Dans
Dikkenek, Jérémie Rénier oublie l’image sage des Dardenne pour se dévergonder dans une comédie égrillarde et poilante. Mais comment fait-il ?
COMMENT TU TOURNES DANS DIKKENEK "Tout d’abord, je me suis demandé ce que c’était que ce film de barjo. Surtout que lorsque j’ai reçu le film il y a quatre ans, il faisait 300 pages, c’était une Bible ! J’ai été assez séduit et j’ai eu envie de rencontrer le réalisateur. J’ai vu les courts d’Olivier. Ça a pris un certain temps à se monter, mais comme tous les films qui ne suivent pas les conventions. J’ai un petit rôle donc c’était plus un clin d’œil. Et puis l’idée de participer à un film belge complètement fou. J’avais un rôle qui se démarquait un peu de ce que j’ai l’habitude de jouer. J’aime le personnage de gros branleur. Je suis resté dix jours sur le tournage. J’ai aimé le fait d’en faire des caisses et de lâcher un peu ce que j’ai toujours brimé alors que je suis quelqu’un de plutôt agité comme garçon. Au départ, il m’avait proposé le rôle de Jean-Luc. Je tournais
Président ou
Fair Play et au point de vue des dates, c’était un bordel monstre. On est arrivé à trouver des dates correspondantes. J’aime me mettre en danger, être dirigé par des mecs comme les frères Dardenne où d’un coup on réclame un énorme boulot, mais dès que je stagne dans un endroit, je commence à m’ennuyer sévère."
COMMENT TU DEVIENS UN DIKKENEK"J’ai pris un malin plaisir à construire le personnage. Je viens de Bruxelles donc j’ai eu le temps d’en voir défiler des dikkeneks. J’ai beaucoup travaillé en amont avec la costumière en me disant que j’allais me faire cette coupe-là. Sur le tournage, Olivier me laissait beaucoup de liberté d'improvisation. On était tous dans cette optique là, donc entre les comédiens, il est né une certaine émulation jouissive."
LA CRUAUTE INCONSCIENTE DU DIKKENEKJe ne dirais pas que c’est un film cruel. C’est de l’humour noir. Cruel pour moi, c’est Haneke. Je n’ai jamais été dans une comédie aussi noire. C’était assez différent de ce que j’avais fait auparavant. Mes choix se font en fonction d’un scénario. Je me dis tiens, est-ce que je vais me marrer en faisant ça. Ce n’est jamais délibéré en voulant à tout prix éviter la redite. Un vrai comédien, enfin vrai ça fait un peu de con de dire ça, mais ce dont j’ai envie en tant que comédien, c’est de faire plein de choses différentes. Si je ne faisais que des comédies, à un moment donné, je pense que je me ferais chier. Ce que j’aime dans ce métier, c’est précisément la diversité des choses."
LE DIKKENEK EST BELGE"Les seuls bons comédiens en France sont des Belges ! (
il se marre tout seul) Marie Gillain, Benoît Poelvoorde, Olivier Gourmet, Emilie Dequenne, Natacha Régnier. Beaucoup plus que les Suisses ou les Anglais. Ça commence à faire un bon bout de temps que le cinéma belge est devenu populaire. Dardenne,
Les convoyeurs attendent,
C’est arrivé près de chez vous. En France, on peut considérer ça comme du cinéma underground comme le cinéma espagnol. Le problème c’est qu’en France, vous avez un background du cinéma qui s’accroche à vos basques et vous avez du mal à vous en détacher. Il y a toujours des références de Godard, de Truffaut qui reviennent. Garder son patrimoine, c’est très bien mais il faut permettre à d’autres gars de faire autre chose. En Belgique, les réalisateurs ont moins peur j’ai l’impression. Là je viens de faire un nouveau film avec Isabelle Huppert qui n’est pas une comédie, donc rien à voir avec
Dikkenek, mais on ne voit pas ça dans le cinéma français. Il n’y a pas de peur de plaire ou de déplaire. On a envie de faire ça et puis basta. L’envie d’Olivier était de parler de ce qu’il connaît en Belgique. C’est peut-être parfois pêle-mêle ou cafouilleux mais c’était son envie propre."
N’est-ce pas dû au fait qu’en France, les producteurs réclament des produits plus télévisuels ?"Je ne pense pas parce que je reçois des tonnes de scénario de films d’auteur français qui n’arrivent pas à se monter. En France, c’est soit le cinéma d’auteur, soit de la grosse comédie franchouillarde."
LES PROJETS DU DIKKENEK"J’ai deux films qui sortent en septembre :
Fair play et
Président. Actuellement, je réalise mon court-métrage en deux semaines et je tourne prochainement dans un film de Raoul Ruiz."
Propos recueillis par Romain Le Vern