en fait. Bien sûr que le lien est évident et que
Carrie reste un film qui m’a profondément marqué mais on l’a choisie essentiellement parce qu’elle est excellente actrice et qu’elle semblait impeccable pour ce rôle. Mais ce n’est pas un vrai clin d’œil pour les cinéphiles.
Quand le personnage de Naomi Watts dit à Samara qu’elle n’est pas sa putain de mère, c’est une façon pour vous d’achever l’histoire en même temps qu’elle ou pas du tout ? (rires) C’est une excellente remarque mais en fait, c’est Naomi qui a inventé cette réplique. Elle pensait que cette phrase amuserait vraiment le public et qu’ainsi il comprendrait ce que le personnage ressent à ce moment-là. C’est une réplique assez incisive. Dans le script, c’en était une autre, moins agressive, mais c’est Naomi qui a insisté pour jouer cette scène différemment. Et généralement, dans les projections test qu’on a faites, le public applaudit quand il entend cette réplique. C’est une bonne idée, je pense.
CERCLES, court-métrage disponible sur le DVD de l'édition spéciale du CERCLE Pourquoi avoir fait un lien aussi fort avec le court-métrage Rings de Jonathan Liebesman ? Ce court-métrage est assez intéressant parce qu’il permet en fait de faire une connexion entre les deux
Cercle. Cela se passe à la fin du premier et au début du second opus. Nous avons conservé les mêmes personnages et en fait on les retrouve juste pendant les cinq premières minutes du film. Ce court-métrage témoignait davantage d’une volonté de faire patienter les spectateurs et de les tenir en haleine…
Bon, allez, dîtes-nous tout, vous n’en avez pas marre des histoires de fantômes et des petites filles aux cheveux sales qui sortent des puits ? En fait, non
(rires). Déjà parce qu’à l’origine, ces histoires ne viennent pas de moi mais appartiennent à toute une imagerie traditionnelle des histoires de fantômes en Asie. Il est évident que j'aimerais tenter des choses différentes, expérimenter des genres mais je n’en ai pas spécialement marre des histoires de fantômes pour autant.
Samara Quels sont vos projets ? J’aimerais beaucoup mettre en scène un drame. C’est vraiment mon obsession depuis le tournage de
Dark Water. Mais actuellement je prépare un thriller et aussi une histoire de fantômes avec des cheveux sales
(petit rire). Au Japon, j’ai également deux histoires de fantômes en préparation.