Par Laurent Tity - publié le 02 novembre 2006 à 10h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h15 - 2 commentaire(s)
Mike Medavoy et James Carville sont deux des producteurs à l'origine des Fous du Roi, l'histoire vraie de Willie Stark, homme politique dénonciateur de la corruption et finissant rongé par le même fléau.

Interview de James Carville

Vous êtes nés en Louisiane ?
Techniquement, non, je suis né en Géorgie. Mais c'est uniquement parce que mon père était militaire. Sinon, j'ai en effet grandi en Louisiane ! C'est compliqué...

Cette histoire vous touche donc particulièrement ?
J'ai toujours aimé cette histoire, sa richesse, sa portée hier et encore aujourd'hui. Pour moi c'est un film nécessaire.


Sa critique de la politique aussi ?...
Ce qui m'intéresse le plus est sa critique du pouvoir, et des gens qui le possèdent et deviennent corrompus. L'idée qu'un homme démarre sa carrière honnêtement et finisse par être corrompu comme les autres est passionnante.

Que pensez-vous de la démagogie du personnage principal, Willie Stark ?
Je pense tout d'abord qu'il avait compris les besoins du peuple et savait leur parler. Nous explorons son évolution où finalement il a rempli ses propres besoins. Au début son attitude est justifiable, mais au final les gens agissent bien pour des mauvaises raisons.

Comment distinguer ses bons actes et ses mauvais ?
C'est aux spectateurs de tirer leurs conclusions. Certains de ses actes sont de toute évidence bons, d'autre mauvais, et d'autres plus ambigus. La question que pose le film est "peut-on faire de bonnes choses pour de mauvaises raisons ?". Si on construit un hôpital pour se faire réélire, est-ce bien de construire cet hôpital ?

Que pensez-vous des méthodes de Willie Stark en politique ?
Je pense qu'il devient de plus en plus concerné par sa survie en politique. Il manipule beaucoup dans ce sens, et prétend que ses escrocs à lui ne sont pas aussi importants que les autres. "Vous devez m'avoir moi car je suis moins pire que les autres".


Avez vous vu le documentaire d'Al Gore, "Une vérité qui dérange" ?
J'ai vu beaucoup d'extraits, j'ai entendu beaucoup de gens en parler, et je veux voir ce film !

Vous traceriez un parallèle entre le monde politique et celui du cinéma ?
En politique les conséquences sont plus graves et réelles. Un film peut faire parler de lui mais ne provoquera pas une guerre ! Les gens du cinéma et les politiques ont beaucoup de points communs, dont leur influence, mais les conséquences sont d'une autre nature...

Les hommes politiques sont des acteurs en quelque sorte...
Tout à fait, mais les conséquences de leurs actes sont énormes.

Vos projets ?
J'ai deux petites filles dont je dois m'occuper, j'ai une émission de sport à la radio, je travaille toujours sur CNN, je vais sûrement écrire un autre livre, ... et j'ai encore d'autres projets sur le feu...

De quoi parlera votre livre ?
Hilary Clinton. (rires)


Interview de Mike Medavoy

Avez vous eu des difficultés à monter ce projet, financièrement ou même politiquement ?
Non, aucune. Sony était derrière nous à 110%.

Le film a déjà été fait, en 1949... Est-ce un remake ?
Pas vraiment : nous sommes repartis du livre et non du film. Le scénariste/réalisateur n'a jamais vu le précédent film. Ici, nous ne parlons pas de capitalisme, mais plus de faits actuels, comme les conséquences de l'ouragan Katrina. Et honnêtement... je ne me souviens pas du film original, que j'ai découvert à sa sortie, j'étais donc très jeune !

Est-ce une critique de la démagogie politique ?
Ce n'est pas un film sur les politiques d'aujourd'hui, mais la course au pouvoir et les mensonges qu'ils peuvent prodiguer.

Aviez-vous un exemple précis en tête ?
Je pense que tout homme politique est décevant... parce qu'ils sont juste des êtres humains. Je dois sans doute être décevant pour certains.


Que pensez-vous du vrai Willie Stark ?
Je peux vous affirmer deux choses : l'auteur appréciait Willie Stark, et moi aussi. C'est dur pour moi de ne pas apprécier le personnage incarné par Sean Penn. On a besoin de temps en temps d'un Willie Stark pour que les choses soient faites.

... le Willie Stark du début ou de la fin ?
Toute personne arrivant au pouvoir finir par abuser des autres. C'est la nature humaine.

Vous ne pensez pas qu'un politique puisse être un jour honnête ?
Repensez un instant aux grands hommes politiques : ils ont tous été démagogue un jour ou l'autre. Même Jimmy Carter : aujourd'hui il n'est pas la même personne que lorsqu'il était président et interdisait à l'équipe olympique des USA de participer à des jeux où des russes étaient aussi. Même Churchill. Même De Gaulle. Ils sont tous humains !

Le film insiste plus sur la psychologie du personnage que sur les faits politiques. Etait-ce pour le rendre plus accessible à tous ?
Le livre décrit Willie Stark comme le film.


A votre avis, le personnage de Jude Law est-il un symbole du changement de l'opinion publique ?
Oui, il est l'objectif par lequel on découvre le film. Il est indifférent à ce qui se passe jusqu'à ce qu'il découvre la vérité. Nous avons coupé une scène du film qui je pense aurait dû rester au montage final. On y voit Jude Law qui a trois opportunités pour accepter un job, qu'il décline une par une : une scène assez révélatrice de sa personnalité.
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