Par - publié le 13 novembre 2007 à 04h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h20 - 1 commentaire(s)
Discrètement, on la croisait depuis une dizaine d’années, elle est apparue, notamment, dans Embrassez qui vous voudrez de Michel Blanc, Indigènes de Rachid Bouchareb, De battre mon cœur s’est arrêté de Jacques Audiard, avant de littéralement laisser exploser cette incandescence tranchante qui émane d’elle dans Je vais bien ne t’en fais pas de Philippe Lioret qui lui a offert son premier César, celui du meilleur espoir. Il devrait y en avoir d’autres tant cette jeune comédienne, à la fois fragile et déterminée, sait retenir avec intelligence les rôles qui lui sont proposés et s’en emparer. Elle est renversante dans le premier film d’Alfred Lot, La chambre des morts et devrait illuminer l’écran en se glissant prochainement pour Marc Esposito dans la peau de Cendrillon.


Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce récit ?
Une première partie très réaliste alors qu’on m’avait vendu l’ensemble à la base comme un film de genre, ce qu’il n’est pas, c’est plus un film d’auteur. C’était un rôle très différent de ceux que j’avais pu aborder jusqu’alors, j’allais vers l’inconnu. On sentait déjà beaucoup de choses dès le scénario, même le montage très serré du film. C’est la première fois également que j’ai pris un vrai plaisir à suivre, en découvrant le scénario la première fois, les autres histoires, parallèles à la mienne, sur laquelle on se concentre toujours forcément. C’est très agréable et assez rare, en général on commence par lire sa partition, sans prêter trop d’importance aux autres.


Lucie, qu’est-ce qu’elle représente pour vous ?
En fait, à la base, il y avait très peu de moi dans ce personnage et Alfred a compris que c’était important d’écouter les acteurs, ce qu’il a fait. Je voulais la rendre moins linéaire et moins dure que le personnage auquel il avait donné corps. Ce n’est pas un film qui fait peur, c’est un film au cours duquel on a peur pour elle, ce qui est différent, il fallait en ce sens qu’elle soit plus humaine que ce qu’elle était dans le scénario. Je l’ai rendue, par exemple, beaucoup plus maternelle et les scènes avec les enfants sont souvent des improvisations, elle est devenue plus aimante avec eux. Je trouvais pertinent d’essayer de construire un parallèle entre sa timidité, sa discrétion lorsqu’elle est au commissariat, lorsqu’elle essaie de prendre sa place au cœur d’un univers assez masculin et de la retrouver légère, enjouée lorsqu’elle est chez elle. Montrer ces deux facettes me semblait important. Je me sentais bien avec Julie, elle m’a confirmé que je voulais des enfants…


Vous avez réussi à trouver facilement les contradictions du personnage, à en traduire son mystère ?
Je marche toujours à la sincérité, la spontanéité. Je pense au personnage, longtemps, je vis avec pendant plusieurs mois, presque inconsciemment, je lis, je relis le scénario, puis je l’oublie mais certaines choses restent ancrées et vont ressortir instinctivement le jour du tournage. Pour toute la partie professionnelle, il fallait qu’elle reste de toute façon assez maladroite, je n’ai donc suivi aucune formation particulière, j’ai juste pris quelques conseils sur la manière de tenir une arme ou sur le déroulement de certaines opérations policières, sur certaines réactions. Une partie de son mystère émane ensuite directement du film, elle reste assez simple, on comprend d’ailleurs beaucoup de choses dès la première scène. Ce n’était pas réellement un rôle de composition, beaucoup de gestes et d’attitudes s’échappent d’un vêtement, d’une atmosphère. Si les dialogues et les situations sont bien pensés, précis, en général le rôle s’impose alors à nous.


La rencontre avec Alfred Lot, qu’est-ce qu’il vous a apporté ?
J’adore me lancer dans un premier film, un jeune réalisateur a souvent une énergie différente et il n’a pas encore d’a priori par rapport au jeu des comédiens, il n’a pas encore été traumatisé par le comportement qu’ils peuvent avoir parfois. Il nous fait plus confiance. C’est ce qui motive, je fais ce métier depuis maintenant près de dix ans et ce que je recherche aujourd’hui c’est de pouvoir travailler avec des gens qui croient en moi, simplement, qui me veulent du bien et avec lesquels il va pouvoir y avoir un échange. Je ne veux plus me sentir effrayée en débarquant sur un plateau, je veux jouer la comédie, c’est-à-dire, en prenant ces deux mots dans leur sens premier, m’amuser. Un tournage peut se révéler rude dans sa construction, mais je ne veux plus souffrir moralement, je veux pouvoir retrouver avec légèreté ma vie lorsque la caméra ne tourne plus. Ce fut sincèrement un tournage très agréable, une vraie rencontre, avec Eric Caravaca aussi, qui m’a beaucoup donné, beaucoup fait rire. Au-delà, j’ai été heureuse de voir le film, je ne me suis pas trompée, il en ressort une vraie puissance.


Propos recueillis par Sophie Wittmer
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