Mais qui a dit que les mois d’hiver n'étaient pas torrides ?
9 songs, le nouveau long-métrage du prolifique Michael Winterbottom (auteur de quelques perles comme
Wonderland,
Jude,
I want you…) ne se fait pas épargner par la presse ni même la censure. Au programme du trip : 79 minutes de sexe et de rock compilées par un cinéaste qui ne cesse depuis longtemps d’expérimenter et de zigzaguer entre les genres. A l’heure où on ne sait pas encore comment son opus va sortir,
9 songs a frôlé de justesse un classement X pour finalement écoper d’une interdiction stricte aux mineurs. En fin roublard, Winterbottom savait à quoi il s’exposait mais ne pensait pas que son tout petit film déclencherait autant de fantasmes. De quoi remettre sur le tapis (une fois n’est pas coutume) l’éternel débat sur la représentation de la sexualité au cinéma. Alors,
9 songs, de l’art ou du cochon ? Un peu des deux.
Dvdrama : Comment est né le film ?Michael Winterbottom : A l’origine, il n’y avait pas de scénario, on avait juste un embryon d’histoire d’amour où l’homme est amoureux d'une femme mystérieuse. On ne sait pas bien si elle est vraiment amoureuse de lui parce que toute l’histoire épouse un point de vue subjectif et résulte finalement des propres souvenirs de l'homme. A partir de là, on a commencé à effectuer des castings, à multiplier les entretiens etc. Cela a duré à-peu-près un mois et demi. J’ai choisi Margot Stilley et Kieran O'Brien parce que ce sont les deux qui marchaient le mieux ensemble. C’était un petit film qui a été tourné très vite, en quelques semaines. Il fallait démarcher pour trouver un maximum de moyens. J’ai averti les gens que ce serait avant tout un film sexuel. Le but du film était de comprendre ce qui se passait à travers les scènes de sexe. Les dialogues n’avaient pas pour but d’étayer l’histoire. Les faits anodins servaient juste de cadre aux scènes de sexe, et de montrer les différentes étapes d'une histoire d'amour éphémère. Au départ, les acteurs étaient un peu gênés par les scènes puis au fil des jours ils ont fini par prendre l'habitude. Ce qui était amusant, c'était de voir qu'un jour, il pouvait y avoir une réelle alchimie dans le couple ; et un autre, il n’y a plus aucun sentiment, pas de fusion. Cela fonctionnait selon les humeurs et c'est précisément ce que je recherchais.

Le film a failli être classé X. Il ne sera finalement interdit qu’aux moins de 18 ans. Que pensez-vous de ces restrictions ? Le film est sorti en Australie, en Allemagne, en Irlande… Donc, je ne vois pas pourquoi il ne sortirait pas dans les salles en France. Il reste à savoir sur combien de copies. De toute façon, les films pornos passent sur les chaînes françaises, non ?
Mises à part les chaînes du câble ou cryptées, non. Je pensais. Il faut voir en Grande-Bretagne : le film a reçu une interdiction aux moins de 18 ans. Là-bas, c’est le maximum qu’un film puisse avoir. En toute honnêteté, je pense qu’il n’y a rien de choquant à montrer deux personnes en train de faire l’amour. De toute manière, nous étions conscients de ces problèmes avant même de commencer le tournage du film.
Votre dessein avec 9 songs était-il de faire un film X avec une âme ou l'ultime film sex-drug-rock’n roll ?Ce serait réducteur de dire que
9 songs n’est qu’un simple film porno. Il ne l’est définitivement pas. Je pense très sincèrement que
9 songs ne s’adresse pas aux consommateurs de pornos. Ce que nous avons essayé de faire avant toute chose, c’est de retranscrire une histoire d’amour éphémère avec la sexualité explicite. J’étais intéressé par le fait que dans un film, le réalisateur annule souvent l'acte entre deux personnages qui s'aiment et ne montre pas les scènes de sexe. Je voulais franchir cette barrière. Sinon, il n’y a pas tant de consommation de substances illicites dans le film, non ?
Vous vous êtes fait plaisir dans les choix des artistes sur scène : Franz Ferdinand, les Dandy Warhols... Quel genre de musique écoutez-vous ?J'aime beaucoup cette musique-là. Comme tout le monde, j’aime écouter différents genres de musique selon le contexte. Dans le film, il fallait à tout prix que les choix musicaux aient une certaine cohérence. Par l'intrusion des scènes de concert répétées, je voulais mettre en résonance l’énergie de la foule et celle du groupe, de manière à ce que cela amplifie les scènes physiques et accentue l'impression de redondance et du temps qui passe.
A quel public le film est destiné ? Il faut déjà que le spectateur soit un passionné de musique. Plus précisément, je pense que
9 songs s’adresse à différentes catégories de spectateurs : à ceux qui veulent voir une histoire d’amour, un concert de rock, un film sur l’Antarctique... Mais le principal reste la musique. C’est l’élément primordial dans
9 songs : si le spectateur n’aime pas ces groupes, il n’aimera pas le film. Ce n'est pas un hasard si le film a été également pensé pour le chapitrage de dvd. Par exemple, si le spectateur n’aime pas telle ou telle chanson, il ne se privera pas de passer certains morceaux.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que vous êtes un cinéaste très prolifique et éclectique. Avez-vous déjà un nouveau film en perspective ? En fait, je l'ai déjà fini
(rires). Il s’intitulera
Tristam Shandy, une comédie adaptée d'un roman de Laurence Sterne, avec dans le rôle principal Steeve Coogan. Mais, cette fois-ci, il ne devrait pas y avoir de drogue, ni de sexe, ni de rock
(rire sardonique).