Patrick Bouchitey l’a découverte par le plus beau des hasards alors qu’il était en train de peaufiner le scénario d’
Imposture, initialement "Je suis un écrivain frustré". Et son choix se révèle excellent. Qu’elle affiche son regard inquiétant ou se refugie dans le mutisme, Laetitia Chardonnet, la vingtaine, confère à son personnage une vraie intensité et électrise cette étrange
Imposture.
Quelle a été ta réaction lorsque tu as reçu le scénario ? En fait, j’avais lu le scénario avant de faire les essais. J’aimais beaucoup le personnage principal. Evidemment, lorsqu’on m’a dit que je jouerais le personnage de Jeanne, c’était l’apothéose.
Patrick Bouchitey passe parmi nous et interrompt la conversion en disant : "C’est pas vrai !" …Jeanne, je l’avais déjà dessinée dans ma tête. J’aimais la personnalité de cette fille et j’avais envie de lui donner ce que je pouvais.
Tu avais vu Lune Froide, son premier long-métrage ? C’est amusant parce que lorsque j’ai rencontré Patrick, il m’a donné une cassette de
Lune Froide que je n’avais jamais vu. Je l’ai regardé une fois, une deuxième puis une troisième chez moi toute seule.
Qu’en as-tu pensé ? Pour moi, c’était clair : ce mec était complètement barge. J’ai adoré le film mais il y avait quelque chose qui m’intriguait. Je me suis dit que ce n’était pas possible, que ce mec avait forcément un problème. En fait, il a juste un univers incroyable, très particulier, dérangeant et personnel qui ne ressemble à aucun autre.
Il y a une scène dans laquelle le personnage lave le corps de sa victime où il fait un clin d’œil très explicite à Lune Froide. Tout à fait. Surtout qu’elle est endormie. Ça ne peut que faire penser à
Lune Froide. Et puis, c’est toute l’ambiguïté du personnage. Parce qu’on ne sait pas si à ce moment donné dans le film, il y aura viol. Le professeur passe à l’acte, il la séquestre mais on se demande finalement qui il est et si c’est un psychopathe.
Ce fut la scène la plus dure à tourner ? Tout le monde me dit ça (sourire). C’est vrai que de se retrouver dénudée et en l’occurrence de n’avoir rien à jouer, ce n’est pas évident parce que la pudeur entre en jeu. Mais quelque part, ce qui m’a surprise, c’est que je savais que j’avais une scène de nue et auparavant, on avait déjà tourné les scènes de la cave et de la séquestration, et je trouvais que contrairement au fait de se retrouver nue, c’était bizarrement moins dur au niveau de ma pudeur que dans les scènes où j’ai dû me mettre dans des états intenses, me livrer à fond dans les larmes… Ce sont les scènes où j’exprime des sentiments qui sont à mon sens les plus difficiles. De toute façon, toutes les scènes du film, que ce soit à la fac, dans l’amphi… étaient importantes pour moi. Mon objectif était d’être Jeanne. Jeanne timide qui aborde son professeur. Jeanne séquestrée qui ne comprend rien et flippe. A chaque fois, j’essayais de refléter les émotions du personnage avec un maximum de sincérité.
Tu lui ressembles ? Le personnage est très caractérisé, sensible à l’art. Je suis également très sensible à la musique, à la peinture, au cinéma évidemment, mais Jeanne ce n’est pas moi. Je suis plutôt quelqu’un d’agressif, de physique. A l’inverse, Jeanne ne se défend pas quand elle est séquestrée. Alors que moi s’il m’arrivait ce genre de situation, j’irai lui démonter la tête.