Par RLV - publié le 11 juin 2008 à 04h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 15h25 - 0 commentaire(s)
Dans Nouvelle Donne, le jeune cinéaste Norvégien Joachim Trier sculpte des états adolescents. Revendique une culture musicale et littéraire extrêmement dense. Adore la Nouvelle Vague française. Son premier long métrage, sensible et prometteur, donne envie de s’intéresser à son (beau) cas.


Quel genre d’adolescent étiez-vous?
J’étais un jeune rebelle. Je faisais du skate-board avec des amis. Entre 1979 et 1989, il faut savoir que c’était illégal de faire du skate-board en Norvège. A l’âge de 9 ans, j’ai commencé à pratiquer le break-dance. En ce temps, la jeunesse Norvégienne essaye de calquer son mode de vie sur celui des Américains; ce qui traduisait une vraie crise identitaire. Personnellement, j’ai toujours été fasciné par ce qui provenait de l’étranger. Dans les années 90, le punk et le hip-hop que j’écoutais pour paraître différent sont devenus des valeurs mainstream. Je fais partie d’une génération désormais adulte, profondément ironique, en quête d’identité. Les gens de mon âge n’ont pas peur de rire de politique ou de tout ce qui paraître trop sérieux. En revanche, ceux qui ont 20 ans aujourd’hui semblent plus concernés par ce qui les entoure. Il suffit de dix ans pour se rendre compte que nous ne fonctionnons pas sur le même mode.


Comment avez-vous travaillé la bande-son?
Je ne peux pas vivre sans musique. Aucun courant musical ne peut résumer tous vos goûts, ce serait ridicule. Avec mon ami Eskil Vogt, nous écoutions différents groupes au moment de l’écriture du scénario. Essentiellement de la new-wave pour coller à l’état d’esprit des personnages. On a écouté du Joy Divison. En même temps, je me souviens que l’on ne voulait tomber dans un carcan générationnel. On n’avait pas envie de donner trop d’importance à la bande-son au risque de sacrifier les autres éléments. On ne voulait pas non plus s’adresser qu’à une génération d’adolescents ayant grandi dans les années 80. On désirait plaider pour une forme d’universalité, on voulait que le film s’adresse à tous les adolescents, ceux d’hier, d’aujourd’hui et de demain.


Vous semblez fasciné par la Nouvelle Vague française. Pourquoi?
Parce que je considère Godard comme un punk. En France, je suis sûr que l’on me tuerait pour dire une chose pareille mais c’est un compliment, vraiment. En France, on le prend pour un Dieu vivant. Alors je dirais que c’est un Dieu punk. Le dernier film que j’ai vu de lui, c’est Eloge de l’amour. J’ai trouvé ça assez intéressant. J’ai regardé beaucoup de ses longs métrages, ceux qu’il a réalisés dans les années 60 et 80. Je ne pense qu’il cherche à chaque fois à réaliser le film parfait mais son travail reste toujours percutant. Je trouve ça sain un cinéaste qui n’essaye pas de faire un film parfait et qui essaye d’être le plus personnel et franc possible. Pour Nouvelle Donne, je ne me suis pas uniquement inspiré de la Nouvelle Vague. Je citerai également le cinéma italien. Un critique a même qualifié Nouvelle donne de Antonioni sous amphétamine. C’est le beau compliment que l’on puisse me faire.


Sinon?
Sinon, j’adore le cinéma des années 70 et de manière plus générale, un cinéma qui possède une âme. Je ne reviens toujours pas de Ne vous retournez pas, de Nicolas Roeg. J’aime autant Breakfast Club que Fellini. J’adore également le nouveau cinéma français comme celui de Depleschin. Mais mes inspirations viennent aussi de la littérature et bien entendu de la musique.


Quelle a été la scène la plus difficile à tourner?
Ce n’est pas forcément à celle(s) que l’on pense. Le premier jour de tournage, nous avons tourné les séquences sur la plage avec les adolescents. La plupart de ceux qui jouaient dans cette scène étaient des comédiens non professionnels. Il fallait qu’ils plongent dans l’eau et nous avons tourné la séquence en Septembre. Ces conditions me plaisent. Je n’aime pas tourner avec des gens trop théoriques, je préfère ceux qui fonctionnent à l’instinct. Les acteurs non professionnels ne font pas de différence entre ce qu’ils sont et ce qu’ils jouent. Ils considéraient ça comme un jeu. Paradoxalement, j’étais plus nerveux qu’eux parce que je ne savais pas comment réagir dans les situations les plus compliquées. La scène d’amour à Paris était également l’une des plus difficiles parce que je ne suis pas à l’aise pour filmer le sexe.
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