A l'occasion de la sortie de Panic Room en DVD le 6 novembre, nous avons le rare honneur d'interviewer Jodie Foster. Elle nous parle de son travail avec David Fincher, de son aversion pour les Panic Room et sa technophobie...
Vous portez sur vos épaules un rôle exceptionnellement fort ? Est-ce rare aujourd'hui de croiser de tels personnages ?Je tourne un film tous les deux ans et personnellement j'ai toujours eu la chance de trouver des projets qui me plaisent. Plus qu'un rôle, le plus difficile c'est surtout de trouver de bons scénarios.
Les films de David Fincher reposent il toujours selon vous sur de bons scénarios ?Il opte effectivement toujours pour d'excellents sujets. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles je désirais depuis très longtemps travailler avec lui. Je suis son parcours depuis des années, je l'admire beaucoup et j'aurais accepté, je pense, n'importe quel rôle pour tourner un film sous sa direction.
Vous ne l'aviez pas déjà rencontré pour The Game ? Effectivement, mais, je suis désolée, un accord juridique m'empêche de parler de ce film à la presse. Une autre personne a finalement été choisie pour endosser mon rôle, j'ai payé mes huit dollars pour le voir et je l'ai adoré.
Se retrouver enfin devant sa caméra a t-il été une expérience enrichissante ?Etre dirigée par David Fincher c'est un peu comme se retrouver plongée, d'une certaine façon, dans la tourmente de la seconde guerre mondiale, enfin c'est ce dont on a l'impression durant la journée. C'est terrible, parfois horrible mais vous avez, à la fin de la journée, le sentiment d'avoir vraiment accompli, réussi, quelque chose, que ça valait le coup de souffrir un peu. On apprend beaucoup et David est adorable, c'est quelqu'un de très drôle. Je l'apprécie énormément et je n'en dirais pas autant de tous les réalisateurs avec lesquels j'ai travaillé. C'est un réalisateur sûr de lui. Il sait de quoi il parle et ne manque pas d'assurance. J'apprécie les cinéastes qui savent exactement ce qu'ils veulent lorsqu'ils entrent sur un plateau.
La réalisatrice en a t-elle tiré profit ?Je navigue depuis près de 37 ans dans l'industrie du cinéma, jouer et diriger sont deux facettes différentes de ma personnalité et je ne pense pas être capable de choisir entre les deux mais je pense qu'aujourd'hui mon plus grand défi c'est de réaliser mes propres films et c'est important pour moi de travailler avec des réalisateurs auprès desquels j'apprends quelque chose, je m'enrichis. J'ai passé la majorité de mon temps à regarder par dessus ses épaules en essayant de comprendre comment il assemblait chaque plan, à étudier ses cadres, à l'observer travailler.
Vous a t-il écouté lorsque vous aviez une idée ou que vous n'étiez pas d'accord avec lui ?Il est rare qu'un réalisateur refuse d'écouter ses comédiens et ses techniciens, nous avons souvent discuté mais franchement c'est plutôt difficile de trouver quelque chose auquel Fincher n'aurait pas déjà pensé. C'est un véritable bourreau de travail.
Quels sont les autres réalisateurs de votre Wish List ?Ils sont nombreux. Je serais ravie de retravailler avec Martin Scorsese, comme tous les autres acteurs américains d'ailleurs. C'est vraiment un réalisateur extraordinaire. Je serais également heureuse de me retrouver devant la caméra de Sam Mendes. Les sentiers de la perdition est un film étonnant, un grand film d'auteur. J'aimerais aussi tourner avec Jean-Pierre Jeunet.
L'histoire de Panic Room est terriblement oppressante, cela a t-il généré des tensions sur le plateau ?Vous savez, le casting se limitait essentiellement à Kristen et moi. Nous étions très complices, nous nous entendions très bien, je me suis retrouvée en elle au même âge. Je n'avais que peu de scènes avec les autres comédiens, je les croisais parfois dans le hall mais nous ne nous sommes pratiquement pas vus. C'est d'ailleurs plutôt intéressant de réaliser que cette violence planant sur le film est générée par des comédiens qui se connaissent à peine.
Vous préférez vous glisser dans la peau de personnages intériorisés, réservés ou interpréter des rôles de passionnels, jouer sur votre corde émotionnelle?J'aime aborder toutes sortes de personnages, certains sont plus intenses, provoquent des émotions extérieures plus fortes, d'autres sont plus cérébraux. Franchement aujourd'hui j'aimerais tourner une comédie. J'ai passé un très bon moment en tournant Maverick et j'adorerais renouveler cette expérience.
Que représente pour vous cette révolution digitale symbolisée aujourd'hui par le DVD ou le téléchargement de films via internet ?Pour ne rien vous cacher, je suis légèrement technophobe. Je regarde des films en DVD, je les collectionne mais je suis tellement technophobe que je n'ai jamais pu écouter un commentaire audio, je ne sais pas sur quel bouton appuyer. Vous voyez, je n'ai donc pas vraiment tiré un réel avantage de cette révolution technique, néanmoins, je trouve que c'est merveilleux. Quand j'ai commencé à évoluer dans l'industrie cinématographique, nous n'avions aucun support vidéo et lorsque je me retrouvais dans un festival j'essayais toujours de voir les films 3 ou 4 fois, occasionnellement j'essayais ensuite de les revoir à la télé même si je n'ai jamais été une grande consommatrice de télévision. Le DVD est vraiment en ce sens un merveilleux support pour ceux qui aiment le cinéma.
Malgré votre coté technophobe, avez-vous un équipement Home cinéma ? J'ai plusieurs lecteurs de DVD mais mon installation se limite à ça. Je n'ai même pas d'ordinateur et pourtant j'adorerais avoir le temps de m'asseoir devant l'écran et d'apprendre à m'en servir. Il faudrait que je prenne le temps de me familiariser avec ces nombreux gadgets qui m'entourent. Des vacances s'imposent !
Quels sont en général les films que vous aimez voir ou revoir en DVD ?Il y en a beaucoup, des films tels que Le Baron de Munchausen, Brazil, ou encore Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain, des films qui sont visuellement très impressionnants et qu'il faut absolument voir plusieurs fois pour les digérer, les savourer.
Vous l'avez déjà fait pour plusieurs de vos films, pourquoi ne pas avoir par exemple enregistré de commentaire audio sur Panic Room ?Je l'aurais volontiers fait mais on ne me l'a pas demandé. C'est pourtant un exercice dont je suis coutumière et que j'apprécie beaucoup. J'ai participé à l'élaboration de plusieurs DVD, les films que j'ai réalisé, Le petit homme et Week-end en famille, celui du 25ème anniversaire de Taxi Driver ou encore Contact notamment. Mais finalement plus que les commentaires audios des comédiens, c'est surtout dommage que David Fincher n'en ai pas enregistré un. Honnêtement j'adorerais l'entendre parler de son film. Il est parfaitement à l'aise dans ce genre d'exercice, c'est quelqu'un de très loquace et il a certainement beaucoup de chose à dire sur Panic Room.
Est-il selon vous important d'avoir une panic room chez soi ?En fait, il ne faut absolument pas en avoir une et s'il y a un message primordial à retenir c'est de ne surtout pas s'en faire construire une !
Vous avez remporté deux oscars rapidement, avant la trentaine, avez-vous louché sur le record de Katherine Hepburn et de ses 4 statuettes ?Non, je n'y ai jamais pensé. C'est une sorte de bingo, il y a 5 noms dans un chapeau et un seulement qui est tiré.
Allez vous commencer bientôt le tournage de Flora Plum, le prochain film que vous allez réaliser ?Prochainement j'espère. Il a été quelque peu retardé, Russell Crowe s'étant blessé alors qu'il s'entraînait pour le film et nous avons dû tout arrêter temporairement. C'est un merveilleux scénario autour des gens du cirque en 1930. C'est un sujet qui est terriblement américain mais l'angle est finalement très européen.
Vous continuez à développer votre projet autour de Leni Riefenstal ? Nous n'avons pas encore le scénario définitif et il m'est difficile de vous en dire plus si ce n'est que je trouve cette femme fascinante et que j'ai décidé de tout mettre en œuvre pour que ce projet aboutisse.