Par La Rédaction - publié le 15 septembre 2008 à 18h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 16h46 - 30 commentaire(s)
Le débat fait rage à la rédac depuis la projection du nouveau film de John Woo, la fresque guerrière Windtalkers, une réussite éclatante pour certains, un ratage désastreux pour d’autres. En attendant nos avis prochains, vous pouvez patienter avec ce compte-rendu de conférence de presse où intervenaient John Woo, son producteur Terence Chang et le comédien Navajo Roger Willie, second rôle marquant du film. Rappelons que Windtalkers prend place pendant la seconde guerre mondiale, dans le pacifique. Le sergent Joe Enders, incarné par Nicolas Cage, est chargé de protéger un spécialiste des transmissions Navajo dont la langue est indécryptable par les radios japonais. Mais dans le cas où son équipier serait sur le point d’être capturé et interrogé, Enders devrait le tuer ! Un cas de conscience qui va se régler l’arme au poing !


Le fait d’appartenir à une minorité aux Etats Unis vous a-t-il plus impliqué dans le sujet du film ? Est ce qu’il y a une identification quelconque dans votre esprit entre votre propre situation et celle de la minorité Amerindienne ?

John Woo : Bien sûr, je viens d’un autre pays mais je suis surtout tombé amoureux de l’histoire. Lorsque les auteurs sont venus me faire part du scénario, je me suis pris de passion pour les personnages, la dimension liée à la culture des Navajos et le récit propre aux codetalkers. Il y avait là de la bravoure, de la loyauté, du patriotisme et je trouvais que c’était une formidable occasion de montrer le rôle des indiens pendant la guerre. Le fait que leur contribution dans la victoire soit peu connue m’a beaucoup touché. Je ne connaissais pas cette histoire et je voulais que le monde et l’Amérique la découvre. Il y a de très fortes connexions souterraines entre les chinois et les indiens, une culture spirituelle similaire. Depuis que je fait carrière aux USA, je suis un peu un pont entre les cultures, j’ai pour mission d’organiser une rencontre entre ce qui est bien à l’est et à l’ouest. Cette mission était au cœur du message du film. Ce qui m’a intéressé était l’ouverture d’esprit des Navajos qui ne veulent pas nous tenir rigueur de l’image véhiculée sur eux par les westerns. Ils avaient le désir de s’ouvrir et de communiquer. Cela m’a interpellé et m’a fait comprendre que l’essentiel se trouvait dans le thème de l’amitié au cœur de l’histoire de Windtalkers.

Quelle est votre définition de l’héroïsme et du martyre depuis le 11 septembre qui a eu pour effet de repousser la sortie du film ?

John Woo : Après le 11 septembre, tout a changé mais le film lui-même répondait à l’esprit patriotique. Il s’agit aussi de montrer qu’il y a un impératif de s’unir pour être à l’écoute de l’autre. Un force symbolique nécessaire à la survie et au futur. J’ai voulu aussi donner un film plus universel, non circonscrit à l’identité américaine.

Terence Chang, après le succès écrasant de Mission impossible 2, y avait-il encore un risque à produire un film de John Woo ou bien la réussite du projet était-elle courue d’avance ?

Terence Chang : J’avais très envie que la dimension artistique de John puisse s’exprimer plus librement après le succès commercial de MI : 2. Windtalkers répond à ce besoin.

Est-ce différent de diriger Nicolas Cage et Tom Cruise ?

John Woo : Deux choses que Cruise et Cage ont en commun : ils sont très sérieux, jamais de blague. Et ils adorent faire leurs cascades eux-mêmes. Ils sont de grands talents mais aussi très différents. Cruise est un bosseur acharné qui veut garder main mise sur le projet car c’est à la fois la star et le producteur. Avec lui, il y avait souvent du conflit, mais j’avais le dernier mot… Il y avait aussi un côté un peu ‘’clan ‘’. Tom amenait sur le tournage un de ses enfants. Je tenais le gamin dans mes bras, et je me sentais un peu grand-père, je faisait partie de sa famille. Cage , lui, est un parfait gentleman. Il n’y a jamais aucun différent avec lui. Il est très gentil et n’a aucun ego. Il a une telle confiance en moi depuis Face/Off qu’on a l’impression de se connaître depuis très longtemps. On a pas besoin de beaucoup se parler pour se comprendre. Il arrive sur le plateau, on se dit ‘’salut’’, ‘’c’est bon ?’’, ‘’ok ?’’, ‘’et toi ?’’ et on tourne. C’est un processus très différent. De plus, son humilité se double d’un sens très aigu du personnage. Il m’a fait des suggestions en phase avec la dimension de Joe. Il m’a amené à changer au moins deux scènes. La première est le moment où le soldat au lance-flamme est grièvement blessé. Il n’était pas du tout écrit que Nick l’achèverait pour écourter ses souffrances. Au moment de tourner, Nick a naturellement sorti son arme et l’a abattu. Pour lui, c’était tout à fait logique aux yeux de Joe, le héros qu’il incarne. C’était juste. Le deuxième exemple se situe vers la fin, lorsque Nick se met à prier. C’est lié à sa rédemption, et c’est une idée de Nicolas Cage.

Roger Willie, que représente le film pour vous, et quel regard portez-vous sur ce personnage qui est lié à votre identité culturelle ?

Roger Willie : En tant que Navajo, je sentais une responsabilité pour représenter ma civilisation mais l’histoire m’importait aussi en tant qu’ancien soldat. C’est un privilège et un honneur de servir le point de vue du réalisateur. Inversement, les souvenirs de tournage sont AUSSI un héritage qu’il me faudra transmettre.

Comment avez-vous appréhendé de travailler avec un directeur d’action de la dimension de John Woo ?

Roger Willie : Lorsque j’ai été contacté, je me suis rendu compte de la notoriété de John Woo. Moi qui suis aussi artiste, je peint, je pense que c’est terrible d’avoir une vision préétablie et figée de l’œuvre à concrétiser. John laisse une marge de manœuvre aux acteurs pour qu’ils expriment leur créativité. L’œuvre peut muter et acquérir une nouvelle dimension.

John Woo, une critique récente du New York Times dit que Windtalkers est votre meilleur film américain et marque un tournant de votre carrière. Ressentez-vous un clivage entre votre production précédente et celle qui succédera à Windtalkers ? Arrivez-vous toujours à imposer vos figures rhétoriques ou bien s’agit-il d’un travail de lutte contre le système et le matériau ?

John Woo : Récemment j’avais fait des films commerciaux. Grâce à Volte/face , j’ai pu acquérir un relatif pouvoir incarné par le choix de réécriture de scénario et le final cut. Avec Windtalker, je peut jouir de cette liberté que j’avais perdue il y a longtemps.

Avec Windtalkers, on meurt toujours dans le plus pur ‘’John Woo style’’. Est-ce une vision difficile à imposer aux studios ?

John Woo : Après mes œuvres précédentes, j’ai dû me modérer. Grâce à Windtalkers qui est une histoire vraie, j’avais l’occasion de renouer avec l’action et le lyrisme, la peur, le chaos, le sang, tout en y ajoutant un message pacifiste. Selon moi, plus l’action est visuelle et choquante, et mieux elle véhicule l’horreur de la guerre, elle en dégoûte. C’est mon message. Et puis le film n’est pas seulement sérieux. Il y a de l’humour, un ressort dramatique prenant, une dimension instructive. Cette combinaison aboutit à une plongée dans la nature humaine.

A propos du code, comment cela fonctionnait-il réellement ?

John Woo : Le langage Navajo était un code à part entière car très peu de gens connaissaient ce langage. La vérité historique a été respectée puisque nous avions sur le plateau un codetalker qui a appris aux acteurs l’emploi de cette langue dans ce contexte précis.

Roger Willie : Dans les années quarante, la nation Navajo était très isolée, sans occasion pour une transmission du langage. Les seules tentatives étaient celles de missionnaires qui ont tenté de traduire la bible en navajo. L’essai n’a rien donné. De plus, il faut comprendre que la langue Navajo est très sonore et subtile. Le changement d’une intonation peut changer le sens du terme. Par exemple : en appuyant une voyelle ascendante, le mot ‘’elle est belle’’ devient ‘’vous êtes belle’’. Le champ d’expertise des codetalkers était donc très spécifique.

John Woo, comment avez-vous choisi de représenter les japonais et les femmes dans votre film ?

John Woo : L’idée centrale était de montrer les japonais comme une force invincible, une menace omniprésente, au-delà de leur identité ou leur statut d’ennemi. Mais la relation centrale du film se fait évidemment au niveau des GI et des Navajos. Le reste n’est là que pour canaliser l’évolutivité de leurs échanges. Le thème de l’ennemi ne se limite pas aux japonais. Nous sommes nos pires ennemis. Les soldats américains s’observent et doivent se comprendre pour mieux s’accepter. Quant à la présence féminine dans Windtalkers, il y avait initialement une histoire d’amour entre Joe et Rita mais on m’a prié de raccourcir le film et de couper cette scène. Il y avait une scène émouvante entre eux, au début, où Joe et Rita se parlent sur un pont. Rita tente de faire comprendre à Joe que la guerre n’est pas le seul horizon et que la vie peut être merveilleuse. Mais Joe, à ce moment-là, réfute l’idée et lui répond que c’est faux. Et à la fin du film, on découvre que Joe a répondu à une lettre de Rita où il lui explique que grâce aux indiens il a compris qu’elle avait raison.

Quels sont les films récents qui vous ont intimement touché ?

John Woo : Il y en a un, c’est No man’s Land de Danis Tanovic. En le voyant, j’étais scotché, c’était le plus bel exemple de film de camaraderie. J’ai voté pour le film aux Oscars. Mais sinon, lorsque je tourne moi-même, je m’interdis absolument de voir d’autres films. Même mes films fétiches, comme les Quatre cent coups ou Lawrence d’Arabie..

Les historiens américains prétendent ne pas connaître l’existence d’un ordre de tuer expressément les codetalkers au cas où ils pourraient être capturés. Est-ce un choix délibéré d’aller au-delà de la vraisemblance historique ?

John Woo : Lorsque je préparais le film, j’ai parlé aux anciens soldats et codetalkers. Les réponses étaient floues, ils en avaient parfois parlé sans être certain que cela ait existé. Mais plus les gens parlaient et plus cette possibilité devenait vraisemblable. Mais l’essentiel est le message du film : aller contre le système quant l’éthique l’exige. L’amitié pousse à désobéir. Il faut faire face au système.

Terence Chang : L’émission 60 Minutes à convoqué un soldat et un codetalker qui ont confirmé la présomption d’un ordre de tuer.

Roger Willie : En tant qu’ancien soldat, la première chose qu’on nous enseigne est de protéger nos moyens de communications. Si on doit les abandonner, il faut les détruire.

Y-a-t-il un mot Navajo qui correspondrait à John Woo ?

Roger Willie : Oui, le mot ‘’colombe’’. Pour nous, c’est symbole de vitesse de créativité, d’endurance et d’esprit.

John Woo : Dans mes films et la culture chinoise, cela signifie plutôt la beauté, la pureté, l’amour, l’espoir. La prochaine fois que je filmerais une colombe, elle correspondra à celle des Navajos .

Sortie de Windtalkers sur les écrans français et belge : 04 Septembre 2002
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