Par Arnaud Olzeski - publié le 29 mars 2006 à 12h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h51 - 0 commentaire(s)
A l’occasion de la sortie de Serko sur nos écrans, nous avons rencontré le réalisateur venu présenter son film en avant-première lors du Festival Jules Verne à Paris. Retour sur cette aventure glacée accueillie chaleureusement par le public.



Excessif : Pouvez-vous vous présenter ?
Joël Farges : Je m’appelle Joël Farges, je suis producteur et réalisateur, et je viens de produire et réaliser Serko, l’histoire d’un homme qui a traversé la Russie sur son cheval.

Comment vous est venue l’idée du film ?
Jean-Louis Gouraud est un ami écrivain qui aime beaucoup les chevaux et a beaucoup écrit sur eux. Il m’avait parlé de cette histoire vraie d’un jeune Cosaque ayant réussi l’incroyable exploit de parcourir 9000 kilomètres à cheval en 200 jours dans la Russie du 19ème siècle. En 1990, il a lui-même parcouru à cheval Paris-Moscou, et cela a aussi été salué comme un exploit. Après ce voyage, il a repris cette histoire du jeune russe en y inscrivant les émotions et sensations qu’il avait ressenties et cela est devenu un livre, Serko, le nom du petit cheval gris typique des régions des confins asiatiques de l’empire Russe, le long du fleuve Amour. Quand j’ai lu le livre qu’il avait publié, il m’a tout de suite plu, et j’ai eu envie d’adapter cette histoire vraie pour le cinéma.



Ce film a des allures de conte…
Oui, c’est un film initiatique sur un jeune homme un peu peureux et qui va mûrir en réalisant un exploit insensé que tout le monde pense impossible, voire funeste. C’est aussi un film d’aventure pour la jeunesse, comme ceux que je voyais le dimanche après-midi dans mon enfance.


C’est aussi une espèce de « eastern », dans les grandes contrées orientales…
Oui, là encore, cela rejoint les films de mon enfance avec les westerns de John Ford, même si l’histoire est totalement différente, et que les indiens n’ont pas les mêmes caractéristiques. Mais, il y a ce voyage à travers ces paysages grandioses et ce goût de l’aventure propres à certains westerns, sauf que cela se passe dans les steppes orientales.



Le film a-t-il été difficile à tourner ?
Oui, c’est un film à petit budget et on ne pouvait pas tourner en studio parce que cela aurait été trop cher. Donc, on a été obligé de tourner sur place en décors naturels, ce qui ne me déplaisait pas vu que j’avais produit beaucoup de films dans des pays de ces régions (Kazakhstan, Tadjikistan, Chine mais aussi République Tchèque, Hongrie, Indonésie, Inde, …), et que ces paysages et ces peuples ont rarement été vus au cinéma. Ce petit budget est donc devenu une chance car on a dû trouver d’autres solutions pour faire le film et développer notre créativité. Et ainsi, on a pu filmer des images jamais vues car personne ne va tourner là-bas. Mais le tournage a été très difficile en raison des conditions climatiques où il faisait jusqu’à – 40 degrés pendant les sept semaines de tournage. Quand il y avait le vent glacial en plus, cela devenait très éprouvant.

Le film possède aussi une certaine fibre documentaire…
Oui, car nous vivions dans les mêmes conditions que les gens sur place, et nous voulions rendre hommage à ces paysages et à ces peuples anciens qui disparaissent petit à petit. En même temps que les images inédites de ces paysages magnifiques qui apportent une véracité et une poésie, nous voulions montrer ces peuples inconnus dans la fragilité de leur existence et la beauté de leur culture. Il y a 30 ans, il y avait 900 de ces peuples minoritaires, aujourd’hui il n’en reste plus que 318. Le film permet de découvrir ces peuplades et de faire entendre leur voix dans ces langues elles aussi inédites, et en voie de disparition.



Parlez-nous du personnage d’illusionniste joué par Jacques Gamblin.
En fait, c’est un personnage qui a été créé pour le film. J’avais lu un livre sur un magicien français appelé Abraham Dulaar qui avait parcouru ces régions pour montrer son spectacle ambulant à peu près à la même époque que le jeune russe et il m’a semblé intéressant de l’inclure dans l’histoire de Serko. Cela me permettait de faire des ellipses sur le voyage du jeune russe pour éviter que cela devienne ennuyeux pour le public, et aussi d’éviter de trop m’attarder sur son arrivée dans la Russie plus occidentale qui est plus connue et dont les images sont moins inédites. Cependant, ce personnage n’est pas totalement en dehors de la réalité du voyage du jeune russe avec Serko, car celui-ci avait effectivement rencontré un journaliste américain lors de son périple qui avait effectivement relayé son histoire à Moscou avant son arrivée en assurant ainsi sa réputation.

Quels sont vos projets ?
Je prépare mon prochain film qui se tournera en Inde, et ensuite un film dans les fonds sous-marins.

Propos recueillis par Arnaud Olzeski
Vos réactions


logAudience