Par Victor Sarkissian - publié le 13 septembre 2004 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h09 - 7 commentaire(s)
Eternal Sunshine of the Spotless Mind : l'un des films les plus marquants du festival de Deauville 2004. En cette occasion, Michel Gondry et Charlie Kaufman se sont prêté au jeu de la Conférence de Presse. En attendant de découvrir les interviews qu'ils nous ont également accordé, voici le compte-rendu de celle-ci.

Retour sur le film évènement de la rentrée.

Q : D’où vous est venue l’inspiration pour ce scénario ?
Charlie KAUFMAN : Je ne me souviens pas (rires). Le point de départ de ce scénario provenait de l’idée d’un ami de Michel, Pierre Bismuth, dont l’idée originale était que vous receviez cette carte disant "Vous avez été effacé de la mémoire d’Untel". Ils ont commencé à travailler dessus dès 1998.
Michel GONDRY: Je tournais Human Nature et je suis allé voir Charlie en lui proposant de travailler sur le draft de ce film, qui pour moi reposait sur la définition de la nostalgie. La définition de la structure de la mémoire m’a toujours intéressé. Pour moi qui ai travaillé sur les deux supports, la vidéo représente le présent et le film, le passé. Il y a une sorte de mélancolie diffusée par la pellicule chimique 35 mm. Cela permet de faire transparaître la sensation d’un moment qu’on a vécu, et qu’on a l’occasion de revivre une fois et une seule sachant qu’après tout sera effacé.


Jim Carrey dans ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND

Q : Pouvez nous parler de la genèse du projet?
Michel GONDRY: Nous avions déjà commencé à parler du concept autour de nous et des scénaristes venaient me voir en me suggérant d’y incorporer de la science-fiction, de la politique, ou d’en faire un thriller. Mais cela ne m’intéressait pas. Charlie est venu avec une approche différente, d’utiliser ce concept pour étudier une relation de couple. Nous l’avons tous vécu, c’est l’illustration directe et violente de ce qui vous arrive le jour où la personne avec qui vous avez vécu longtemps vous quitte. C’est ce côté arbitraire, cette sensation d’être effacé, d’en être affecté pour le restant de notre vie, ces impressions qui arrivent à ce moment là qui m’intéressaient. On me pose souvent la question au sujet de ce film : "Si vous pouviez, qu’effaceriez vous en premier de votre mémoire ?". Alors que ce n’est absolument pas le sujet du film.
Charlie KAUFMAN (d’un air jaloux) ; Je n’ai jamais osé lui demander qui avait écrit le premier jet du scénario (rires).
Michel GONDRY: Il n’y a pas vraiment eu de scénariste au début, juste des idées qui venaient se rajouter. Mais merci de me le demander maintenant ! De toute façon, si je t’avais connu à l’époque je t’aurai demandé en premier (rires).
Charlie KAUFMAN : ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND est un film sur des relations humaines. L’exploitation de la mémoire procurait un canevas parfait pour explorer cette relation de couple. Alors qu’habituellement, je ne me reconnais dans aucune des histoires sentimentales que je vois sortir des studios d’Hollywood.


Jim Carrey et Kate Winslet dans ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND

Q : Pouvez vous nous parler du titre ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND, qui est vraiment long pour un film américain ?
Charlie KAUFMAN : Au départ, mon titre était encore plus long, 18 mots ! (rires) Ces dix huit mots correspondaient aux noms des neuf couleurs de cheveux de Clementine. J’aimais ça, l’idée d’un titre dont les gens ne se souviendraient pas. Même mes propres parents, quant ils m’appelaient à propos du film me disaient "ton film là Eternal quelque chose" et je répondais " Eternal Sunshine machin…oui" en jouant sur le fait que moi aussi je ne m’en souvenais pas (rires). J’aimais vraiment bien çà aussi l’idée que le titre ne rentrerait même pas sur l’affiche du film ! A un moment j’ai même eu l’idée de ne pas avoir de titre du tout mais je n’ai pas eu le courage de le proposer ! ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND est un extrait d’un poème d’Alexander Pope que j’ai trouvé en lisant un recueil de citations pour le personnage de Mary.


Q : Quelle a été la part d’improvisation dans le tournage, et des changements effectués au montage ?
Michel GONDRY: ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND est comme il avait été conçu à l’origine. Au départ, j’avais prévu pas mal de transitions d’une époque à une autre. J’étais assez angoissé à l’idée que le spectateur ne comprenne pas visuellement si on était dans les souvenirs ou dans le présent. Le script de Charlie était très poétique, et c’était déroutant de devoir trouver des éléments nostalgiques qui permettent de visualiser les époques. D’autant plus que tout ce qui est trop technique laisse trop peu de choix au montage. Finalement, on a trouvé petit à petit . Il y a eu cette idée de Jim Carrey qui n’a pas marché de changer la vitesse de la caméra pour perdre la synchronisation son/image. Cela affectait vraiment la perception. Finalement on s’est orienté sur des registres plus simples comme l’éclairage, qui a permis un montage plus ouvert.


Jim Carrey et Elijah Wood dans ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND

Q : Vous avez réuni des acteurs expérimentés sur ce film, comment s’est passé le casting ?
Michel GONDRY: Jim Carrey a lu le script assez tôt, même si le rôle ne lui correspondait pas obligatoirement. En effet, c’est quelqu’un qui extériorise beaucoup alors que le personnage de Joel intériorise au contraire. J’ai trouvé cela intéressant. Pour Kate Winslet il s’agissait en fait de la faire jouer plus comme Jim Carrey le fait, et donc à l’inverse de ce qu’elle fait d’habitude.

Q : On a l’impression d’une alchimie entre Jim Carrey et Kate Winslet. Et vous avez choisi également Mark Ruffalo, qui est partout à l’affiche en ce moment.
MICHEL GONDRY: Vous savez, le tournage est un moment difficile. Tout le monde s’affronte, et ce qui se passe à ce moment-là ne se transcrit pas obligatoirement sur la pellicule. Je pense que l’alchimie était vraiment dans le scénario. Kate Winslet ne donnait pas l’occasion à Jim Carrey de jouer "à la Jim Carrey" mais au contraire l’obligeait à jouer le personnage de Joel. J’étais obligé de les voir séparément avant les scènes pour dire à Kate : "Vas y, joue à fonds, mets lui une baffe" et l’inverse à Jim : "Soit sérieux, c’est un moment grave tout en retenue" parce que sinon je savais qu’il risquait de jouer comme on le voit habituellement !
Mark Ruffalo a proposé que son personnage soit un rockabilly fan des Clash et il a beaucoup apporté au personnage de Stan, on avait l’impression qu’il était réel.


Jim Carrey dans ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND


Michel Gondry dirige Jim Carrey et Kate Winslet dans ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND

Conférence de presse de Michel Gondry et Charlie KAUFMAN pour Eternal Sunshine of the spotless mind
30ème festival du film américain de Deauville
le 09 septembre 2004
Propos recueillis par Victor Sarkissian

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