Par - publié le 27 juillet 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 19h20 - 2 commentaire(s)
Présent au dernier festival de Cannes pour présenter Souffle en compétition, Kim Ki-Duk paraît serein et enthousiaste alors qu’il vient d’enchaîner des interviews pendant toute une journée. La dernière fois qu’il est venu sur la Croisette, c’était pour présenter L’arc qui marquait la fin d’une époque. Entre temps, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Ses obsessions et ses inspirations ont évolué depuis Locataires et donné naissance à deux films étincelants qui sortent cette année. Tout d’abord, Time dont la sortie est prévue le 15 août, et le fameux Souffle, le 21 novembre. Nouvelles facettes d’un cinéaste peut-être réconcilié avec lui-même.


Souffle, votre dernier long métrage en date, a été tourné en seulement dix jours. Quels sont les avantages et les inconvénients d’une telle démarche ?
Un tournage sur une courte période me permet de me concentrer au maximum. Il y a beaucoup de suspense dans le fait que je doive réaliser le film avec un budget donné et dans un temps très court. Quand ça fonctionne, ça me procure beaucoup de bonheur. L’avantage, c’est que lorsque le film est réalisé, je suis très content. L’inconvénient, c’est de toujours penser le cinéma en terme d’argent.

Locataires a marqué une scission dans votre cinéma. Les films que vous réalisez depuis ne ressemblent pas à ceux d’avant. Vous aviez ce besoin de changement après l’expérience de L’arc ?
C’est exactement ça. Après L’arc, j’ai eu l’impression de tourner en rond et j’ai eu envie de créer de nouvelles choses originales et nouvelles. Dans Time et Souffle, j’essaye de raconter le quotidien des gens à travers des thèmes qui sont différents à chaque fois dans chaque film. Tant que mon nom restera Kim Ki-Duk et qu’il ne changera pas, il y aura toujours des similarités dans mes films.


Le contexte carcéral de Souffle évoque d’ailleurs Locataires. Faut-il y voir un sens ?
Les prisons ont évolué en Corée. La prison de ce film a servi de fond pour Bad Guy et Locataires. C’est une petite prison très vieille qui est restée la même. Maintenant, les prisons coréennes sont pareilles qu’en France et beaucoup plus modernes. J’avais besoin de cette prison pour son côté sombre et obsolète pour décrire au plus juste le réalisme des personnages.


Votre cinéma s’exporte extrêmement bien. Comment réagissez-vous ?
J’ai été en compétition cinq fois au festival de Venise et de Berlin. Pour Cannes, c’est la première fois. J’ai toujours pensé que mes films ne correspondaient pas au festival de Cannes. Je pensais par exemple que Souffle irait dans un autre festival. En ce qui concerne le cinéma coréen à l’étranger, beaucoup de cinéastes coréens autres que moi sont talentueux et doivent exister. Ils font des films très divers, ce qui génère une vraie complémentarité.


De la nymphe maléfique de L’île à la femme compassionnelle de Souffle, votre regard sur les femmes a considérablement changé. Est-ce à mettre en relation avec un regard apaisé et moins agressif sur l’existence que l’on ressent dans Time ?
Je me demande en réalité si ce n’est pas dû au fait que je n’ai plus la philosophie que j’avais quand j’étais plus jeune. Je faisais plus des films où les personnages principaux étaient des hommes et j’avais tendance à penser comme un homme. Aujourd’hui, j’essaye plus de me diriger vers des personnages féminins. Automatiquement, il faut que la description de la femme soit plus sensible et plus précise. En Corée, la figure du père est sacrée, plus importante que tout. Ainsi, j’ai toujours considéré que l’homme était au centre de la société. Les femmes en revanche sont plus opprimées. A partir du moment où j’ai réalisé que les femmes étaient maltraitées dans la société coréenne, je me suis axé sur elles pour appuyer là où ça faisait mal.

Dans Souffle, vous jouez le maton qui surveille les vidéos (on voit votre reflet, avec casquette et lunettes noirs, à travers sur l’écran la vidéo surveillance). Dans Time, votre double monte Locataires et subit des problèmes amoureux. Diriez-vous que vous vous impliquez de plus en plus en tant que personnage dans vos films ?
Totalement. Mais c’est très simple : je m’appuie sur le privilège d’être un réalisateur. Je sous-tends en créant ces allusions que c’est le film d’un réalisateur et non pas d’un acteur ou d’une équipe. Par ce stratagème, j’accentue l’idée qu’il s’agit non pas d’un film populaire mais d’un film d’auteur pourvu d’une vision de réalisateur. On en tire les conclusions que l’on veut.


Qu’avez-vous retiré de votre expérience Française ?
Il y a toujours eu un respect fou des coréens pour plusieurs villes françaises. En premier lieu, Paris. Par la suite, peuvent venir Londres ou Munich. Paris est primordial parce qu’il y règne l’importance de l’art et de la culture. Quand j’étais petit, je voulais venir en France parce que c’était pour moi le moyen d’enrichir sa culture générale. J’ai vécu pas loin de Cannes, également à Montpellier, vers la Grande-Motte et Narbonne. Pendant un an, j’ai sillonné le sud de la France. A cette occasion, j’ai découvert des films français qui ont constitué un point de départ pour devenir réalisateur. En revanche, je n’ai aucune fascination pour les Etats-Unis. Sans doute parce que c’est l’incarnation de ce qui est unilatéral et imposé.


Est-ce pour ça que vous avez choisi une chanson d’Adamo (Tombe la neige) dans Souffle ?
Au départ, je ne savais pas que Tombe la neige était une chanson française. Je cherchais des chansons qui correspondaient aux quatre saisons. J’ai trouvé pour le printemps, l’été, l’automne mais pas pour l’hiver. Tout d’un coup, j’ai pensé à Adamo. Avec le recul, je pense avoir bien fait : en l’écoutant, on a vraiment cette sensation de neige qui tombe et de renaissance pour tout le monde.

Propos recueillis par Romain Le Vern

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