A l'occasion des sorties de
Blade II (en Zone 2 à partir du 7 mars 2003) et
Pas Si Grave (dans les salles françaises depuis hier), nous avons rencontré la charmante
Leonor Varela, comédienne franco-chilienne qui s'est imposée en quelques années sur tous les territoires dont elle a foulé le sol. Après quelques seconds rôles dans des films français (
Le Ciel Est à Nous,
Les Parasites), américains (
L'Homme Au Masque De Fer) ainsi qu'une très populaire série chilienne (
Tic Tac), elle explose grâce à la mini-série
Cléopatre où elle tient le rôle titre auprès de Billy Zane et Thimothy Dalton. Son prochain film,
Les Tourtereaux avec Gerard Depardieu et Jean Reno sortira en France au mois d'octobre.
DVDrama : Je suis allé visiter un peu votre site (NDLR : www.leonorvarela.com). Vous êtes bien allée faire la marche pour la paix comme prévu?Leonor Varela : Ah oui bien sur, il y en avait deux en fait. Une à West Hollywood, sur Hollywood Boulevard et Sunset, et une autre sur la plage (NDLR : St Monica Beach) - qui était beaucoup plus un événement symbolique - à laquelle je me suis rendu. On y a écouté des gens faire du " slam ", vous connaissez ? ce sont des sortes de poèmes, de chansons parlées un peu comme le rap…
DVDrama : Oui j'ai vu un film sur le sujet (NDLR :
Slam de Marc Levin - 1998)...
Leonor Varela : Il y avait des politiciens, des " babs "… Tout le monde avait son petit mot à dire pour la paix, et ça me semblait important de partager ça avec les gens qui lisent mon site. En ce moment je pense que tout le monde est super mal et que personne ne veut la guerre au fond, quoi que si il doit y en avoir. Le seul moyen de changer les choses, c'est d'éduquer encore et encore. C'est un peu une responsabilité, quand on a un site, un public, des jeunes filles qui veulent s'habiller comme vous, de revendiquer sa personnalité, d'être authentique, un peu comme le fait Jennifer Lopez à sa manière. J'ai toujours été marquée par quelqu'un comme Susan Sarandon, qui avait un discours très politique et qui ne perdait pas une opportunité pour prendre la parole. Ce sont ces gens-là qui m'inspirent…
Leonor Varela dans BLADE II (2002) DVDrama : Etes-vous une passionnée de cinéma ? Leonor Varela : Oui depuis toute petite. Il est difficile dans notre société de ne pas l'être. Le cinéma, c'est l'art qui fait le lien le plus direct entre les différentes cultures, entre la jeunesse et la vieillesse. Tout le monde s'y retrouve avec différents films. Mon père m'a initiée très jeune à ses passions qui étaient le cinéma, le théâtre et l'opéra. Du coup c'était cinéma toutes les semaines : les
Star Wars, les
Indiana Jones, les
Walt Disney… C'était un moment privilégié de rêves et de partage avec mon père, qui a commencé aux Etas-Unis, là où j'ai grandi. La lecture aussi était très importante. Tous les soirs il nous lisait un chapitre du
Seigneur des Anneaux. Ce sont des choses qui marquent.
DVDrama : Quand avez-vous décidé de devenir actrice ? Leonor Varela : Quand j'ai vu au théâtre
La Tempête de Shakeapare, c'était à un moment très précis de ma vie que je me rappelle très bien. Cette pièce n'est pas sa plus mauvaise, je crois que chronologiquement c'est sa dernière. C'était au théâtre du
Bouc du Nord et la mise en scène était de Peter Brook. J'étais transportée, mon imagination voyageait. J'ai ressenti tellement de choses dont j'ignorais l'existence… En voyant des gens bouger sur scène et agiter une branche pour simuler une forêt, je me suis dis " voilà ce que je veux faire. Je veux être le magicien qui fait ce jeu d'ombre et fait voyager les gens ".
DVDrama : Les débuts devant la caméra se sont passés dans quelles conditions ? Leonor Varela : Eh bien très mal (rires) dans le sens où j'étais un peu tétanisée lors de mon premier jour de tournage. J'étais du genre a m'adapter, à apprendre beaucoup d'informations, et là il y avait beaucoup à apprendre d'un coup. Je voulais tout comprendre. Pourquoi celui-ci s'occupe de la lumière, pourquoi l'autre fait ça etc… au lieu d'être juste la comédienne qui vient dire son texte . C'était assez troublant de voir ce milieu si complexe, pour un résultat qui me semblait aussi simple. C'était un choc de voir toute une équipe au travail.
DVDrama : Vous aviez jouez dans beaucoup de pièces auparavant ? Leonor Varela :Dans deux pièces. Il s'agissait de comédies musicales et ça m'éclatait. On se marrait bien. J'ai remplacé une des actrices principales pendant une semaine. Le reste du temps, j'avais un rôle secondaire. Je faisais partie d'une troupe. On montait et démontait les décors, tous les soirs après les cours de théâtre à l'école.
DVDrama : Vous avez joué dans des séries au Chili et en France avant d'accéder à une plus grande popularité avec Cléopatre, comment vous êtes-vous débrouillée ? Leonor Varela : C'était beaucoup d'avion, de rencontres. Très vite, la télévision m'a proposé des choses, et ça s'est enchaîné, mais je n'ai jamais eu un rôle comme ça, sans me bouger.
DVDrama : Vous vous êtes battue pour l'avoir le rôle de Cléopatre ? Leonor Varela : C'est mon agent en Angletterre qui m'a parlé du casting. J'y suis allé tôt le matin en
Eurostar. J'ai lu le texte. Le metteur en scène m'a rencontré. J'ai passé une audition. Il m'a fait " ok, c'est bon " et j'ai fait " ok, on y va ". Le soir même je rentrais sur Paris. La où j'ai du mérite, c'est d'avoir été chercher les opportunités ailleurs que devant le pas de ma porte. Je me suis déplacée, j'ai cherché un agent en Angleterre et des choses qui me permettent d'aller plus loin. Et on m'a choisie.
DVDrama : A partir de là, les propositions ont dû pleuvoir ? Vous avez commencé à avoir le choix… Leonor Varela :
Miramax m'a mise sous contrat pour deux films. Dès la diffusion de
Cléopatre, je commençais à tourner dans un western pour eux (NDLR :
Texas Ranger de Steve Miner - 2001) . Par la suite, chaque fois que je trouvais un scénario qui me parlait, j'y allais à l'instinct. Je n'hésite jamais. Je n'ai pas trop de doutes. Même quand une offre est alléchante mais peu convainquante au niveau de l'instinct, je la refuse. On m'a toujours dit qu'une carrière se construisait grâce aux choses qu'on ne faisait pas. Je crois que c'est vrai.
DVDrama : Dans quelles langues êtes vous la plus à l'aise quand vous tournez ? Leonor Varela : Chaque langue correspond à une période différente de ma vie . Pour travailler, j'aime beaucoup l'anglais qui est une langue très efficace. Par contre pour chanter, j'adore l'espagnol, le chant véhicule une émotion beaucoup plus inconsciente, un laisser aller et une pureté au niveau du son. Mais j'aime aussi beaucoup jouer en français, ça dépend des rôles, des personnages, qui ont des rythmes différents , et des objectifs particuliers. Je suis à l'aise avec les trois langues en fait.
DVDrama : Concernant Guillermo Del Toro, Blade II est un film beaucoup plus gros et donc moins indépendant que son précédent, L'échine du Diable. De plus, il semble qu'il s'occupait également beaucoup de la technique et des effets spéciaux du film. Prenait-il le temps de s'occuper un peu des acteurs ? Leonor Varela : C'est vrai qu'il n'y a pas beaucoup de direction d'acteurs dans un film comme
Blade II, mais Guillermo est quelqu'un de très disponible. On se sent effectivement beaucoup pris dans une machine, où la place de l'acteur et son questionnement existentiel n'est pas la priorité, mais on s'y habitue. Je pense que ça se ressent au niveau du jeu. On peut se perdre plus facilement, mais en même temps, Guillermo n'est pas quelqu'un qui abandonne ces acteurs, il répondait toujours à nos questions.
Leonor Varela dans BLADE II (2002) DVDrama : Y avait-il une sorte de pression pour vous sur ce film par rapport à vos précédents ? Leonor Varela : Non, le travail était le même. On ne travaille pas avec plus ou moins d'énergie parce qu'il y a un gros ou un petit budget. Il y a plus de producteurs qui vous respirent dans le cou, mais la pression se fait certainement plus au niveau du metteur en scène.
DVDrama : Lors du casting, vous avez dû faire la démonstration de vos prouesses physiques ? Leonor Varela : Oui. D'une part il a tâté mes biceps, et comme je suis plutôt costaud, il a fait " Ok " (rires). J'ai dû montrer ma flexibilité, et ma force surtout. Ensuite il y a eu la préparation. Pendant deux mois, c'était la diète et surtout un entraînement très intense qui devait faire de moi une sorte de soldat. J'ai fait beaucoup de boxe, soulevé des poids. C'est Lucia Ryker, la championne mondiale de Boxe féminine qui m'a entraînée. Elle est vraiment très forte…
Finalement pendant le tournage, je me suis plus entraînée hors écran. Les 5 mois à Prague étaient vraiment très intense. Ma vie privée allait très mal également puisque j'ai perdu mon père à ce moment là. C'était très dur. D'ailleurs, dans le film, je trouve que je porte le poids du monde sur les épaules, ça ce voit. Je m'en suis servi pour le personnage. On ne peut pas faire autrement quand on vit ces choses là, et du coup, il y a une tristesse énorme qui habite ce personnage, qui en fait est trahi par son père, et qui se suicide. Ça n'a donc pas du tout été facile pour moi sur ce tournage. Prague est une ville tellement mélancolique et triste, et en même temps déchaînée, que ça m'a inspiré aussi dans ce sens.
Leonor Varela dans BLADE II (2002) DVDrama : J'ai remarqué que ce sont les personnages secondaires de Blade II qui sont plutôt tragiques et intéressant, pas vraiment celui de Wesley Snipes, plutôt stoïque, qui se contente de shooter du vampire à la chaîne… Leonor Varela : C'était un souhait de Guillermo de ne pas rendre les vampires aussi dégueulasses que dans le 1er. Dans le
Blade I, on les déteste, alors que dans celui-ci il y a une empathie. J'ai toujours abordé le sujet du film comme un conflit de race. La race caucasienne n'est pas meilleure que la race noire. Dans
Blade II, les personnages ont des besoins différents et des instints différents. Qui est mieux que l'autre ? on ne sait pas vraiment. La preuve, je finis par sauver le héros.
DVDrama : Entre Blade II et Pas Si Grave vous avez co-produit un film Chilien… Leonor Varela : Oui
Paradis B. J'ai trouvé un scénario. J'ai aidé à le monter. J'ai donné mon soutien et mon énergie pour que ce projet aboutisse au bout de trois ans. Je continue de faire ça pour un autre scénario d'une jeune chilienne. Une histoire très jolie, d'un homme qui achète la lune en 1969, et dépose un brevet qui dit qu'elle lui appartient, puis essaye de la vendre aux américains et aux russes. Son titre est
El Duneo de la Luna ou
Selling The Moon en anglais. J'essaye de trouver un financement pour que ce projet aboutisse. Avec
Paradis B, on a tourné dans pas mal de festivals, à San Sebastien , à la Havane… après
Blade II, j'ai tourné dans le film de Bernard Rapp, environ 4 ou 5 mois après.
DVDrama : Vous aviez vu ses précédents films ? Leonor Varela : Non j'ai reçu le script de
Pas Si Grave à Los Angeles, et j'ai été très touchée par le personnage que j'incarne, qui est un vrai cadeau pour une comédienne. Du coup, je me suis procuré ses anciens films puis je suis allée le rencontrer à Paris. Ca a été le coup de foudre immédiat, je correspondait à ce qu'il cherchait et inversement. Andrela c'est un peu la fée de l'histoire, un personnage auquel j'aimerais un peu ressembler, libre, super top dans ce qu'elle fait (NDLR : médecin)...
DVDrama : Vous vous êtes entraînée pour la chirurgie ? Leonor Varela : Oui surtout avec de la viande, comme le personnage qui donne un coup de main à sa tante à la boucherie. Elle n'a pas trop d'inhibitions et ne se soucie pas trop de l'avis des autres. C'est quelqu'un de très généreux et aimant, et en même temps espiègle. Je crois que même après le film, un peu d'elle est resté en moi. J'étais libérée par le fait de l'incarner. Je trouve qu'il est plutôt parfait, c'est presque un ange cette nana.
DVDrama : Ce tournage c'était un peu des vacances par rapport à Blade 2 ? Leonor Varela : Un tournage, c'est jamais des vacances. C'est un travail. C'est comme ça qu'on gagne notre vie faut pas l'oublier (rires), mais c'était très plaisant, c'est sûr. On a été à Valence, en Espagne, les espagnols sont très exubérants et extravertis. Devenir comme eux, parler comme eux, c'était génial !
DVDrama : D'où vous est venu l'envie de produire ? Leonor Varela : C'est le hasard tout comme le fait que je soit à cheval sur 3 pays. Les choses se sont faites comme ça, j'ai toujours eu la démarche d'aller chercher là où ça me grattait. Ce n'était pas prémédité. Au Chili, le cinéma est naissant, et je voulait faire partie de cette naissance. Il n'a pas l'ancienneté la culture le savoir faire de la France, et du coup le cinéma se cherche et c'est passionnant de faire partie de ce processus de création.
DVDrama : Parlez nous un peu du film de Francis Véber…
Leonor Varela :
Les Tourtereaux, c'est surtout leur film, j'ai le seul rôle féminin - les deux seuls rôles féminins en fait - du film. Que dire de Véber ? Véber, c'est Véber. Une horloge. La perfection en terme de comédie rythmée. Quand on travaille avec quelqu'un d'aussi précis dans sa vision des choses, et qui va aussi loin, on devient tous des instruments très aiguisés. J'étais très impressionnée par Depardieu, son jeu, qui était à tomber par terre. La direction de Francis est incroyable.
Premiere de BLADE II à L.A. (Leonor V., Wesley S. & Guillermo D.T.) DVDrama : C'est un film très écrit, où vous n'avez donc pas de grande marge d'improvisation. Quels réalisateurs vous ont donné la possibilité d'apporter des idées personnelles pour incarner vos personnages ? Leonor Varela : Paradoxalement, Guillermo Del Toro sur
Blade II. Je me suis battue pour réécrire la fin, le personnage restait un peu dans son coin dans la première version, comme une bonne nana de film de héros qui ne fait rien. Donc après trois nuits d'engueulades, et beaucoup de batailles avec les producteurs, j'ai obtenu avec Guillermo - qui ma toujours soutenue - la réécriture de la fin pour qu'elle finisse d'une manière cohérente. J'ai obtenu des scènes et des dialogues supplémentaires.

Par contre, au niveau créatif, je me suis vraiment éclatée sur
Les Parasites , (NDLR : elle fut nominée comme meilleur second rôle féminin au
Festival de Bezier) que j'ai tourné avant de partir au Etats Unis. Philippe est très doué pour écrire les comédies de situations pour les mecs, mais pour les nanas… il n'a pas encore trouvé le moyen de rentrer dans nos têtes. Je suis donc partie à Cuba pour créer mon personnage. Le film, on l'aime où on l'aime pas, mais il y a des gens que je rencontre qui en sont totalement fans et ça m'éclate à chaque fois quand ils me ressortent des tirades entières de dialogues. C'est un tournage sur lequel je me suis beaucoup fendu la poire, et dont je garde un très bon souvenir.
DVDrama : Les projets ? Leonor Varela : Pleins de choses, mais je ne peux rien vous dire pour l'instant. Je fonctionne toujours à l'instinct. Sans oublier le soucis de l'équilibre, toujours, si possible.
Interview réalisée par Frédéric Ambroisine le 3 mars 2003 à Paris. Remerciements à Hélène Sitbon & Leonor Varela.