Par - publié le 04 octobre 2005 à 02h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h36 - 0 commentaire(s)
Lors de sa présentation au dernier festival de Cannes, Caché, le dernier Michael Haneke, a reçu un si bon accueil que les rumeurs d'une palme d'or courraient dans les rues de la station balnéaire en effervescence. Comment expliquer le si grand engouement pour son nouveau film qui, à l'inverse des autres opus du cinéaste, ne divise pas les spectateurs ? Une réalisation diaboliquement efficace, un scénario terriblement futé et des interprètes redoutablement doués. Oui, mais ce n'est pas tout : le parcours révèle des surprises et des chocs. Un voyage au bout de l'enfer intérieur qui glace le sang et flagelle les viscères. En attendant l'interview DVD sur sa trilogie de la Guerre Civile (Le septième continent, Benny's Video et 71 fragments d'une chronique du hasard) et Funny Games dont la mise en ligne est imminente, retour sur ce thriller unique et bouleversant qui procure la sensation étrange d'avoir été sculpté à même les ténèbres. L'un des meilleurs Haneke.


Excessif : Caché ressemble davantage aux films de votre trilogie sur la Guerre Civile qu'à vos derniers Le temps du Loup et La pianiste. Vous comptez revenir à ce cinéma ?
Michael Haneke : Il y a une explication très simple. A l'origine, je ne devais pas réaliser La Pianiste mais un ami qui ne l'a pas fait. Le producteur m'a proposé de le tourner. Alors, du coup, je comprends que l'on puisse dire que ce n'est pas tellement un film typique d'Haneke. En ce qui concerne Le temps du Loup, c'était un peu le même problème. J'avais écrit le scénario il y a dix ans juste après Le Septième continent. Quelques années ont passé et mes intérêts ont changé. Je voulais malgré tout le faire en raison du 11 septembre. J'ai reçu un e-mail du président de la cinémathèque autrichienne qui m'a envoyé des extraits de journaux américains et tous ces extraits correspondaient étrangement au Temps du Loup. Je pense que c'était un film nécessaire pour le temps. J'étais plus dans une phase de développement artistique que de la capacité à me concentrer sur une chose. J'ai également un scénario chez moi que j'ai écrit il y a cinq ans qui est ambitieux mais j'attends de voir si cela pourra aboutir.

Le temps du Loup évoquait beaucoup Tarkovski.
C'est un grand compliment parce que, pour moi, Tarkovski et Bresson, ce sont les dieux. Cela étant, je pense que Tarkovski est beaucoup plus mystérieux et religieux.


CACHE
Il y a beaucoup de références religieuses dans vos films.
Oui mais d'une manière nettement plus ambiguë. Si on sort d'un pays catholique, c'est inévitable de se confronter avec cet univers.


Caché commence comme Benny's Video et le couple ressemble beaucoup à celui du Septième Continent. Ces détails sont volontaires ou pas ?
Hier j'ai lu un article dans un journal Allemand qui soulignait le fait que Le temps du loup reprenait les grandes lignes de Funny Games. Je me suis demandé en quoi et quand j'ai lu l'article, il disait qu'effectivement le début posait la même situation puisque l'on voit une famille qui arrive dans sa maison de campagne et qui se fait agresser par des gens malintentionnés. Or, ce n'est qu'un détail, les deux films ne se ressemblent pas vraiment. Pour Caché, le fait que l'on commence par le visionnage d'une vidéo n'était pas volontaire là non plus.


CACHE
Vous faîtes des correspondances entre vos films ?
Non, je ne suis pas plus intéressé que ça. C'est plutôt aux journalistes de s'en occuper (rires). Evidemment, c'est un thème central de mon travail de nourrir le doute sur la réalité du cinéma et naturellement, il y a la façon de le montrer. Les moyens sont forcément limités parce que ça devient autoréflexif. Entre Benny's Video et Caché, c'est différent parce qu'on voyait bien dans le premier qu'il s'agissait d'une vidéo. On a tourné Caché en HD pour donner cette illusion qu'on regarde la réalité. On perçoit un peu le caractère vidéo à cause de la profondeur de champ. Au final, c'est pour permettre de comprendre que ce qu'on regarde n'est pas la réalité. Maintenant, on va voir comment les gens vont réagir au film, d'autant que l'accueil était plutôt bon à Cannes.


Caché
Attention, ne lire ce qui suit que si on a vu le film

Est-ce que Caché peut être vu comme un film sur le refoulé de la France ?
Oui, dans une certaine mesure. Je dis souvent en interview à propos de ce film que je voulais que l'histoire soit universelle, c'est-à-dire qu'on puisse la comprendre partout. En cela, elle ne concerne pas uniquement la France mais tous les pays. Pour moi, Caché est avant tout un film sur la culpabilité, sur les taches noires qui sont mises sous le tapis. J'ai découvert cet événement de 1961 par hasard, presque au début de ma réflexion sur le film à travers un documentaire qui est passé sur Arte. Quand je l'ai vu, je ne pouvais pas croire que la police tue presque 200 personnes. Le plus incroyable, c'est que, pendant 40 ans, personne n'en ait parlé. Cela m'a surpris, surtout en France qui a une presse assez libre et gauchiste. C'est pour ça que c'est devenu un thème très important dans le film. Mais je ne veux pas trop qu'on prenne Caché comme un film sur la France. C'est plus un film sur la culpabilité personnelle, de nous tous. A la fin, lorsque le personnage de Daniel Auteuil prend ses deux comprimés pour bien dormir, c'est une façon de réagir face à notre culpabilité vis-à-vis du Tiers-Monde. Pour d'autres, c'est l'alcool ou le travail. Nous avons tous notre manière de nous protéger de notre mauvaise conscience.


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