Après une nuit deauvillaise visiblement agitée, Mark Wahlberg, le héros de
Braquage à l'italienne a néanmoins trouvé la force et le temps de répondre à quelques unes de nos questions. Ses antécédents agités (un petit séjour de jeunesse en prison) et ses biceps de bodyguard ne laissaient nullement présager d'un entretien en présence d'un comédien aussi calme, posé et serein.
Qu'est-ce qui vous a poussé à accepter ce rôle ? L'histoire de cambriolage, le réalisateur ou bien les acteurs qui jouent dedans ?Un peu de tout ça. Gary Gray et moi sommes amis depuis longtemps. Je pense qu'il est l'un des rares réalisateurs venant du monde du vidéo-clip qui s'attarde davantage sur l'histoire, la substance plutôt que sur le style contrairement à beaucoup d'autres issus du même milieu. Et puis, il y avait aussi cette opportunité de jouer un voleur à la fois sympathique, rusé et intuitif. J'ai su dès la lecture du scénario que si les spectateurs aimaient les personnages, ils seraient véritablement impliqués dans l'intrigue, dans leur quête pour récupérer l'or et prendre leur revanche. J'adore les
bad guys au cinéma et je pense que quand vous avez un méchant crédible dans un film, celui-ci fonctionne. Et dans
Braquage à l'italienne, vous en avez toute une bande, de méchants ; mais des méchants avec une morale.
C'était amusant de jouer dans un film choral plutôt que dans un film avec un personnage central principal ?Ca l'était pour moi et ce sera à nouveau le cas dans mon prochain film réalisé par David O. Russell avec qui j'avais déjà fait
Les rois du désert sauf que cette fois il n'y aura pas la moindre scène d'action à l'exception d'un ou deux bourres-pifs. Mais l'une comme l'autre des situations m'est égale. J'adore travailler avec d'autres acteurs et quand un film comme celui-là donne l'opportunité à autant de comédiens de briller, tant mieux. D'autant que des acteurs tel que Seth Green, John C. Reilly ou bien encore Philip Seymour Hoffman ont rarement l'occasion de montrer de quoi ils sont capables pour la simple et bonne raison que la plupart des films dans lesquels ils jouent ne leur offre pas l'opportunité d'être le personnage central de l'intrigue, tandis que dans un film "de bande" comme
Braquage à l'italienne, ils peuvent.
A ce propos, que pensez-vous de la carrière de votre frère Donnie qui a joué récemment dans "Dreamcatcher" ? Je pense que mon frère Donnie est très talentueux et que la plupart de ses choix étaient très judicieux. Il y a eu quelques films qu'on m'a proposé et qui ne m'intéressait pas alors on les lui a proposé et il les acceptait. A l'arrivée, il a réussi à faire son trou. Il se donne vraiment à fond et il gagne à présent suffisamment d'argent pour ne plus accepter de rôles pour des raisons financières.
Vous avez des projets communs en vue ?Il y a bien cette histoire vraie à propos de deux frères vivant dans une banlieue ; l'un est boxeur, l'autre est l'entraîneur qui cherche à le conduire au sommet tandis qu'ils endurent tout un tas de galères pour y parvenir. J'aimerais tellement que ça se fasse car j'ai très envie de travailler avec Donnie. Le problème à l'heure actuelle c'est que tout le monde a faim de cinéma, tout le monde veut raconter une histoire ou bien son histoire, alors ces deux types ont vendu la leur à plusieurs personnes et à présent ça fout un bordel monstre, légalement parlant car aucun de ces acheteurs n'y connaît quoique ce soit en matière de cinéma et ils leur ont tous fait miroiter qu'ils avaient une star pour le rôle principal alors qu'en réalité, ils ont purement et simplement profité d'eux. Ce qui leur est ironiquement arrivé pratiquement toute leur vie à tous les deux dans leur Massachusetts natal.

En parlant de vous et de votre frère qui est également acteur, vous disiez l'autre jour que vous n'en côtoyez que très peu dans votre vie privée ?C'est exact. On s'appelle de temps en temps pour se dire bonjour ou bien on se voit si l'on est au même endroit. Vous savez, on a beau être ensemble pendant plusieurs mois sur un tournage, on a tous chacun nos vies privées. Pour ma part, j'ai toujours eu de bonnes relations avec tous les acteurs et réalisateurs avec lesquels j'ai tourné.
Avez-vous parlé hip-hop avec Mos Def sur le tournage ? De vos goûts musicaux ?Oui, on a écouté pas mal de choses différentes mais je ne suis plus trop rap à présent. Je me suis assagi, je préfère les trucs plus calmes et reposants comme le R&B, le gospel ou le reggae. Les types comme Mos Def essayent de dire quelque chose, de faire passer un message et je pense que les enfants ne devraient pas écouter ces trucs là car ils sont si facilement influençables. Et la plupart des gens qui achètent ce genre de disques sont des gamins et ça les atteint, d'une manière ou d'une autre. Ca devrait être aux parents de surveiller ce que font leurs enfants, quelles musiques ils écoutent. Mais c'est difficile à contrôler car il y a de ça partout, ne serait-ce qu'à la télé.
Vous êtes beaucoup plus sensible à ce genre de chose à présent que vous êtes vous-même père (d'une petite Ella Rae, née le 2 septembre 2003, NDLR) ?Absolument. Et j'ai déjà réfléchi à mon prochain film et ce sera certainement un film pour enfants du genre
Daddy day care [rires]. Ce que je veux dire, c'est que je ne ferais sûrement plus un autre
Boogie Nights. Vous ne pouvez pas vous empêchez de penser à ce qui se passera lorsqu'ils iront à l'école avec les autres enfants et leurs parents qui auront vu les films que vous avez fait. Les enfants peuvent être très durs. Bien sûr, ils comprendront lorsqu'ils grandiront mais en attendant, je ne veux pas placer ma fille dans une situation comme celle-là.
Avez-vous exécuté vous-même certaines cascades pour "Braquage à l'italienne" ?J'ai bien dû emplafonné au moins 20 Minis au cours du tournage
[rires]. C'est amusant à conduire mais c'est vraiment très petit et si vous vous retrouvez pris dans un accident avec une voiture pareille, vous aurez sûrement de sérieux problèmes.
Vous avez suivi un entraînement particulier pour ça ?Oui, ils nous ont emmené dans une école de conduite. J'avais pas mal bourlingué étant jeune à voler des voitures et à conduire comme un taré mais ils voulaient un maximum de sécurité sur le tournage, c'est la raison pour laquelle nous sommes allé dans cette école. En plus, je ne suis pas du genre à jouer les casse-coups en disant : "J'suis très fort, j'peux faire mes propres cascades". Il y a des spécialistes pour ça et l'un d'eux qui me ressemble comme deux gouttes d'eau prenait ma place chaque fois que c'était nécessaire.
Avez-vous vu le film original avec Michael Caine ?Je ne l'ai vu qu'après le début du tournage et j'ai alors demandé à Gary si je pouvais le jouer avec l'accent anglais parce que j'avais déjà fait ça pour
Rock Star bien que c'était une partie intégrante du personnage. Mais Gary m'a répondu : "Hors de question, tu vas conserver ta voix normale". De plus, l'original n'est pas très connu aux Etats-Unis, je n'étais donc pas aussi inquiet que pour
La planète des singes ou bien
La vérité sur Charlie pour lesquels beaucoup de gens connaissent déjà parfaitement les originaux
"La planète des singes" et de "La vérité sur Charlie" ont été fraîchement accueillis à la fois de la part des critiques et du public. Comment ressentez-vous ça ?Je crois comprendre pourquoi et d'une certaine manière je suis d'accord mais mon but est de travailler avec les meilleurs réalisateurs alors quand Tim Burton m'appelle pour faire le film, je mets mon costume de singe et je fait exactement ce qu'il me demande sans poser la moindre question. Je n'ai jamais été un grand fan de l'original qui se plaçait dans un contexte social où il avait alors quelque chose à dire. A présent, nous sommes en 2003, le monde est différent, pas entièrement mais par certains aspects. Et puis combien d'autres opportunités aurais-je de travailler avec un visionnaire comme Tim Burton ? C'est sûr l'histoire aurait pu contenir des faits plus réels, moins fictifs ainsi que des morceaux de l'original mais Tim voulait le faire autrement et moi je voulais le faire avec lui quelque soit son approche. Même chose pour Jonathan Demme. Et puis, au final,
La planète des singes s'en est beaucoup mieux sorti au box office que
La vérité sur Charlie.
Y aura-t-il une suite ?Pour
La planète des singes ?
Oui.J'y étais contractuellement engagé mais seulement si Tim était de la partie et puis il a trouvé mieux
[rires]. Mais s'ils ont un bon réalisateur et un bon script, on ne sait jamais. Je pense qu'il y a un immense potentiel là où s'arrête le premier film. L'approche de Tim était irréel tandis qu'à présent, le personnage se retrouve sur Terre entouré de gorilles et il peut tenter de se défendre. Donc ça pourrait donner quelque chose s'il trouve le bon scénariste, par exemple le type qui a fait
Charlie et ses drôles de dames [rires].
Vos derniers films étaient tous des remakes. Est-ce une coïncidence ?Définitivement une coïncidence. Mais je comprend la frustration des gens spécialement vis-à-vis d'Hollywood qui ne cesse de leur pondre des suites et des remakes et d'où il ne sort presque plus la moindre oeuvre originale. Mais si l'on remonte à Shakespeare, lui aussi est sans cesse réadapté, la seule chose est de le faire de façon suffisamment innovante et c'est le cas pour
Braquage à l'italienne. Le film fonctionne à tous les niveaux car il n'a pour autre but que le fun et le divertissement. Il fonctionne également grâce à ses personnages qui sont des éléments moteurs de l'histoire contrairement à une majorité de productions actuelles où on parachute un couple glamour au milieu d'une histoire lambda. Le film s'oriente donc davantage vers le genre de héros d'action incarné par le Steve McQueen des années 60/70 que vers le Rambo/Terminator des années 80/90.
Comment expliquez-vous qu'il y aitt autant de thrillers tournant autour de cambriolages et de l'argent tel qu'"Ocean's Eleven" ou bien encore "Confidence" et "The cooler" tous deux présentés ici-même à Deauville ?S'ils trouvent à Hollywood de nouveaux moyens intéressants de raconter des histoires alors tant mieux car c'est ce que le public attend non ? Il attend des idées neuves et rafraîchissantes surtout qu'il y a tout un tas de réalisateurs talentueux pour faire ça et que j'ai moi-même eu l'occasion de travailler avec de tels metteurs en scène qui avaient leur propre vision des choses, une vision différente et qu'à chaque fois c'est un nouveau challenge très intéressant. Je viens de faire ce gros film qu'est
Braquage à l'italienne et j'ai enchaîné sur un petit film de David O. Russell et ce dernier était beaucoup plus difficile à faire car il est fait avec les tripes, je devais puiser en moi, et ça, c'est quelque chose que vous ressentez rarement sur une production comme
Braquage à l'italienne avec toute sa bonne bouffe, ses grandes caravanes et Charlize Theron
[rires]. Je ressens donc une bien plus grande satisfaction en faisant un film comme celui de David.
A propos d'"Ocean's Eleven", est-il vrai que vous étiez pressenti pour l'un des rôles ? Serez-vous de la partie dans la suite ?Non, pas de suite pour moi. J'étais à un déjeuner l'autre jour avec George (Clooney) et Steven Soderbergh où nous avons discuté d'un autre projet. Dans
Ocean's Elven, je devais jouer le rôle finalement tenu par Matt Damon. Aux moments des négociations, je travaillais avec George sur
En pleine tempête, puis j'ai rencontré Tim Burton qui m'a proposé de jouer dans son film et j'ai accepté avant même d'avoir lu le scénario. Je ne savais donc même pas si je jouerais un humain ou un gorille mais je m'en foutais. De leur côté, George et les autres ne pouvaient pas attendre et ils ont compris pourquoi je voulais travailler avec Tim, quelle opportunité cela représentait à mes yeux bien qu'ils me le balancent encore ce désistement à la figure de temps en temps. Mais on travaillera à nouveau ensemble. Et puis j'ai envoyé quelques critiques de
Braquage à l'italienne à George l'autre jour qui disaient : "Meilleur qu'
Ocean's eleven"
[rires].
Vous ne ferez donc pas parti de la suite qui s'intitule pourtant "Ocean's Twelve" et que, par conséquent, ils vont avoir besoin d'un petit nouveau dans la bande ?Non. Leur équipe est déjà au complet.
Quels seront alors vos prochains films ?Je viens tout juste de finir ce film de David O. Russell intitulé
I heart Huckabee's avec Jude Law, Naomi Watts, Isabelle Huppert, Dustin Hoffman, Lily Tomlin. C'est mon plus grand défi à ce jour. Il n'y a pas de coupes à tout va au niveau du montage, vous passez du rire aux larmes dans la même séquence. C'est vraiment un film fait dans les tripes et le sang et qui a été fait pour trois fois rien. Vu comment David en a bavé, j'espère que le film obtiendra quelques récompenses ou au moins attirera l'attention.