Par Caroline Leroy - publié le 21 octobre 2005 à 04h02 , MAJ le 24 septembre 2009 à 17h37 - 2 commentaire(s)
Réalisateur corréen ayant autant d'adeptes que de détracteurs (la rédaction sera éternellement partagée), Hong Sang Soo revient avec Conte de Cinéma. Rencontre.
Excessif : Avez-vous envisagé Conte de cinéma comme la troisième partie d'une trilogie entamée avec Turning Gate et La femme est l'avenir de l'homme, ou bien avez-vous conçu ce film complètement séparément ? Hong Sang Soo : Conte de cinéma est un film indépendant des deux autres.
On remarque pourtant quelques thèmes en commun ainsi qu'une structure similaire en miroir. Hong Sang Soo : C'est possible car en tant qu'homme, j'évolue certes mais de façon assez lente (rires) et certaines choses se répètent depuis mon premier film.
Peut-on voir la fiction – le film dans le film qui tient lieu de première partie – comme une métaphore de la situation d'enfermement dans laquelle se débat le personnage principal incarné par Kim Sang Kyung ? Car tout dans sa vie semble destiné à se répéter sans qu'il parvienne à évoluer. Hong Sang Soo : Dans la deuxième partie de Conte de cinéma, le personnage, Tongsu, prétend que le film qu'il a vu raconte son histoire à lui. Mais au bout du compte, on ne sait pas si c'est vrai ou pas. Si c'est vrai, c'est que le personnage a grandi jusqu'à un certain point et qu'il est resté figé ainsi. Il a cessé de dialoguer intérieurement avec lui-même à cause des aléas de la vie, tout simplement. Il a adopté un masque qui n'est rien de plus qu'une stratégie de survie. Il peut s'agir de poses ou bien de ce que j'appellerais des "astuces de la vie". Dans la première partie de Conte de cinéma, le garçon a dix-neuf ans. Dans la deuxième, le personnage approche les trente-cinq ans et vit une journée assez éprouvante et dramatique : il passe une nuit avec une actrice, il rencontre le metteur en scène mourant pour lequel il a tout de même une certaine affection et il ressort au petit matin de l'hôpital en état de choc. Or ce choc brise ce qui était resté gelé en lui. Il se réconcilie donc avec lui-même en tant que jeune homme, quand il n'avait pas encore cessé de grandir. Ce bouleversement intérieur apparaît avec le monologue en voix-off que l'on entend à la fin du film. Ce monologue, très présent dans la première partie, ne ressurgit qu'à la fin, sous l'influence du film que Tongsu vient de voir. Cela rejoint un peu ce que vous disiez.
Le thème de l'homme qui ne sait que faire de sa vie et qui erre sans but est assez récurrent dans votre filmographie. On a l'impression qu'au contraire vous montrez les femmes comme seules capables d'aller de l'avant. Est-ce le résultat d'une observation ou bien vous identifiez-vous à ce personnage qui voit les autres continuer à avancer tandis que lui piétine éternellement ? Hong Sang Soo : Je pense que les deux sont vrais. Je projette une partie de moi-même dans le personnage et il y a ce que j'observe chez les autres. Il y a cette idée d'un report perpétuel qui me rend fou, parfois. L'idée que l'on ne peut pas atteindre son but avec certitude sans user d'artifices. Donc on pense, on réfléchit, on trouve une idée et on s'aperçoit qu'en fait cette idée vient de quelqu'un d'autre. On la rejette par conséquent en bloc et on en saisit une autre. Je pense que c'est cette hésitation qui est reflétée dans les personnages que j'écris.
Pourriez-vous nous en dire plus sur vos méthodes de travail avec les acteurs ? Ils sont toujours extraordinairement naturels. On a toujours l'impression que vous êtes parvenu à les prendre sur le vif, qu'ils ne sont pas en train de "jouer". Hong Sang Soo : Je ne dicte jamais à l'acteur de quelle façon je souhaite qu'il interprète son personnage. Je crée plutôt une ambiance, à travers des petits propos, des petites plaisanteries… certaines choses se disent autour d'un verre, on se contamine mutuellement en quelque sorte. Rien n'est net ou précis mais ces petits riens ont beaucoup d'importance car ils contribuent à créer une atmosphère qui perdure tout au long du tournage. Cette préparation est suffisante pour que la communication s'installe entre les acteurs et moi. Si bien qu'au moment du tournage, lorsque je balance à l'acteur les dialogues, tout est déjà prêt. Un peu comme si on détruisait la digue et que l'eau coulait à flots.
Est-il facile de monter des films indépendants et aussi introspectifs en Corée où les très grosses productions sont nombreuses et où le star-system est très puissant ? Hong Sang Soo : En Corée, les gens s'intéressent de moins en moins aux films non-commerciaux. Les bénéfices engrangés par ce genre de films ne cessent de chuter et de ce fait, l'environnement matériel de la production se dégrade. Je suis contraint de réduire de plus en plus les coûts de production. Si je n'y parviens plus, je serai obligé de tourner en numérique.
C'est à ce point ? Hong Sang Soo : Oui, en terme de nombre d'entrées et de taille du marché, nous avons presque atteint le maximum pour les grosses productions. Mais dans le même temps, l'intérêt pour les films indépendants a beaucoup diminué par rapport à ce que l'on pouvait observer il y a dix ans. Je ne suis pas le seul à le penser.
Il existe pourtant un système de subventions pour le cinéma en Corée, assez proche du système français. Ces subventions sont-elles d'une quelconque aide dans la situation actuelle ? Hong Sang Soo : Effectivement, il y a un peu d'aide de la part d'une organisation qui s'appelle Korean Film Commission. Cette aide est axée sur deux pôles : l'aide aux films d'art et d'essai et l'aide en cas de co-production avec une société étrangère. Ensuite, il y a des petites choses, par exemple une aide à l'écriture du scénario. Mais au final c'est dérisoire si l'on considère le nombre de cinéastes qui font ce genre de films. Nous sommes très peu à pouvoir bénéficier de ce genre d'aides.
Est-ce que le fait d'avoir une reconnaissance à l'étranger par le biais de festivals vous aide à monter des projets ? Hong Sang Soo : Oui, en effet.
Quels sont vos prochains projets ? Avez-vous un film en cours ? Hong Sang Soo : Je vais commencer à écrire quelque chose au mois de novembre et si ça marche, je vais peut-être tourner au mois d'avril.