Marc-André Grynbaum et Fabio Conversi lancent avec
Napoléon (et moi) de Paolo Virzi une nouvelle société de distribution, Magrytte Films Distribution, principalement tournée vers les productions italiennes, une orientation intéressante sur laquelle nous avons eu envie d’en savoir un peu plus.
Qu’est-ce qui vous a amené à lancer personnellement cette nouvelle société de distribution ? C'est quelque chose qui me chatouille depuis une dizaine d'années déjà, quand j'ai commencé à prendre conscience, après avoir produit des longs-métrages, essentiellement des films d'auteurs, que l'accès aux films les plus forts était extrêmement compliqué pour un producteur indépendant. J'étais donc cantonné dans un circuit très fermé, la seule possibilité d’exister étant alors de multiplier les projets, ce qui multiplient les chances d’avoir des films qui arrivent à se positionner, à rebondir. Une stratégie qui signifie qu’il faut forcément avoir de l'argent pour acheter des droits, financer des écritures, bloquer des dates…et pour les mettre en avant, il faut se tourner parallèlement vers la distribution, puisque pour sortir convenablement ces films, il faut trouver un distributeur qui peut les prendre en charge et ils ne sont en général intéressés que par des projets plus volumineux. On tourne donc en rond, ce que j'ai fait pendant des années. J’ai eu la possibilité de me lancer il y a quelques années dans la distribution, d’approcher ce métier complexe qu’il faut parfaitement connaître. Contrairement à la production, ce sont des grosses sommes d'argent, tout de suite, sur une très courte durée, donc difficile d'accès quand on n'a pas les moyens à disposition. Pour commencer à appréhender ce pôle, j'ai monté une structure et acquis des films étrangers pour les promouvoir en France en me fixant sur le principe du saucissonnage, on achète les droits d'un film pour un certain nombre de territoires, et ensuite on prend une partie de ces droits pour essayer de les vendre sur les marchés de la salle, de la télévision, du DVD… Cette approche de la distribution s’est révélée plutôt intéressante, mais je n’ai pas eu l’occasion alors d’être confronté aux sorties directes en salles. C'était une première étape. Malheureusement j'ai dû arrêter cette aventure et reprendre la production pendant plusieurs années. Il y a quelques mois, comme j'avais toujours accès à des films destinés à des sorties assez restreintes, j'ai décidé d'arrêter la production et de me tourner vers la distribution en salle.

Quelle fut votre première approche ?L'année dernière j'ai produit un long-métrage et j’en ai moi-même réalisé un qui est quasiment terminé aujourd'hui. J'avais donc deux films en post-production et j'ai parallèlement acquis tous les droits d'un autre projet. Fin avril alors que je commençais à rencontrer certains partenaires, je me suis retrouvé par hasard dans les locaux de Babe Films dirigé par Fabio Conversi qui venait de rencontrer un réel succès avec
Romanzo Criminale. Il venait de recevoir une version pré-mixée de
Napoléon (et moi) dont il était co-producteur et de façon totalement imprévue il m’a demandé de le visionner pour avoir un avis, alors qu’il n’avait vu aucun rush. Je l’ai regardé le soir même et je suis resté tétanisé par l'intelligence de la réalisation, le jeu des acteurs, Monica Bellucci en italien était tout simplement exceptionnelle, et Daniel Auteuil éblouissant en Napoléon. Evidemment, je me doutais qu’un tel film ne pouvait pas m’être destiné, il était impossible que ce soit moi qui le distribue, c’était un très gros budget. Je dois le revoir le lendemain, en attendant, je regarde le film trois fois dans la nuit, j’essaie d’en comprendre la structure, je fonce au CNC dès le lendemain matin, j’effectue des recherches sur Babe Films, je rêve de ce film et je me dis que ça serait génial si c'était moi qui le distribuais. Je rends le DVD à Fabio Conversi et je me surprends à lui avouer que le projet m'intéresse. Je n'écoute même pas la réponse parce que je ne veux pas l'entendre, mais c’était aux alentours de 800 000€. Tout me semble flou, tout tourne dans ma tête. On se reparle quelques fois au téléphone avant le Festival de Cannes, mais je n'aborde aucun chiffre avec lui. Durant le Festival, je m’arrange tous les jours pour le croiser entre 9h30 et 10h15 et nous avons signé le 19 juin. Je repousse du coup toutes les autres sorties, pour aborder la distribution avec un grand et beau film, dans 200 salles, VF et VO, avec un coup de main considérable des partenaires traditionnels qui permettent la distribution d'un film. Tout le monde nous a suivi, c’était formidable.

Comment comptez-vous appréhender l’avenir, vers quels types de projets avez-vous envie de vous tourner ?Nous avons décidé de monter avec Fabio une structure très solide comprenant une société de production, de distribution, un studio de montage pour les bande-annonces et les teasers et nous allons nous tourner vers l’international. Nous allons également commencé à éditer quelques titres en DVD. En ce qui concerne le cinéma, nous sortons le 27 décembre
La stella cha non c’è de Jianni Amelio projeté au festival de Deauville, fin janvier, nous allons distribuer un film de Cristina Comencini,
La bête dans le cœur,
Mare Nero de Roberta Torre, nous avons près de quatorze longs-métrages de prévus cette année, des films des plus grands réalisateurs italiens. Le cinéma italien est absolument dévalué dans l'esprit des gens en ce moment, ce qui est dommage car il renferme de grands talents. Nous allons les aider et l’un de nos futurs projets est notamment
L’ami de la famille de Paolo Sorrentino présenté en compétition au dernier Festival de Cannes.
Propos recueillis par Sophie Wittmer