Par Elodie Leroy - publié le 05 septembre 2006 à 10h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h08 - 0 commentaire(s)
A l'occasion de la sortie de Kirikou et les Bêtes sauvages en DVD simple, collector et prestige chez France Télévisions Distribution, Michel Ocelot a accepté de revenir sur son expérience sur ce film et sur l'animation en générale.

Qu'est-ce qui vous a convaincu de continuer les aventures de Kirikou, alors que vous étiez réticent à l'origine ?
Les gens. La demande a été continuelle pendant toutes ces années, qu’il s’agisse des petits et des grands, des blancs et des noirs. Il y a aussi Bénédicte Galup, qui voulait faire ce film, et qui me pressait de mettre au point de nouvelles histoires, alors que nous étions en train de travailler sur «Azur et Asmar». Et la profession le demandait, et l’argent a été trouvé avec une facilité désarmante... J’avais l’impression que Kirikou avait décidé de vivre encore, et que je n’étais pas de taille à lui tenir tête.


Reprendre son propre univers, mais en partageant le poste de réalisateur, quel effet cela fait en tant que créateur ?
La reprise de l’univers était fascinante. Partager le poste de réalisateur était contre ma pente, mais justifié et possible dans ce cas particulier. Réalisant déjà un long métrage, j’avais besoin d’aide pour le second ! Bénédicte était idéale, car elle connaissait tout tout de Kirikou, nous travaillions ensemble depuis longtemps, et elle désirait le faire, l’ingrédient principal.

La plupart des contes portés à l'écran mettent en scène des méchants irrécupérables. Dans beaucoup de films de Walt Disney, par exemple, les notions du Bien et du Mal sont très tranchées. Dans les aventures de Kirikou, au contraire, le regard sur la sorcière est beaucoup plus nuancé. Etait-ce un aspect qui vous tenait à coeur ?
C’est même le sujet de Kirikou et la Sorcière. Pourquoi les méchants sont méchants (une question que j’ai posé enfant), et sont-ils aussi méchants qu’on le croit ? Ces questions sont aussi une aide au pardon, une technique pour saboter la violence.


Kirikou a beau toujours trouver la solution, il n'est jamais pris au sérieux par les villageois quand il les avertit d'un piège. Les plus clairvoyants et les plus sages sont-ils destinés à être incompris ?
Je le crains, les clairvoyants, les différents, les non-soumis, ceux qui n’ont pas la bonne taille, la bonne couleur, le bon vêtement, risquent d’être rejetés. Mais au bout d’un moment, ça marche. Il faut tenir bon.

Comment s'est déroulée votre collaboration avec Manu Dibango sur la musique de Kirikou et les Bêtes Sauvages ?
Très bien. Manu habite la région parisienne comme moi, et nous avons pu travailler beaucoup ensemble, et très tôt. Ce fut passionnant, et aussi tout le travail avec les instrumentistes.


Les succès comme celui de Kirikou restent rares dans l'animation française. Que pensez-vous de la santé actuelle de l'industrie ?
Ils étaient rares avant Kirikou, mais ce film a déclenché toute une production ininterrompue de longs métrages. Il y a eu ainsi des réussites, comme L’Ile de Black Mor, La Prophétie des grenouilles, Les Triplettes de Belleville. Il y en aura de plus en plus, car, faisant tant de films (même peu réussis), nous apprenons notre métier, et d’autre part nous avons une multitude d’écoles d’animation aux élèves brillants, qui vont bientôt porter leurs fruits.

Votre récente incursion dans la 3D avec Azur et Asmar a-t-elle changé votre manière d'envisager l'animation ?
Mon incursion avec la 3D de Azur et Asmar n’a rien changé, c’est toujours de l’animation, une histoire de fou, énormément de travail, mais on aime ça. Un progrès par rapport à ce que j’ai pratiqué est le numérique, la possibilité de se relire sans attendre, et la possibilité de retoucher sans remettre tout en cause (comme un traitement de texte par rapport à une ancienne machine à écrire).


Vous êtes vous personnellement impliqué dans l'élaboration des éditions DVD de Kirikou et les Bêtes Sauvages ?
Je m’implique dans tout ce qui touche à mes films. Je n’ai pas organisé les suppléments des DVD, mais j’ai tout suivi et discuté, y compris ce qui est imprimé, qui doit être toujours beau (et j’ai dessiné les nouvelles couvertures).

D'où vient l'idée du bonus « Il était une fois le Burkina Faso » ?
Cette idée vient des excellentes personnes qui ont élaboré les suppléments. On m’a proposé un reportage existant sur ce conteur, François Moïse Bamba. J’ai dit OUI avec enthousiasme. J’ai été charmé par cette personne, sa sincérité, son expression aisée, sa pureté, par ce qu’il disait des contes, si proche de ce que je ressens. Moi aussi je me cantonne aux contes qui disent «il était une fois», et n’ai pas envie de raconter une histoire se passant de nos jours, même si je traite d’un sujet actuel. J’ai souhaité rencontrer ce conteur, il est passé par Paris, et je l’ai invité à dîner chez moi, nous nous sommes bien entendu, et je crois bien qu’il faudra un jour que j’aille à Bobo-dioulasso...


Vous-mêmes, possédez-vous beaucoup de DVD, notamment en ce qui concerne les films ou séries d'animation ?
Je travaille beaucoup, et je produis plus que je ne consomme... Je possède un certain nombre de films d’animation, mais pas tant que cela. C’est un retard sur la technique, le passage du cinéma, des grandes réunions des festivals, à la consommation intime chez soi, sans cérémonie. Je n’ai qu’un ordinateur pour lire les DVD, et pas encore un bon lecteur fait pour cela. Je suis en train de faire faire des travaux chez moi, un coin visionnage bien équipé, dernier cri, est prévu...


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